FRANCE 24 a rencontré les 18 inculpés – F24

Une de nos envoyées spéciales au Tchad, Virginie Herz, a rencontré les 18 inculpés liés à l’affaire « L’Arche de Zoé », transférés à N’Djamena. Selon elle, bien que fatigués, les détenus sont en bonne santé.

Le quotidien français Le Parisien publie dans son édition du vendredi 2 novembre un extrait de l’ordre de mission de l’association Children Rescue, le nom sous lequel opérait l’Arche de Zoé au Tchad.


Le document, signé de la main du président de l’association Eric Breteau, a pour titre « Ordre de mission – opération Darfour 2007 » et n’affiche à aucun moment la volonté d’emmener des orphelins tchadiens vers la France. Il ne fait état que de la mise en place dans « la région est du Tchad » d’un « centre d’hébergement d’urgence pour les enfants isolés » et d’un « poste médical avancé ».


Les autorités locales, qui avaient déjà dénoncé des enlèvements d’enfants pour alimenter un trafic d’organes et des réseaux pédophiles, en profitent pour surenchérir. Cité par le quotidien, le ministre de la Communication et porte parole du gouvernement tchadien Hourmadji Moussa Doumgor s’interroge : « Ils [les membres de Children Rescue] ont tenté d’enlever les enfants, mais pour quoi faire ? Si c’était pour les soigner, il n’y avait pas lieu d’agir en cachette. Si c’était à des fins d’adoption, aucune raison non plus de se cacher. Il y a donc des intentions inavouables derrière ».


La situation ne cesse de se compliquer pour les membres de l’association, qui ne cessent de clamer leur bonne foi depuis leur arrestation jeudi 25 octobre. Les 17 Européens sont en cours de transfert à N’Djamena pour y être jugés


Idriss Déby se dit favorable à la libération des journalistes


« Il est bien vrai, a déclaré le président tchadien Idriss Déby, que nous devrions faire la différence entre les journalistes, qui font leur travail d’information et de communication, et les responsables de cette ONG Children Rescue », nom sous lequel L’Arche de Zoé opérait au Tchad.

Idriss Déby appuie la demande du président français Nicolas Sarkozy, qui en appelait à la « libération immédiate » des journalistes français détenus dans le cadre de l’affaire. Déby a par ailleurs affirmé qu’il « n’avait pas à forcer la main à la justice tchadienne ». « Il y a une procédure », comme l’expliquait l’envoyée spéciale de FRANCE 24, Virginie Herz.

Depuis la capitale tchadienne, N’djamena, l’envoyée spéciale de FRANCE 24 rapporte que le sort des journalistes ne se distinguait pas de celui des autres inculpés. Ils devront s’expliquer devant le juge d’instruction et tenteront de le convaincre de leur innocence.

Dix-sept Européens, dont neuf Français, sont inculpés pour « enlèvement de mineurs », « escroquerie » et « complicité ». Ils risquent jusqu’à vingt ans de travaux forcés. Il y a parmi eux sept membres d’équipage espagnols, un pilote belge ainsi que trois journalistes français. Seize personnes ont été arrêtées le 25 octobre à Abéché, dans l’est du Tchad, alors qu’ils tentaient de ramener en France par avion 103 enfants présentés comme des « orphelins du Darfour ».

Les journalistes arrêtés sont Marc Garmirian, de l’agence CAPA, Jean-Daniel Guillou, photographe de l’agence Synchro X, et Marie-Agnès Peleran, de France 3 Méditerranée, laquelle était en « congé humanitaire de solidarité » au moment de son arrestation.
Si le cas de la journaliste de France 3 paraît le plus compliqué, celui des deux autres journalistes ne l’est pas moins, selon les autorités tchadiennes. Virginie Herz explique : « Au Tchad, un journaliste étranger a besoin d’un certain nombre d’autorisations (…) et d’une lettre de mission signée de son employeur. D’après les autorités locales, les lettres de missions de Marc Garmirian et Jean-Daniel Guillou sont signées du président de L’Arche de Zoé. »

Un reporter dans l’exercice de sa fonction

Alors que les 17 Européens arrêtés attendent d’être jugés au Tchad, à Paris, la famille et les collègues de Marc Garmirian demandent sa libération.
« Je veux demander à M. Sarkozy et à M. Déby de tout mettre en oeuvre pour obtenir la libération de Marc », a affirmé Claude Garmirian, la mère du journaliste, insistant sur le fait que son fils était au Tchad uniquement « comme reporter, dans le cadre de ses fonctions ».

Cet appel semble avoir été entendu. Quelques jours après avoir qualifié le projet de L’Arche de Zoé d’ »illégal » et d’ « inacceptable », Nicolas Sarkozy a demandé mercredi 31 octobre par téléphone à son homologue tchadien Idriss Deby « la libération dans les meilleurs délais des journalistes français détenus à Abéché, dans le respect de la législation tchadienne ».

La colère monte au Tchad

La colère générée par cette affaire monte au Tchad, selon Angela Yeoh, une autre envoyée spéciale de FRANCE 24. Les journaux locaux publient des articles très critiques sur le rôle des Européens inculpés.
L’opinion publique tchadienne s’est retournée contre L’Arche de Zoé depuis qu’il a été révélé que les enfants recueillis n’étaient a priori pas des orphelins, contrairement à ce qu’affirmait l’association française.

Selon un communiqué publié conjointement vendredi par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Unicef, la quasi-totalité des 103 enfants que L’Arche de Zoé a tenté d’emmener en France dit avoir au moins un adulte considéré « comme un parent. »
Le communiqué précise que la plupart viennent de villages tchadiens frontaliers du Soudan.
Dans la ville d’Abéché, des centaines de femmes tchadiennes ont manifesté le 31 octobre, accusant les Européens inculpés de trafic d’enfants et exigeant qu’ils soient jugés au Tchad.

Tensions diplomatiques

La controverse soulevée par L’Arche de Zoé n’aurait pas pu tomber plus mal pour le gouvernement français. La France apporte depuis des années un soutien de poids au président Idriss Déby, qui a pris le pouvoir par les armes en 1990. En 2006, l’ex-président Jacques Chirac a même envoyé des troupes pour venir à bout d’une révolte contre son homologue tchadien.
Si Nicolas Sarkozy se montre enclin à relâcher l’emprise française sur l’Afrique, cet incident a montré à quel point Paris était encore lié au continent.

En novembre, la France doit diriger une force de l’UE forte de 3 000 hommes au Tchad et en Centrafrique dans le but de participer au règlement du sanglant conflit du Darfour, province de l’ouest du Soudan et frontalière du Tchad. Les troupes françaises représenteront la moitié des effectifs. De plus, un millier de militaires français sont déjà sur place pour fournir une aide logistique et en matière de renseignement à l’armée tchadienne face à la menace de groupes rebelles.

Les membres de L’Arche de Zoé accusent ainsi le Tchad d’instrumentaliser cette crise dans le but de bloquer le déploiement de la force européenne. Cependant, le gouvernement de N’Djamena a annoncé mercredi que cette affaire ne compromettrait pas cette opération.


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