Lettre à Ségolène Royal

CAMAN BEDAOU OUMAR CAMAN BEDAOU OUMAR
BP. 5163 – N’djaména
République du TCHAD
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E-mail : obcaman@yahoo.fr

N’djaména, le 15 avril 2007

A Son Excellence Mme SEGOLENE ROYAL
Candidate aux Présidentielles françaises
S/C de SE M. L’Ambassadeur
de la République française au Tchad
N’djaména

Objet : L’Afrique et les Présidentielles françaises

Excellence Madame la Présidente,

Qu’il me soit permis de vous adresser cette correspondance à une semaine des Présidentielles françaises et surtout au moment où les sondages semblent vous placer au creux de la vague. Qu’à cela ne tienne, ces derniers évoluent en dents de scie et je ne doute pas un seul instant de votre remontée aux premier et deuxième tours. Vous vous êtes hissée à la cime de votre mouvement sans user de crocs-en-jambe ni au sein de votre parti, ni au sein des partis adverses, et cela s’inscrit dans votre actif. Dans le silence, vous avez bâti votre chantier, comme quoi le bruit ne fait pas du bien et le bien ne fait pas de bruit. Exercer une responsabilité, c’est tout un art car il faut satisfaire les sensibilités des uns et des autres. Sur ce point, il convient de dire qu’aucun des candidats, outre Votre Excellence et M. BAYROU, n’a réservé une place somme toute infime à l’Afrique, pourvoyeuse de la France à bien des égards. Seule l’immigration est brandie comme sujet relatif à l’Afrique. Je vous en félicite.
Les femmes émergent à travers le monde, à l’instar de Mmes Elen Johnson Serleaf, Condolisa Rize, Angela Merkel. Cette dernière, toute frêle, venant de l’Allemagne de l’Est, fustigée au départ, est aujourd’hui, l’étendard de la Grande Allemagne. En France, la misogynie n’a guère quitté les esprits me semble t-il.

Mme la Présidente, mon appui à votre personne n’est guère guidé par votre appartenance au parti de la gauche, puisque j’ai vu défiler cinq (5) Chefs d’Etat français (De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac) dont quatre (4) de la droite. Les habitudes semblent les mêmes, même si avec le Président Mitterrand, nos espoir et enthousiasme ont été étouffés dans l’œuf par de puissants lobbies français dont les intérêts en Afrique sont incommensurables, des féodalités économiques en Afrique inoxydables. Je ne doute pas un seul instant des difficultés auxquelles vous aurez à faire face mais seule la détermination et la volonté de faire mieux pourra venir à bout des barrières dressées contre votre marche, car Africains et Français, malgré un passé tumultueux, partageons aujourd’hui les mêmes sensibilités, outre la politique de l’Elysée qui nous divise et stupéfait mêmes vos compatriotes voir les Occidentaux résidant en Afrique.

Notre espoir (si espoir il y a) repose sur le fait que vous êtes une femme, un profil nouveau dans les méandres de l’Elysée et cela nous conforte, même si des défiances nous hantent au regard des comportements de vos prédécesseurs. Ma réflexion porte sur la politique de l’Elysée en Afrique et singulièrement au Tchad.

La passivité avec laquelle les Africains suivent les élections en France est édifiante et révélatrice à plus d’un titre. Notre slogan est le suivant : il faut que la politique de l’Elysée vis-à-vis de l’Afrique change. Je le dis et l’écris à mon corps défendant et je suis bien conscient des dangers auxquels je m’expose.

L’Afrique n’est pas pauvre mais appauvrie. L’Afrique est malade de l’Elysite (politique de l’Elysée). L’Afrique est malade de ses propres dirigeants. En Afrique, les moulins tournent mais le blé ne suit pas, principaux meuniers, certainement pas les Africains. Le mariage entre l’Afrique et les Occidentaux (la France surtout) ne peut se baser sur la seule comptabilité mais sur une compatibilité de sensibilité, manifestement un contrat social. Malheureusement, l’Afrique porte des stigmates purement gaulois. En voici quelques uns:

  • L’Afrique francophone est la seule région du monde où pullulent les pays les plus pauvres du monde au regard des indices de développement humain ;
  • L’Afrique francophone est la seule région d’Afrique qui héberge des bases militaires et pourtant, c’est également la région la plus instable du continent ; une région où la violence est endémique. Les colonies britanniques ne disposent d’aucune base militaire mais sont non seulement plus stables que les pays francophones mais mieux encore, connaissent un développement plus harmonieux que celui des Etats francophones ;
  • L’Afrique francophone est la seule région du monde où des Chefs d’Etat pillent depuis quarante (40) ans leur pays et de surcroît relevés par leurs enfants (des monarchies qui ne disent pas leur nom) ;
  • L’Afrique francophone est la seule région où ses dirigeants ne critiquent jamais la politique de la métropole sous peine de se voir refuser l’asile politique en cas de déchéance.
  • L’Afrique francophone est la seule région du monde où les élections présidentielles sont précédées de randonnées des candidats vers l’Elysée pour y prêter allégeance afin que l’Elysée choisisse la personne la mieux indiquée pour défendre ses intérêts.

