Le Tchad, un état dangereux pour ses citoyens

Depuis son accession à la souveraineté, mais particulièrement à partir de 1979, le Tchad est devenu un terrain de jeux dangereux : la guerre, ce jeu arbitré par l’ancienne puissance, a vu se succéder au pouvoir les seigneurs de guerre sans foi. Dans ce pays, une génération d’enfants est née, a grandi et vit dans la guerre. Toutes les ressources sont orientées vers elle, au détriment de l’enseignement et de la santé.

Sous Hissène Habré, un impôt spécial appelé « effort de guerre » a été prélevé, appauvrissant un peu plus les populations.

Avec Deby, au lieu de contribuer au bien-être du peuple, l’essentiel du revenu du pétrole va à l’armement, donc à la guerre contre une partie de la population.

Pourquoi le Tchad, tel Sisyphe condamné à rouler la pierre, ne doit connaître que la guerre et ses conséquences désastreuses ? Pour les richesses de son sous-sol ? Pour sa position géostratégique (position charnière entre l’Afrique Noire, l’Afrique Blanche et le Moyen-Orient) ?

Le discours de la Baule sur la démocratisation n’a pas trouvé d’écho dans cette partie de l’Afrique centrale ; les seigneurs de guerre arrivent, se maintiennent par les armes. Pour eux, le pouvoir est au bout du canon et l’argent avec. Il est à penser que les partisans à la guerre, croient trouver là une source d’enrichissement sans cause. Lors de son arrivée le 1er décembre 1990, Deby annonçait : « je ne vous apporte ni or ni argent, je vous apporte la démocratie ».

Les Tchadiens n’ont ni or ni argent, encore moins la démocratie, aujourd’hui.

Quand les opposants démocrates lui parlaient de démocratie. Il répondait déjà invariablement à son début d’exercice de pouvoir : qu’il n’était pas arrivé à Ndjamena, (donc au pouvoir) par la ligne régulière de la compagnie « Air Afrique » que cette phrase bien traduise dans sa conception de la prise de pouvoir, explique le vide politique du pays. Paraphrasant le Comte de Mirabeau, il peut ajouter « je suis là par la force des armes, je n’en partirai que par elles ».

Est-ce la destruction définitive du Tchad que les populations doivent désormais s’y attendre ?

Les parodies d’élections (espèce de jeu : qui perd gagne) n’ont servi qu’à légitimer le coup de force permanent.

Le président est un véritable obstacle à la paix au Tchad. Nous en avons pour preuves :

  • Tous les accords conclus entre lui et les opposants sont ignorés.
  • Il ne tolère les partis politiques que pour s’en servir de caution démocratique, l’exemple de la presse muselée en est l’illustration.
  • Il fait réviser la constitution pour se représenter à l’élection présidentielle sans limitation de mandat.

Le président tchadien est donc disqualifié dans son rôle de garant de la liberté politique et de l’ordre intérieur, en entretenant des conflits sur l’ensemble du territoire, ce qu’on appelle au Tchad « les politico-militaires » dans leur excitation fade, car une kyrielle d’ethnies dans sa composition n’apportera aucun bonheur aux Tchadiens.

Les événements du début du mois de février, avec ses conséquences dramatiques pour les populations civiles, restent une protection du pouvoir : est-ce une opposition du style ou d’ambition entre les alliés d’hier ?

Ces événements posent néanmoins la question de la raison de la présence des troupes françaises au Tchad. Cette présence anachronique apparaît comme une assurance tous risques des chefs d’état amis et une garantie à la Françafrique en Afrique, tous les Africains le savent, même s’ils sont enclins à la tromperie par leurs propres dirigeants.

L’Union européenne (U E), qui fait de la bonne gouvernance et de la démocratisation des conditions de ses relations politiques et économiques avec les pays d’Afrique ; peut-elle accepter qu’un de ses membres les plus influents, en l’occurrence la France soutienne par tous les moyens ( politique, économique et militaire) un des régimes africains le plus répressifs et corrompu du continent dont, le Tchad du président Idris Deby Itno se distingue sans partage avec ses voisins.

Nombreux sont les Tchadiens qui cherchent la relation de cause à effet entre l’attaque des alliés indélicats de régime de Deby et l’arrestation du démocrate Ibni Oumar Mahamat Saleh, qu’on qualifie de musclée, un euphémisme pour dire brutale d’un chef de parti politique légal. Tout le monde prie qu’il n’arrive rien de fâcheux à Ibni Oumar Mahamat Saleh. Car aucune charge au sens de droit ne pèse sur cet homme hors commun.

Les conséquences d’une telle éventualité seront imprévisibles entre la communauté française et les Tchadiens. Ainsi, peut-on d’or et déjà entendre ici et là, que les Tchadiens sont devenus anti-français et à qui le tort d’avoir mené une politique néocolonialiste dans le sang sans discernement, sans art avec mépris dans sa forme inexcusable.

Nous demandons aux autorités françaises d’exiger la protection de Ibni Oumar, pour sa libération immédiate, le peuple a déjà versé massivement son sang, que la France se souvienne « au jour le plus difficile de la vie des Français, les Tchadiens étaient là héroïquement, avait dit André Malraux, dans sons discours de transition, le 11 août 1960, à la naissance du Tchad ». A cette date, la France avait promis de soutenir le Tchad, d’une manière éternelle dans son évolution et que les enfants « des lions Sara », arrières des arrières petits enfants pourront toujours avoir les pensions de leurs grands parents soldats de la Deuxième Guerre mondiale. Pourquoi remet-on sans honte cette promesse qui engage l’état français à aider le Tchad à grandir ? Cela est naïf, vous me direz, mais la parole donnée, elle existe en diplomatie, messieurs les français ?

On ne badine pas avec le sang versé pour la liberté du peuple français, osons nous dire, franchement ?

Si le sauvetage et la stabilisation momentanée du régime peuvent aboutir à un véritable dialogue inclusif, débouchant sur une paix durable, les Tchadiens s’efforceront d’oublier.

Si l’intervention continue de conforter le président Deby dans son refus et son intransigeance dans la recherche d’une solution négociée, alors bien malin qui prédira l’ampleur de l’explosion.

ERCHAD
ertchad@live.fr



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