Tchad – du declin des eaux du Lac Tchad à la paupérisation ! Est-ce une question de ressources ?

Selon les estimations des Nations unies, la superficie du Lac Tchad est passée de 25 000 km2 en 1961 à 2 000 km2 en 2001. En prenant Karal comme point de référence, le Lac s’est rétiré de 30 kms alors qu’il fallait des digues pour empêcher les innondatioins au début des années 60.

C’est une catastrophe monumentale qui a finalement attiré l’attention du Secrétaire Général des Nations Unies qui s’est rendu sur place lors de sa visite dans la région. En débarquant dans le Lac, M. Ban K-moon s’exprime en ces termes : «  Je suis venu ici pour voir le lac et constater par moi-même les conséquences de la désertification et du réchauffement climatique « .

Le Lac Tchad, faut-il le rappeler, est bordé par le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Tchad et reçoit ses eaux des fleuves Oubangui, Chari et Logone. Mais pendant que les tchadiens se faisaient la guerre, certains pays voisins ont profité pour divertir les eaux des fleuves versants tandis que d’autres ont creusé des canaux pour drainer les eaux du Lac vers les zones limitrophes aux fins d’irrigation. Cette situation en a rajouté aux effets de la sécheresse due à la désertification croissante du Tchad.
Les conséquences économiques de l’assèchement des eaux du lac sont très aigues. Selon les estimations des Nations unies (IRIN),  » quelque 25 millions de personnes vivent encore autour du bassin du lac, bon nombre d’entre elles étant réduites à regarder, impuissantes, les embarcations échouées et une terre aride qui était autrefois recouverte d’eau. « 

Du côté tchadien, plus de 40.000 familles vivent des activités agricoles pratiquées grâce aux décrues des eaux du lac Ces populations produisent en toute saison pour leur propre alimentation aussi bien pour le ravitallement de la ville de N’djamena en fruits, légumes, mais, poisson, tubercules, etc. Selon une estimation faite par ACDI financée par l’USAID en 1993, la région de Karal générait à elle seule plus de 850.000 FCFA annuellement de la commercialisation de ses produits agricoles écoulés sur les marchés de Ndjamena. Avec un peu de suivi et d’investissements, les populations de la région pourraient produire suffisamment pour pallier aux déficits d’autres régions du pays. A condition évidemment que les eaux du Lac soient moins soumises aux aléas climatiques. La question qui se pose est de savoir pourquoi le projet de diversion d’une partie des eaux d’un bras du Congo n’a jamais été explorée à fond.

Est-ce une question de ressources ? Dans un premier temps, les efforts maladroits de la Commission du Basin du Lac Tchad (CBLT) créée en 1964 n’ont pas réussi à mettre sur pieds des outils de gestion et de contrôle pour évaluer l’impact des investissements. Au contraire, l’institution servait aux pays fondateurs de caser leurs cadres avec tous les privilèges qu’entraînent les affectations sous régionales. Il suffit de constater l’état malsain dans lequel se trouvent ces pays limitrophes, classés parmi les plus corrompus (Transparency International) du monde et les plus pauvres de la planète (Banque mondiale, PNUD) pour savoir que la mise en place de cette commission allait servir leurs intêréts égoistes. Conséquence des 30 dernières années : assèchement du Lac Tchad et autres conséquences telles que la régression de plus de 25 pays sub-Sahariens pendant le dernier quart de siècle.

En recadrant le débat sur le Tchad, nous constatons que le pays va très mal. Bien que le pays est devenu producteur d’or noir, l’état permanent de guerre sape toutes les ressources pour des fins guerrières. Au lieu que ces ressources soient investies dans les secteurs clés selon des stratégies adéquates, y compris la lutte efficace contre la désertification, elles servent plutôt à l’achat d’armes. Il suffit de déclarer que le pays est en guerre pour dépenser sans vergogne et échapper aux règles les plus élémentaires de suivi et évaluation.

Au moment ou nous mettons sous presse et bien que des efforts de règlement de la crise socio-politique se multiplient, le risque de la reprise des hostilités est réel. Ce risque entraîne des dépenses tous azimuts des revenus du pétrole, profitant non pas aux populations tchadiennes mais aux escrocs et et autres marchands de la mort, notamment les armuriers privés ou Etats. De ce fait, attendre qu’une ligne budgétaire de l’Etat tchadien serve à la lutte contre la désertification relève d’une vue de l’esprit. Les 25 millions de riverains ne trouveront pas leur compte et les 40.000 tchadiens risqueraient de souffrir encore davantage des effets de la guerre.

Peut-être et fort heureusement que la visite de M. Ban Ki-moon a rendu possible le constat amer et l’engagement du système des Nations unies pour renverser la tendance. S’il faut s’en tenir au discours de M. Ban, il apportera tout son soutien au projet de restoration des eaux du Lac. Gageons que le problème est exacerbé par la gestion calamiteuse des pays riverains du lac et leur manque de sérieux par rapport aux efforts que leurs gouvernements devraient déployer pour gérer ce patrimoine commun à tous les pays du bassin. La visite de M. Ban Ki-moon a servi à médiatiser le désastre. Les Nations Unies réussiront-elles seules à renverser la tendance ? Wait and see !

Djimé Adoum


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