Tchad : cri de cœur.

En regardant le 19 février 2008 la Résistance, docu-fiction réalisé par Christophe Nick, Félix Olivier et Patricia Bodet et diffusé par France 2, la première question qui vient à l’esprit est celle de savoir si l’on n’assiste pas à une répétition de l’histoire ?

Fière auteur d’une certaine Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, texte qui se veut l’un des instruments fondateurs des Droits humains dans son acceptation moderne, la France peine à respecter le tout premier des droits: le droit à la vie. 76.000 juifs déportés par la complicité du gouvernement de Vichy, 10.000 morts par jour pendant 100 jours au Rwanda sans oublier des nombreux assassinats politiques (BEN BARKA, Dr OUTEL BONO) et autres crimes économiques, la France est entrain d’encourager un génocide au Tchad en soutenant Idriss Deby contre la volonté du peuple Tchadien. Il est de notre devoir Tchadiens de part le monde d’empêcher que notre pays sombre dans le chaos. Comme un seul homme, mobilisons-nous pour dire Non et un grand Non à la politique française au Tchad.

France 2, Télévision d’Etat, celle là même qui a couronné Stéphane SMITH, auteur de la Négrologie : Pourquoi l’Afrique se meurt, véritable chef d’œuvre de la Francafrique, cherche-t-elle a provoqué à travers la Résistance l’élite tchadienne ? Négrologie a été particulièrement excessive à l’égard du Tchad. Dès les premières pages il va larguer sa bombe négrologique en affirmant « De même, si six millions d’Israéliens pouvaient, par un échange standard démographique, prendre la place des Tchadiens à peine plus nombreux, le Tibesti fleurirait et une Mésopotamie africaine naîtrait sur les terres fertiles entre le Logone et le Chari. Qu’est-ce à dire ? Que les Africains sont des incapables pauvres d’esprit, des êtres inférieurs ? » Absolument oui. Pour tous les adeptes de la Francafrique, les africains sont des êtres inférieurs, incapables de penser par eux-mêmes, de prendre en main leurs destins. Incontestablement la politique française au Tchad suit cette logique. Comble de paradoxe, elle est la toute première à nous traiter de tous les noms. Si le Tchad va mal, ose-t-elle éhontement le déclarer, c’est d’abord avant tout la faute des Tchadiens. Mais on se souviendra toujours des colons qui ont implanté des usines là ou il ne fallait pas (huilerie à Abéché et Usine de transformation de viande à Sarh) avec pour seul objectif de maintenir le pays dans la dépendance. La Françafrique assure François-Xavier VERSCHAVE (Au mépris des Peuples) « fonctionne comme un iceberg : 10% des relations franco-africaines forment la partie émergée, immaculée. C’est le discours de la ‘ France meilleure amie de l’Afrique’, ‘plus grande donatrice’, ‘partie des droits de l’homme’, ‘avocate de l’Afrique’, tous ces slogans politico médiatiques que l’on entend si souvent et qui ont encore une étonnante efficacité. Mais il y a aussi, dans un iceberg, 90 % d’immergé : il s’agit, en l’occurrence, de l’ensemble des structures parallèles mises en place par FOCCART pour faire en sorte que ces pays restent dépendants. Il y avait quatre objectifs à ce maintien de la dépendance : le rang de la France à l’ONU avec un cortège d’Etats clients ; l’accès aux matières premières stratégiques comme le pétrole et l’uranium ‘ou aux matières premières juteuses comme le bois, le cacao, etc.) ; le financement occulte des activités politiques du gaullisme, puis, par la suite, de tous les partis de gouvernement ; et enfin le maintien de ces colonies dans l’orbite occidentale. L’une des pratiques de la Françafrique est le maintien des dictateurs au pouvoir contre la volonté populaire : le retour de Denis Sassou NGESSO au pouvoir au Congo, le renversement de Ange Félix PATASSE en Centrafrique ou la longévité du doyen Oumar BONGO au Gabon, entre autres, obéissent bien à cette logique.

Le Tchad ne fait pas exception à la règle. Soutien et confusion, fondés sur la défense stricte des intérêts de la puissance colonisatrice au mépris des peuples.

On se souvient aussi des tergiversations de la France sous François MITTERAND, lorsqu’en pleine crise avec la Libye, Hissein Habré l’a sollicité. Les documents secrets de l’ « Opération MANTA Tchad 1983/1984 édition Plon » du Colonel SPARTACUS sont plus qu’éloquents à cet effet. Hissein Habré résumait l’ambiguïté de la position française en ces termes à l’époque « la question que tout Tchadien se pose aujourd’hui est la suivante : quel est le rôle exact des forces françaises ? A cela, nous n’avons pas encore obtenu de réponse précise… » (Jeune Afrique du 30 septembre 1983, cité par le colonel SPARTACUS). Nous étions en 1983 et l’accord de coopération militaire de 1976 n’a pas été évoqué contre l’agresseur extérieur : la Libye du colonel Kadhafi. L’opération Manta de l’avis des spécialistes a été un échec.

Aujourd’hui l’accord refait surface parce que les intérêts de la France sont en jeu. Seul maître à bord du navire Tchadien en plein naufrage, Idriss DEBY emploie toute la manne financière générée par le pétrole pour l’achat des armes en vue de son maintien au pouvoir. La France tient à prendre normalement sa part quitte à ce que des milliers des Tchadiens périssent.