Comme vous pouvez le constater, le mal de l’Afrique francophone demeure d’abord et avant tout la politique de l’Elysée et dans une deuxième phase, les dirigeants africains. L’immigration, cheval de bataille de certains candidats à l’Elysée est bel et bien l’œuvre de la politique de l’Elysée en Afrique. Sans fausse pudeur, la France voit la migration comme une menace culturelle, économique, géographique. Les immigrants africains en partance pour l’Europe sont des personnes pour qui la mort est une délivrance mais pas un châtiment. En Afrique, on pille, on tue, on vole. Les voix dérangeantes sont contraintes au silence. Quand la majeure partie de la population est exclue de la jouissance des ressources, ces ingrédients contribuent à la montée de la violence, au prix de se jeter dans la gueule des requins, pourvu que l’on quitte l’enfer créé par les dirigeants africains appuyés par l’Elysée. Dans certains cas, les aides destinées à l’Afrique, une fois parvenues à destination, reprennent de l’envol en direction de leurs expéditeurs par des circuits ésotériques. Supposons un seul instant que la France décide de rapatrier tous les Africains vivant sur son sol et que l’Afrique en fasse autant. Qui sera le grand perdant ? Certainement pas l’Afrique surtout qu’aujourd’hui, il y a un décalage vers l’est du centre de gravité des intérêts africains.

En Afrique, la vie est malheureusement parsemée de circonstances tragiques : si tu tombes, c’est la chute. Si tu chutes, c’est la tombe, un péril qui pèse sur une jeunesse désemparée et sans aucun espoir pour le lendemain. Quand on est naufragé, on ne choisit pas l’endroit où on échoue, au prix d’aller aux Canaris, en Espagne, en France…

Les accords de coopération civils et militaires entre Etats sont des actes légitimes mais qui respectent certaines éthiques. Ils ont de tout temps existé. Mais pour le cas d’espèce, c’est-à-dire les accords de coopérations entre la France et les Etats africains, on est en droit de se poser quelques questions. La France a-t-elle une seule fois pris l’initiative d’évaluer l’impact de ses coopérations civiles et militaires (5 bases militaires en Afrique à savoir Djibouti, Gabon, Tchad, Côte d’Ivoire et Sénégal) ? Les Gouvernants africains ont-ils mené un sondage d’opinion auprès de leurs populations pour recueillir leur avis ? Je n’y crois pas. Comme l’a si bien écrit quelqu’un qui partage, comme par télépathie mes opinions et analyse, le texte suivant aide à comprendre la psychologie de nos dirigeants africains et par voie de conséquence pourrait contribuer à résoudre de multiples problèmes :

« À la différence des grands hommes qui militent pour un idéal et qui voient leur accession au pouvoir comme l’aboutissement des années de lutte et qui désormais ont la chance de réaliser leurs desseins et ambitions pour leurs peuples, les dictateurs africains accèdent au pouvoir grâce aux forces étrangères colonialistes.

Comme un cadeau donné à un enfant qui le tient jalousement pour que les autres enfants ne le lui arrachent, le dictateur africain n’est plus prêt à lâcher le pouvoir. Vu son rang et son niveau, il n’a jamais auparavant songé d’accéder à la présidence de son pays. Ceci est un facteur psychologique important. Il est donc très reconnaissant à ceux qui lui ont rendu possible l’accès au pouvoir. Le complexe d’infériorité aidant, il prend le colon pour un dieu et pour lequel il se met très volontiers au service au point même d’exterminer son peuple s’il le faut. Il semble percevoir le pouvoir comme une bénédiction divine tout d’abord sur sa personne, sa famille voire sur son ethnie. Il se convainc donc y être pour servir à part ses maîtres étrangers, principalement les hommes et femmes de son ethnie. Lui qui ne valait rien devient tout d’un coup le premier homme important du pays.

