Le Tchad, un pays maudit ?

Depuis l’indépendance acquise en 1960, les tchadiens n’ont jamais connu une période de paix digne de ce nom et encore moins de démocratie. Tout au plus, quelques accalmies intermittentes. Et la faute n’est pas à chercher du côté du peuple tchadien dont l’aspiration pour la liberté et la démocratie n’est pas à démontrer. Les seuls responsables de cette instabilité chronique et de la pauvreté qui en résulte sont les piètres politicards qui nous gouvernent depuis presque un demi-siècle.

De tous les présidents que le Tchad a connus, il n’y a pas un seul qui soit véritablement nationaliste et qui ait œuvré pour le bien de la nation. Tous ont gouverné le pays pour leur propre compte et celui de leurs proches, oubliant au passage que les richesses du pays doivent profiter au peuple tchadien dans son ensemble. Dès lors comment s’étonner que nous soyons restés au même stade de développement ? En guise de comparaison, au lendemain de l’indépendance, nous étions dans les mêmes starting-blocks que la plupart des dragons asiatiques. Aujourd’hui, toute comparaison avec ces derniers serait tout simplement fantaisiste et dénuée de toute rationalité. Cela étant, il ne faudrait tout de même pas mettre tous les présidents dans le même sac et faire donc, la part des choses.

A mon humble avis, les deux premiers présidents ont commis nettement moins de dégâts que leurs tristement célèbres successeurs Habré et Deby. Sous Habré, le pays avait au moins des institutions qui fonctionnaient et une image présentable sur le plan international, à défaut de démocratie. Mais voilà, tout cela avait été englouti dans la masse des crimes en tous genres commis sous son règne. Inutile de rentrer dans les détails puisque tout le monde se souvient encore des méfaits de la redoutable police politique de l’époque.

A l’arrivée de Deby au pouvoir, tous les espoirs étaient permis, tellement les promesses étaient belles et mirobolantes. Mais quelle n’a pas été notre désillusion quand le pseudo libérateur a instauré un système politique qui est la copie presque parfaite du régime qu’il avait lui-même renversé ? Corruption, népotisme, exécution d’opposants, trafic de drogue, règne de l’arbitraire et le tout sous des faux-semblants démocratiques. Bref, la palme du dictateur le plus accompli lui revient de manière incontestable.

Sous la présidence de Deby, non seulement le pays est à genoux, mais il est réduit à une vulgaire république bananière : les institutions n’existent que de nom, il n’y a plus de hiérarchie…

Pour couronner le tout, l’immoralité est à son paroxysme. Sinon, comment concevoir que des honnêtes gens se retrouvent à devoir jouer les proxénètes pour s’attribuer les faveurs du prince ? Et que dire des individus sans mérite particulier qui disposent de luxueuses propriétés non seulement au Tchad, mais aussi en Europe ? Comment peut-on se regarder dans la glace quand on vit soi-même dans l’opulence alors que le voisin d’à côté doit patauger dans la boue pour atteindre sa misérable demeure ? Pourraient-ils justifier la provenance de leurs biens si d’aventure il leur était demandé de le faire ?

Les maux dont souffre le peuple tchadien doivent être imputés tout autant à Deby qu’à ceux qui gravitent autour de lui. C’est lui le président, mais il y a des gens qui ont choisi de cautionner son régime et, par conséquent, coresponsables de sa gestion désastreuse du pays et des crimes perpétrés à l’encontre des opposants politiques et des citoyens lambda.

Les derniers événements nous ont permis de voir le côté le plus odieux de cet homme.

Pourquoi s’en prend-il aux opposants politiques désarmés alors que rien ne justifie une telle bestialité ? Ce qui est inquiétant, c’est que personne ne sait où se trouvent MM Ibni Oumar et Yorangar. Pas même Deby, si l’on en croit ses dires. Mais personne n’est dupe. Il est temps de mettre un terme à cette comédie de mauvais goût et de libérer ces opposants dont nul ne sait ce qui leur est reproché. Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, il serait illusoire d’espérer quoi que ce soit de nature à pacifier le Tchad tant que cet individu monstrueux reste aux commandes du pays. De là à dire que le Tchad est un pays maudit, il y a un pas que je m’interdis de franchir. Mais au regard de tout ce qui précède, l’on peut légitimement se poser la question.

Ahmat Abakar
France.


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