Arche de Zoé : le Tchad lâche du lest – L’Humanité

Diplomatie . Après un échange avec Nicolas Sarkozy, le président Idriss Déby a souhaité la libération « des journalistes et des hôtesses ». Le cas des six autres Français reste indécis.

C’est leur premier contact officiel. La secrétaire d’État chargée des Droits de l’homme, Rama Yade, doit recevoir, cet après-midi, les familles des neuf Français détenus au Tchad. Une première rencontre, donc, à la veille de marches silencieuses à Marseille, puis à Paris dimanche, organisées par les familles des détenus et celles qui comptaient accueillir un des 103 enfants que l’association l’Arche de Zoé voulait « sauver de la mort ».

Ainsi, après avoir vilipendé l’aventureuse intervention des membres de l’Arche de Zoé – sous l’étiquette Children Rescue au Tchad -, le gouvernement a assuré qu’il « n’abandonnait » pas ses ressortissants. Des négociations ont été entamées avec les autorités tchadiennes et une offre de médiation par le dirigeant libyen, le colonel Muammar Kadhafi, a été (officiellement) rejetée (lire notre encadré). La priorité affichée de Paris est d’obtenir la libération des trois journalistes inculpés d’« enlèvement de mineurs » avec les six autres Français : Marc Garmirian réalisait un sujet sur l’Arche de Zoé pour l’agence Capa, qui a commencé cette semaine à diffuser ses images. Jean-Daniel Guillou est photographe à l’agence Synchro X. Enfin, Marie-Agnès Peleran, de France 3 Méditerranée, était en « congé humanitaire de solidarité », d’après sa rédaction, mais munie d’une caméra de la chaîne publique. Une délégation doit partir pour le Tchad, demain, comprenant, entre autres, le patron de Capa, Hervé Chabalier, Paul Nahon, directeur général adjoint chargé de l’information de France 3, et Robert Ménard, président de Reporters sans frontières.

déby un peu plus conciliant

Mercredi soir, le président Sarkozy a donc appelé son homologue tchadien pour lui demander d’intervenir en leur faveur. Ce à quoi Idriss Déby a répondu qu’il souhaitait la libération « des journalistes et des hôtesses » espagnoles. « Mais je n’ai pas à forcer la main à la justice tchadienne. Il y a une procédure », a-t-il ajouté.

Concernant les six autres Français, le gouvernement français se fait moins explicite. « Il y a eu des infractions commises au Tchad, il y a eu aussi des infractions commises en France, donc on peut imaginer qu’un dialogue s’institue entre les deux justices pour déterminer quelle est la justice qui finalement traite leur cas », a déclaré, mercredi, le secrétaire général de l’Élysée et bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant. Un accord entre la France et le Tchad permettrait en effet l’extradition des détenus si les autorités tchadiennes abandonnent leurs poursuites, la France prenant le relais, en quelque sorte, dans l’Hexagone.

Manifestations

à Abéché

Ce scénario semble envisageable. D’abord parce que le directeur de cabinet d’Idriss Déby a indiqué n’avoir pas de « position arrêtée » sur le lieu où les Français devaient être jugés. Ensuite parce que, mercredi, la justice française a élargi l’enquête sur l’Arche de Zoé à l’« aide au séjour irrégulier d’étrangers en France » avec la circonstance aggravante d’avoir « comme effet, pour des mineurs étrangers, de les éloigner de leur milieu familial ou de leur environnement traditionnel ». Un délit passible de dix ans d’emprisonnement et de 750 000 euros d’amende. Mais qui ouvre la possibilité d’un procès et d’une éventuelle condamnation dans l’Hexagone.

Si elle tente d’obtenir cette extradition, Paris devra tout de même ménager une sortie honorable aux autorités de N’Djamena, désormais sous l’oeil d’une population remontée. À Abéché, où les dix-neuf Européens inculpés étaient encore incarcérés hier, des manifestations ont eu lieu devant les bureaux du gouverneur. De son côté, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, devait rentrer hier de Chine. Avant de repartir aujourd’hui en Turquie.

Vincent Defait


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