Il ne se croit donc plus être au même rang que ses concitoyens qui dorénavant doivent être contraints de gré ou de force à l’adorer comme un Dieu. Parfois sa docilité même surprend ses maîtres étrangers qui par leur observation sont encore plus convaincus de l’infériorité des hommes dits de race noire.

Désormais c’est tout l’argent même du pays qui parfois est sur son compte privé. Les recettes du pays au lieu d’être versées dans les caisses de l’État vont d’abord se faire compter dans sa maison de résidence. On utilise le pronom personnel : mon, ma ou mes au lieu de notre ou nos quand il s’agit des ressources nationales, tel mon pétrole, mon or, mon gaz, mon uranium. Plutôt, ce sont les vices de toute sorte qui prennent le dessus sur sa conscience, des vices dont on peut ici épargner le récit pour ne pas choquer les lecteurs nouveaux au thème. En plus, il vit dans l’obsession de perdre son pouvoir qu’il sait bien démériter. Encouragé par les faux conseils que lui donnent les hommes du sérail et appuyé par ses hommes dans l’armée, il cherche à éliminer tous ceux-là qu’il croit lui constituer un danger potentiel.

La préoccupation principale et journalière de certains Chefs d’Etat est de répertorier les citoyens qu’il doit abattre soupçonnés du fait de leur intelligence ou volonté de contestation de faire un coup d’Etat. C’est ainsi qu’une pluie d’assassinats tombe souvent sur les pays. Les têtes pensantes y compris les professeurs, les éminents intellectuels, les avocats, les journalistes mais aussi les grands entrepreneurs et même les officiers de l’armée sont surveillés de près et assassinés au gré des soupçons souvent non fondés. Ceux parmi eux qui craignent pour leur vie se trouvent obligés de s’exiler à la grande satisfaction des dictateurs, laissant le champ libre à des hommes incompétents, corrompus et désireux de s’enrichir rapidement et qui ont mis à sac nos pays.

Il faudrait aussi signaler qu’il n’est pas rare que le dictateur africain, par pure ignorance et manque de clarté d’esprit, et surtout du fait qu’il recherche de tout ce qui peut l’aider à se maintenir au pouvoir aussi longtemps que possible, entre dans les loges de la Franc-maçonnerie occidentale avec des buts et pratiques complètement étrangers à notre culture. Par cette adhésion le dictateur africain confirme sa disposition à être un disciple de la loge au lieu d’être l’avocat des intérêts de son peuple. Tous ces comportements ne rentrent malheureusement que dans la logique des forces colonialistes et impérialistes soucieuses de préserver leurs intérêts. Il s’agit notamment d’assurer l’approvisionnement en matières premières dont le continent africain regorge en abondance mais aussi préserver les anciennes colonies comme marchés pour la surproduction des biens et produits de la métropole. Pour que ces objectifs vitaux soient réalisés, il faut à tout prix à la tête des anciennes colonies des hommes complexés, peu clairvoyants, dociles et manipulables. Sans qu’ils ne s’en rendent comptent, leur fonction est d’empêcher l’industrialisation de leurs pays pour pérenniser la domination coloniale.

C’est pourquoi elles voient de mauvais oeil les revendications des populations africaines pour l’instauration de la démocratie, la vraie démocratie. Convaincus que les Africains sont des sous-hommes qui n’ont pas le droit de décider de leur propre sort, les dirigeants des pays occidentaux notamment les Français parlent cyniquement de la démocratie comme d’un luxe pour les Africains. Et pour joindre l’acte à la parole, les dirigeants français, poussés par leurs milieux d’affaires, continuent de soutenir les dictateurs au pouvoir depuis plusieurs décennies. Ce qui apparaît à un non Africain anormal, absurde voire stupide est fêté en Afrique comme une sagesse ou une doyenneté. Pire, à la faveur des élections frauduleuses, l’Elysée vient d’inaugurer le règne des fils des présidents qui, selon sa logique, doivent prolonger la dictature dans les États francophones d’Afrique sous des formes dissimulées d’une démocratie de façade, malgré les contestations de plus en plus fortes des populations africaines soutenues par la diaspora.

Ainsi les Constitutions sont réécrites par des membres du parlement issus des élections législatives généralement frauduleuses et aménagées à ce qu’elles permettent à des potentats de se porter candidats et donc de se faire réélire par l’intimidation, le crime et la force des armes.

