Tchad : un état en désintégration – le rôle salvateur que pourraient jouer l’Union Africaine et l’ONU pour le sauver

Les guerres interminables et leurs conséquences néfastes pèsent très lourd sur bon nombre de pays. Le cas du Tchad et du Soudan nous démontrent à suffisance le besoin de rompre avec les sales habitudes. Comment faire alors ?

Rappelons que le Tchad vit dans un état de guerre permanente depuis son indépendance, hors mis les trois premières années. Cette situation a considérablement retardé l’évolution socio-économique du pays. Il n’est pas du tout exagéré de le dire ainsi puisque le pays se trouve aujourd’hui classé parmi les cinq pays les plus pauvres de la planète. Bien que le pays recèle d’importantes ressources, il n’arrive pas à se décoller. A peine l’exploitation du pétrole entamée, l’alternance politique que les tchadiens attendaient s’est dissipée avec la modification unilatérale de la Constitution par le parti au pouvoir qui, agissant comme au bon vieux temps des partis-Etats, recommanda, lors de son congrès de 2003 la suppression des limites de mandat présidentiel. Cette action exacerba la situation politique déjà tendue et les rébellions armées se multiplièrent. Aujourd’hui, fort du prétexte de lutte contre les groupes politico-militaires, le gouvernement utilise les revenus pétroliers pour l’achat d’armements et des consciences. Pays arriéré, le Tchad se retrouve aussi au palmarès des Etats les plus corrompus au monde selon Transparency International.

Les malheurs du pays se trouvent ainsi aggravés. En conséquence, les déchirements internes sont encore plus sérieux et le pays s’achemine progressivement vers l’abysse. Les 17 ans du règne du président Deby n’ont fait que précipiter le Tchad vers le néant. Non seulement le pays est mal géré et le pouvoir politique confisqué, mais en plus, l’insécurité et la guerre civile sont savamment entretenues pour donner aux partenaires extérieurs l’impression que seul, Idriss Deby Itno peut sauver le pays de la désintégration. Le fait que le pays connaisse aujourd’hui une multitude de rebellions découle de cette politique délibérée d’instabilité chronique.

S’il y a encore quelques mois cette situation du Tchad ne faisait pas la Une des médias parce qu’occultée par la crise du Darfour, l’opinion internationale commence à se rendre compte que le Tchad connait sa propre crise qui n’est absolument pas la conséquence de celle du Darfour. Cette émergence de la crise au devant de la scène devrait permettre à la communauté internationale de rechercher ses causes profondes pour y proposer les solutions adéquates.

Les efforts sous-régionaux qui ont vu le jour à travers quelques initiatives en ordre dispersé avec l’implication du Gabon, de la Libye, de l’Union Européenne et du Sénégal méritent toutes d’être salués. Ils sont fort louables et dénotent de l’intérêt que les uns et les autres accordent à la situation du Tchad. Cependant, les différents médiateurs qui ont tous à cœur l’intérêt du Tchad devraient pouvoir se concerter pour travailler, ensemble, à la recherche de cette solution qui permettrait de ramener une paix véritable au Tchad.
En d’autres termes, il serait souhaitable que — à l’image du Darfour, du Congo Démocratique, de la Sierra Leone, etc. – tous les intervenants travaillent main dans la main pour le plus grand bien du Tchad et des Tchadiens. A l’instar des efforts des Nations Unies, du Kenya et des Etats-Unis lors des négociations de Naivasha, et récemment du Darfour avec les concertations des rebelles soudanais à Arusha, les Tchadiens pourraient également trouver un terrain d’entente qui sorte leur pays de son état de déliquescence actuel.

Nul ne doute de la volonté des dirigeants africains qui ont offert leurs bons offices d’aider les Tchadiens à aller vers la paix. L’harmonisation des approches sous le patronage de l’Union Africaine et des Nations Unies pourrait grandement aider dans ce sens. Au point d’effritement où se trouve le tissu socio-économique et politique, il faudra faire preuve de renoncement de soi et de volonté réelle ferme de sortir le Tchad de cette situation et la supervision internationale pourrait aider dans ce sens par des conseils appropriés.

Il y va, nous devons le souligner avec emphase, de l’intérêt de la communauté internationale d’éviter que le Tchad ne s’embrase, car une telle perspective va immanquablement entrainer la descente aux enfers de tous les pays voisins. Aux grands maux, dit-on, les grands remèdes. De nouvelles méthodes méritent d’être appliquées en ce 21e siècle.

Nul ne doit cacher, en effet, que la haine s’est installée entre tchadiens et que sans un encadrement soutenu sur le long terme, le pays risquerait encore de plonger dans une crise encore plus grave. Il faut tout faire pour que le Tchad ne devienne pas une autre Somalie

La proximité de la crise du Darfour et l’expérience que les Nations Unies et l’Union Africaine vont y acquérir dans sa résolution devrait pouvoir servir afin de résoudre simultanément les deux crises. Autrement dit, il s’agit d’avoir une approche globale à toutes ses crises qui se côtoient. La résolution de l’une sans l’autre ne serait pas du tout la bonne approche. Il est donc impératif d’éviter les approches morcelées afin d’échapper aux catastrophes qui pourraient survenir.

Djimé Adoum


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