Notre devoir est de rappeler à cette France si nostalgique de son passé héroïque que le peuple Tchadien a joué un rôle indispensable dans sa libération.
C’est du Tchad que la deuxième division blindée est partie pour libérer Strasbourg et Paris. Nous étions les tous premiers à répondre à l’appel du 18 juin 1941 sans oublier le serment de Koufra. En effet, le 02 mars 1941 les hommes (Tchadiens) du colonel Philippe LECLERC, juraient en ces termes : « Je jure de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.. » Il s’agissait des couleurs françaises !
La 2e DB était la première unité alliée à entrer dans Paris, les 24 et 25 août 1944. Le 23 novembre 1944 la promesse était ténue. La ville de Strasbourg sera libérée.

Qu’elle se souvienne ou pas, qu’elle falsifie l’histoire, la vérité finira par éclater au grand jour. Jamais, nous ne porterons la responsabilité d’un silence complice. Au boulot chers historiens. Le peuple Tchadien plus que martyrisé a été payé en monnaie de singe par une France ingrate. L’armée de Deby se conduit exactement comme une armée d’occupation qui pille, viole, agresse les paisibles citoyens. Cette armée agit avec la complicité de plus en
Plus agissante de l’Elysée. En 2001 après les proclamations des résultats des élections présidentielles entachées de fraudes massives, Jacques CHIRAC était le tout premier chef d’Etat à adresser une lettre de félicitation à son homologue Tchadien pour sa brillante élection, entrant dans cet élan la légitimation d’Idriss Deby.

Idriss DEBY, soutenu, armé, protégé par la France est un homme sans parole. Ces déclarations ne sont que des poudres aux yeux. Il n’a jamais respecté ses engagements vis-à-vis du peuple Tchadien. Le « Ni or ni argent, mais la liberté » n’engage que ceux qui y croient. La Kermesse du désordre n’est qu’un perpétuel recommencement. Nous allons continuer d’aboyer tout en sachant que Idriss n’est pas arrivé à N’djaména par un vol Air Afrique. En dix huit ans de règne sans partage, il n’a rien apporté de positif au pays. Clientélisme, favoritisme, clanisme, gabegie, démagogie, tribalisme, corruption, tels sont entre autres les mots qui le caractérisent le mieux et par ailleurs maux qui minent la société tchadienne depuis qu’il s’est emparé du pouvoir suprême.

On se souvient encore de sa « peine. » aux états généraux de la Justice. Deux mois après ce grand forum, de sa présidence sortira, en violation flagrante des résolutions des états généraux de la justice, une liste des futurs magistrats. Pour la petite histoire, lors de la prestation du serment de la « Promotion présidentielle », le Président de la Cour d’Appel, contrairement à l’usage avait demandé au greffier de donner lecture de la « liste », comprend qui peut.

Bien bosseur celui qui réussira à donner le nombre des Ministres depuis le 1er décembre 1990. La fonction ministérielle est banalisée. Les administrateurs se ramassent par benne au point que le Syndicat des Agents de l’Administration avait, un temps et à juste titre, demandé la fermeture symbolique de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature.

Les généraux plus nombreux que les soldats sont laissés à la merci de la nature. D’un autre coté, cousins, neveux et autres proches du Président Général se sucrent sur le dos de l’Etat. Ils sont omniprésents et contrôlent tout. Les autres Tchadiens quelque soient leurs rangs dans l’administration civile ou militaire ne sont que des faire valoir. Les décisions qui engagent le pays se prennent généralement tard le soir au tour d’un thé familial. Le conseil des Ministres et le conseil de cabinet sont des instances chargées de valider les décisions prises par un cercle très restreint composé des proches du Général Président. Dans un tel décor planté et entretenu par Idriss DEBY ITNO, le Tchad Etat Néant prend le dessus sur l‘Etat retrouvé. Est-ce pour autant suffisant pour Vendre la République , aux diables? Non.

Incontestablement Idriss Deby a fait des mécontents, sociétés civiles, syndicats, oppositions armées et civiles, bref la quasi-totalité des Tchadiens. Ce n’est pas cette évidence qui nous obligera à renoncer au combat, bien au contraire.

Le Tchad est très riche et les Tchadiens trop pauvres. Nous refusons cette fatalité qui fait des Tchadiens des êtres pauvres d’esprits.

Le Tchad est un patrimoine commun, il n’appartient nullement à un groupe d’individus de prendre le peuple en otage. Et la France doit savoir qu’après le lundi 12 février 1979…….. et les 1er et 02 février 2008, nous avons versé assez de sang. Ce sacrifice suffit largement pour nous libérer. Nous ne sommes pas prêts à consentir un sacrifice supplémentaire.

Aujourd’hui, notre pays vit dans l’insécurité la plus totale. Des opposants politiques des défenseurs des droits de l’Homme, des leaders syndicaux arrêtés et portés disparus, c’en est de trop. Et comme si cela ne suffisait pas, s’est ajouté un appel du gouvernement à la radio qui promet 300.000 FCFA (450 euros) à ceux qui dénonceront « les mercenaires (rebelles) cachés ou leurs complices« . Pour couronner le tout, l’état d’urgence a été décrété et les droits et libertés déjà précaires sont restreints.

L’heure est donc grave et donc au combat. A vos plumes, micros, claviers etc. Agissons avant qu’il ne soit trop tard. Agissons avant qu’on nous prive de notre chère partie.

Agissons avant qu’on ne nous déporte. Agissons avant qu’on nous pousse au génocide. Agissons aujourd’hui et où qu’on se trouve car demain sera trop tard.

Agissons car, il y a solidarité appréciable et honte partagée entre le gouvernement qui fait mal et le peuple qui le laisse faire, disait William SHAKESPEARE. Chers compagnons de lutte, notre serment aujourd’hui c’est de continuer, continuer à agir jusqu’à ce que le Tchad tout entier soit libéré par des Tchadiens. La lutte encore et toujours c’est le devoir des vivants.

N. DJIMASDE Evariste
Lyon


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