Il sied de rappeler que les Occidentaux réclament la démocratie dans les anciennes républiques de l’Union soviétique. Par exemple, il y a quelques mois, les ambassadeurs plénipotentiaires des pays occidentaux notamment la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont pris part à des démonstrations en Biélorussie pour y protester contre les fraudes électorales. En Afrique francophones, ils maintiennent un silence de cimetière face aux fraudes électorales et aux crimes de ces dictateurs souvent détestés par leurs peuples. Au Zimbabwe où leurs frères de race se sont vus déposséder des hectares de terres par la politique de redistribution des terres, les Occidentaux ont tous dénoncé la dictature de Robert Mugabe en condamnant les élections présidentielles zimbabwéennes comme non transparentes. Ils ont même imposé des sanctions contre le régime de Harare. Ailleurs où les dictateurs sont à leur service, ils font comme si rien de grave ne s’est passé même si ces dictateurs ont commis des massacres contre leurs citoyens.

Ces préfets nègres sont loin d’appréhender la psychologie de leurs maîtres étrangers. Ils n’arrivent non plus encore à saisir les grands enjeux de ce monde et confondent la direction de leurs pays tout juste avec une position de jouissance de délices. Se faire appeler Chef d’État, ressembler à d’autres chefs d’État, se faire dérouler le tapis rouge en visitant d’autres pays étrangers, recevoir des honneurs, se faire aduler, donner des ordres, s’enrichir, avoir la facilité d’approcher de jolies femmes, jouer l’homme important, bref jouir des délices du pouvoir et tout ceci pour une durée indéterminée. Parce que cela ne semble possible avec la vraie démocratie et le choix du peuple, il faut utiliser la force des armes et les fraudes électorales pour se maintenir au pouvoir. Et les garanties abondent de l’extérieur. Voilà ce sont ces amuse-galeries qu’on appelle malheureusement chez nous en Afrique particulièrement celle dite francophone des chefs d’Etat.

Pour l’observateur perspicace, Mme la Présidente, l’on ne saurait voir de gaîté de coeur l’enracinement de la démocratie en Afrique. Aucun peuple ne saurait accepter les souffrances que notre race endure depuis des siècles ».

Le TCHAD pour sa part est victime de sa témérité vis-à-vis de la France. Premier pays à répondre « OUI » à l’appel du Général De Gaulle du 18 juin 1940 (avant même l’Angleterre), le Tchad demeure jusqu’à nos jours, une inéquation à plusieurs inconnues. Tantôt transformé en un porte-char du désert, tantôt en une tour de contrôle pour l’Afrique en vue d’assurer davantage une main basse sur le continent.

La conférence de Berlin, tenue en 1884-1885 entre les puissances de l’époque, dont l’objet était le partage de l’Afrique, avait dans ses conclusions, décidé que seul l’exercice de l’autorité était un droit de possession. Ce principe déclencha une course contre la montre des corps expéditionnaires armés. C’est le cas dans le bassin tchadien où Français, Anglais et Allemands avaient délimité des zones d’influence à conquérir.

Pour la France, la jonction entre l’Algérie et le Congo demeurait une priorité d’où l’importance de disposer d’une passerelle : le Tchad.

« Depuis la conquête du Tchad, les Français se sont divisés en deux groupes : ceux qui étaient amoureux des zones arides, de leurs méharistes, de leurs femmes sveltes, de la civilisation des cours musulmanes, et, face à eux, ceux qui préféraient la verdure et les civilisations exotiques de l’Afrique mystérieuse » comme l’a si bien écrit J-P MAGNAN. Cette dichotomie qui a pu élire domicile à l’Elysée, dicte aujourd’hui la politique française au Tchad. Pour preuve, en 1979, lors de l’éclatement de la Guerre Civile au Tchad, le Général FOREST à la tête de l’armée française au Tchad, soutenait la partie septentrionale du pays, alors que l’Ambassadeur de France DALIER, la partie méridionale.

Les termes de référence des armées françaises en Afrique doivent être revus.

Si la présence militaire française garantit la stabilité d’un pays, le Tchad serait le pays le plus stable d’Afrique voire du monde puisque la base militaire française est permanente bien avant la date de l’indépendance du Tchad.

