Parlons terre à terre !

En fin, un accord de paix a été signé entre les quatre groupes politico-militaires (UFDD, UFDD-Fondamentale, RFC et CNT) et le gouvernement tchadien sous l’égide du colonel Kadhafi. Le récapitulatif des réactions qui ont suivi cet accord révèle que le doute reste de mise. Ce doute, s’il n’est pas élucidé, risquerait de compromettre la mise en œuvre dudit accord.

Que comporte cet accord? D’abord et comme l’intitulé de cet article le laisse suggérer, nous allons tout droit au cœur du problème. Le point essentiel concerne le premier paragraphe de l’accord qui dit tout simplement que les politico-militaires doivent réintégrer le bercail en respectant la constitution. Premier problème : cette constitution n’est pas celle dans laquelle le peuple trouve son compte. Elle a été tripotée, en certains de ses articles, notamment l’Article 61 relatif au nombre limite de mandat présidentiel, pour permettre au président Deby de s’éterniser au pouvoir. C’est d’ailleurs cette disposition qui fut en grande partie la cause principale de l’extension des troubles. A cet effet et si tout le monde réintègre le bercail, le Président Deby peut maintenant finir tranquillement son troisième mandat. Et puisque tout le monde accepte la modification de la constitution, le président Deby va se positionner par rapport aux échéances et gagner encore les élections présidentielles suivantes, puisqu’il pourra continuer à manipuler tranquillement les résultats. Connaissant le manque d’unité de l’opposition politique, il est fort probable que les candidatures seront multiples et cela arrangerait encore l’occupant du palais rose. Ce n’est pas aussi compliqué que ça et quelque soit le degré d’intrigues et de manigances, les carottes sont déjà cuites, rien à faire ! La présidence à vie est ainsi entérinée !

Un deuxième problème se pose parce qu’il y a d’autres politico-militaires qui n’ont pas été impliqués dans la démarche du Colonel Khadafi et n’ont donc pas signé les accords de Syrte. Rappelons en passant que si les signataires actuels (quartet) doivent faire partie d’un gouvernement avant la tenue d’un dialogue inclusif, ils voudront avoir l’occasion de paitre là où ils seront attachés dans la quiétude. Ils doivent aussi faire de la place à ceux qui gravitent autour d’eux. Aussi, plus ils broutent, plus ils auront besoin d’une marge de manœuvre et de l’espace pour ruminer. Nous savons bien que tout cela prendra beaucoup de temps. L’expérience des dernières 18 années de pouvoir du Président Deby est très édifiante. Les gens qui broutent dans la quiétude n’aiment pas s’éloigner du paturage. Et comme ils n’ont à rendre compte à personne, ils se servent copieusement du patrimoine national. Cet enracinement posera problème parce que les non-signataires qui sont très nombreux, seront exclus du festival. Et ce n’est pas une bonne chose pour la viabilité du pays.

Parlons encore terre à terre pour voir ensemble les difficultés que pose l’exclusion du paturage de ceux qui n’ont pas été associés à la comédie de Syrte. Nous savons bien que leur exclusion posera des problèmes. D’où la question de savoir si les signataires vont se tourner contre eux pour leur faire la guerre comme on doit logiquement s’y attendre. N’oublions pas que de part et d’autre, les familles seront endeuillées parce que ceux qui font la guerre ou qui rallient peuvent être de la même tribu. Deux frères peuvent se trouver dans des camps opposés et se tirer dessus pour défendre quoi ? Dieu seul sait. Retenons seulement que les familles tchadiennes sont endeuillées sans raison valable et cela depuis 1963. Le pays étant dans l’abime sera atomisé davantage et il nous sera extrêment difficile de colmater les brêches. Le tissu social sera complètement déchiré.

Parlons terre à terre. Le pouvoir au Tchad n’a jamais été issu des urnes libres et transparentes. Il a toujours été pris par les armes ou par le tripotage des résultats des élections, d’où le manque de sa légitimité. Cette manière de faire a vu ses limites et l’occasion est offerte pour revoir cette approche. Il n’est pas opportun et permis que ceux qui clamaient haut et fort de vouloir finir avec l’occupant du palais rose réintègrent le bercail et seront utilisés pour tirer sur leurs frères qui gonflaient leurs rangs quand ils étaient des politico-militaires. Répétons-le : les accords de paix signés sans conviction ne ramèneront pas la paix au Tchad. Seul un dialogue inclusif s’impose comme étant la meilleure chance pour les tchadiens de se dire la vérité pour enfin arrêter le cycle de la violence.

Djimé Adoum


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