Plus de concessions sur les libertés fondamentales. Un nouveau deal pour le 21ème siècle

Fini le temps des amitiés et vive les droits de la personne humaine, l’état de droit, la démocratie! Du moins c’est ce que nous croyons comprendre du discours du Président Sarkozy et celui du Président Konaré aux Nations Unies.

Suivons d’abord ce que les deux personnalités ont dit lors de la 62e session de l’Assemblée générale des Nations unies au cours de la réunion sur le Darfur que les deux présidents ont co-présidée (Propos recueillis par Radio France Internationale).

La déclaration du Président Nicolas Sarkozy

Le président Sarkozy : « Nous devons être sans concession sur le respect des droits de l’homme, sur la progression de l’état de droit, sur l’impératif de la justice, et sur l’impunité pour les criminels. Il ne s’agit pas de donner des leçons à qui que ce soit. Il s’agit simplement que l’on sache en Afrique comme ailleurs, que les assassins un jour seront rattrapés et seront punis. Et peut etre c’est la responsabilite la plus grande de la communaute internationale. Ceux qui assassinent en Afrique ceux qui assassinent partout dans le monde, notre responsabilité collective, c’est de leur dire que nous irons les chercher là ou ils se trouvent pour rendre des comptes devant le seul tribunal legitime, celui de l’ensemble de la communauté internationale qui veut promouvoir le respect de la personne humaine. »

Si nous devons croire le Président Français, tous les dictateurs africains, principalement ceux d’Afrique Centrale qui se maintiennent au pouvoir à force d’assassinats d’opposants et n’hésitent pas, pour certains d’entre eux, à fomenter des guerres civiles où des crimes de guerre sont perpétrées, devraient répondre devant le tribunal pénal international.

Cette prise de position mérite d’être saluée. Il faut maintenant attendre de voir si la France prendra les dispositions qui s’imposent pour aider les peuples de l’ex Afrique Equatoriale Française à se débarrasser de ses dictateurs cruels qui, non seulement tuent des êtres humains, mais dilapident aussi impunément, et à leurs profits personnels et ceux de leur entourage, les ressources de ces pays.

Ce discours, prononcé aux Nations Unies, semble être la suite logique de la rupture prônée par M. Sarkozy avant son arrivée à l’Elysée. Dorénavant, les peuples d’Afrique Centrale peuvent-ils donc espérer un changement dans la politique africaine de la France ? En appelant la Communauté internationale à ne faire aucune concession sur le respect des droits de l’homme, la progression de l’état de droit, l’impératif de justice et l’impunité des criminels, on peut raisonnablement espérer que la France donne l’exemple.

La réponse du Président de la Commission de l’Union Africaine

« Monsieur le président, autour de la table, tout le monde a reconnu que la responsabilité africaine, elle est fondamentale. La première responsabilité elle est notre à promouvoir la démocratie, à promouvoir la bonne gouvernance, à promouvoir le respect des droits de l’homme parce que c’est çà la base première de la sécurité dans un pays. Monsieur le Président de la république, quand il y a des engagements pris, il faut qu’ils soient respectés. Quand les états prennent des engagements, ils doivent les appliquer. La responsabilité première de la paix sur le continent c’est d’abord l’affaire des africains. Il faut qu’ils l’assument. Il faut que nos partenaires laissent les africains gerer leurs affaires. Le financement est important mais il ne donne pas droit à n’importe quelle intervention. Il ne donne pas droit non plus à n’importe quel comportement. Ceci me paraît être extrêmement important.»

On dénote dans cette déclaration du Président Alpha Oumar Konaré une certaine amertume. S’il va sans dire que la responsabilité des affaires africaines revient d’abord aux africains, on ne peut s’empêcher de constater la démission des responsables africains, notamment les chefs d’Etat, devant cette responsabilité.

En effet, lorsqu’on est conscient de ses responsabilités, on se donne les moyens de les accomplir. Or, l’Afrique brille par son irresponsabilité quand il s’agit de répondre aux défis de la bonne gouvernance. Les chefs d’Etat n’osent guère critiquer les actions néfastes les uns des autres. Au contraire, ils se soutiennent mutuellement dans ce qu’il est bien convenu d’appeler le Club des Chefs d’Etat qu’est devenue, comme avant lui celui de l’OUA, le Sommet de l’Union Africaine.

La seule fois où des voix discordantes se sont fait entendre, c’était lors du sommet de Khartoum sur l’accès du Président Omar Hassan El Béchir à la Présidence en exercice de l’Union Africaine. Et si l’Afrique semble avoir pris la mesure de la tragédie du Darfour, elle ne s’est pas donné les moyens de l’arrêter comme on pouvait s’y attendre. Aujourd’hui, comme hier, l’Afrique est obligée de tendre la main pour que les Nations Unies prennent le contrôle des forces de maintien de la paix au Darfour. Où est donc la responsabilité si on ne peut même pas donner aux forces les moyens d’agir, ne serait-ce que pour protéger les populations civiles ?

Les attentes de l’Afrique

On comprend bien cette amertume de celui qui a aidé à la mise en place de la démocratie malienne. Ailleurs sur le continent, la démocratie piétine. Bien que les peuples africains aspirent à transcrire ce concept dans la réalité, ce qui se passe dans les faits est loin de satisfaire les conditions minimales pour asseoir une démocratie réelle. Les élections africaines sont souvent scandaleuses, particulièrement dans les pays d’expression française d’Afrique.

Le Président Konaré est donc bien fondé à rappeler au Président Sarkozy d’accompagner ses propos par des gestes concrets. Si les partenaires apportent une contribution franche, la démocratie ferait des gains spectaculaires. Les hold ups électoraux feront place à une manifestation legitime des suffrages des citoyens. Ils auront élu ceux qui représenteraient leurs aspirations au lieu de souffrir la confiscation du pouvoir.

Il est aujourd’hui établi que les déchirements que connaissent des pays comme le Tchad, la RCA, le Congo Brazzaville, la RDC, le Togo, etc. sont la résultante de cette confiscation du pouvoir et de la réalisation qu’ont les citoyens qu’il n’y a pas d’autres voies que celles de la violence pour provoquer le changement tant attendu. Espérons que le Président Sarkozy causera une rupture réelle et significative avec les dictatures d’Afrique. La position prise face à la junte birmane est un encouragement dans ce sens.

Djimé Adoum


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