A titre d’exemple, en 1968, De Gaulle envoie la légion française pour soutenir Tombalbaye contre la rébellion. L’armée française s’investit à outrance pendant plusieurs années mais échoue. En septembre 1975, sous prétexte de libérer Mme CLAUSTRE, la France largue armes et matériel militaire à Hisseine Habré alors rebelle, et l’information est diffusée toutes les 30 mn par l’ORTF pour donner les coordonnées du lieu du largage et ceci aux dépens du pouvoir en place. Le Général Malloum alors Chef de l’Etat, demande le retrait des forces françaises du Tchad, ce qui lui a coûté parce que la rébellion prend de l’extension avec la bénédiction de la France, ce qui oblige Malloum à rappeler les forces françaises quelques mois plus tard. Tantôt les forces françaises sont avec le pouvoir en place, tantôt avec l’opposition juste pour équilibrer les forces en présence afin de les affaiblir davantage et les contrôler au mieux. Ce scénario qui a réussi au Tchad est présentement dupliqué en Côte d’Ivoire.

Les militaires français protègent leurs ressortissants, nous crie t-on à longueur du temps. Ceci n’est que partiellement vrai mais en premier ressort, les militaires français protègent le dirigeant qui défend le mieux les intérêts de la France. Un exemple : Hissein Habré a séquestré une Française (Mme Claustre) et fait exécuter un Français (Commandant Galopin). Et pourtant, il a été soutenu par la France pour parvenir au pouvoir jusqu’à ce que la France n’en ait plus besoin pour lui trouver un remplaçant. Avec à son actif plus de 40.000 citoyens tchadiens assassinés, il mène un exil doré au Sénégal, un pays qui héberge des forces françaises, échappant ainsi à toute poursuite judiciaire.

Comme on peut le constater, au moment d’assumer ses responsabilités, la France paraît soudainement modeste, adoptant une posture de complaisance. Un autre exemple et non des moindres présents dans l’esprit de chaque tchadien est la guerre civile.
Le 28 août 1978, Hissein HABRE devient le Premier Ministre (sous la pression de la France et du Soudan) et le gouvernement est remanié. Commence alors un bras de fer entre le belliqueux premier ministre et le président. Au regard des agissements de son Premier Ministre, le Président MALLOUM dépêche deux émissaires auprès du Président français M. Valery GISCARD D’ESTAING pour la conduite à tenir. Ce sont M. MBAILEMDANA alors Secrétaire Général du Gouvernement et RAMADANE BARMA conseiller diplomatique à la présidence de la République. Le président français a répondu en ces termes :  » lorsque mon premier ministre (CHIRAC) me rendait la vie difficile, je n’ai demandé de conseils à personne. J’ai pris un décret et je l’ai remplacé par Raymond BARRE « . Et à GISCARD de prodiguer des conseils au cas où MALLOUM voudrait remplacer son premier Ministre, « qu’il nomme un Tchadien du nord du pays et de surcroît populaire ». Quant au Ministre français de la Coopération, il tient à ce que la France soit informée auparavant au cas où le changement du premier ministre interviendrait, afin de prendre des dispositions pour la protection des « lieux sensibles ».

Le Tchad avait eu la possibilité de juguler la guerre civile, par la désignation de M. LOL MAHAMAT CHOUA, comme chef de l’Etat : un homme nouveau, non trempé dans les violences, jeune et de surcroît faisant l’unanimité des forces politico-militaires en présence à l’époque. Mais la réplique de l’Ambassadeur de France M. DALIER est révélatrice des ambitions de l’Elysée : « cet homme là, nous ne le connaissons pas et il est jeune. Nous nous méfions des jeunes ». L’Elysée a donc laissé faire malgré la présence de sa force militaire au Tchad et la guerre a repris de plus bel. Comme quoi, le dernier mot revient toujours à l’Elysée quant au choix de dirigeants africains.

Excellence Mme la Présidente, nombre d’Africains méditent sur cette phrase lâchée un jour par Shimon Pérez, ancien Premier Ministre israélien, phrase qui somme toute n’honore pas votre pays : « si la France est ton amie, ne cherche pas ton ennemi ailleurs ».

Je demeure convaincu de votre victoire pour un changement notoire. Pour des non- Africains, seule la lutte sera payante pour mettre fin à ce système inhumain qui prive les Africains de leur liberté depuis des siècles. Pour nous Africains, nous ne cherchons pas une confrontation mais une collaboration honnête basée sur le respect mutuel, des relations sincères. Le monde ne se conduit plus par la violence et le cycle de la violence ne conduit à rien. A vous de jouer Madame, afin de redorer le blason de votre pays terni à travers le continent africain, pour que l’on dise enfin : « si la France est ton amie, c’est véritablement ton amie ». En attendant, il faut que ça change.

Tout en vous souhaitant bonne chance et espérant enregistrer une victoire notoire de votre part dimanche soir, je voudrais une fois de plus renouveler à Votre Excellence les assurances de ma très haute considération.

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