Barak Obama : la récolte des fruits d’une audace osée.

Barack obamaDans seulement une dizaine de jours, les Américains iront aux urnes pour élire un nouveau président, lequel est censé être l’un des deux candidats officiels en lice : le républicain John Mccain et le démocrate Barack Obama. Ce qui aura impressionné l’opinion américaine et internationale est sans doute l’élection de ce dernier à la présidence des États-Unis d’Amérique.

Barack Obama a eu donc l’audace d’espérer. En effet, qui aurait crû qu’un jour, un jeune afro-américain de son État, né d’une blanche kansasienne et d’un père Kenyan, sorti donc de nulle part, puisse connaitre un succès aussi fulgurant en seulement quelques mois de campagne électorale pour passer de la position du candidat le plus défavorisé, le plus inexpérimenté et surtout le moins pris au sérieux à celle d’un incontestable politique chevronné, incarnant le changement au-delà même des frontières étatsuniennes. Le sénateur de l’État de l’Illinois de 47 ans – donné actuellement très favori dans les sondages face à son adversaire J. Mccain (7 pts d’avance) – aura été, si la tendance se maintient, non seulement le premier noir à bénéficier de l’investiture démocrate, mais également le premier homme de couleur à briguer un mandat présidentiel dans toute l’histoire américaine.

Cependant, l’exploit de celui qu’on surnommera plus tard «the skinny kid with a funny name » n’est possible nulle part ailleurs qu’en Amérique, faudrait-il l’avouer comme le reconnait le candidat lui-même. En revanche, il conviendrait à juste titre de souligner qu’il doit son succès particulièrement à son courage, sa persévérance et son ingéniosité.

Son courage, parce qu’il avait eu l’audace d’espérer bien avant même de se lancer dans la course à la présidence. Aussi, Il n’a pas hésité à mettre en pratique l’audace auquel il faisait allusion dans son second livre « The audacity of hope » dans lequel il étalait clairement ses ambitions politiques et sa résolution à contribuer au changement et surtout sa conviction d’être à la hauteur du triomphe des idéaux auxquels il tenait mordicus. N’est-ce pas l’idée même qu’un homme autre que de race blanche pousse le culot non pas de se porter candidat aux présidentielles américaines juste pour amuser la gallérie comme l’ont fait Jessy Jackson et les consorts par le passé, mais de là, espérer en remporter demande du cran. Beaucoup de cran d’ailleurs! Le général Colin Powell, l’ex-secrétaire d’État de l’administration Bush, considéré comme un héro de la première guerre en Irak et une figure emblématique du parti républicain n’avait-il pas décliné gentiment, avec clairvoyance et réalisme en 2000, la proposition des membres de son parti de le présenter candidat à l’investiture républicaine? Raisons évoquées : il craindrait pour sa vie d’autant plus que les Américains ne semblaient pas prêts pour élire un noir à la tête des États-Unis. Eh bien, ils ne l’étaient pas plus il y a quelques mois. Pourtant, Obama, a eu raison d’espérer que les Hommes peuvent changer. Oui, il doit être fier de son exploit pour avoir réussi à forcer le changement dans l’opinion politique américaine en révolutionnant les mentalités! Aujourd’hui, si l’on se fie aux sondages, sauf erreur de l’histoire, il remportera le scrutin du 04 novembre 2008 à une majorité écrasante.

Sa persévérance aussi, car Barack n’a jamais désespéré. Il n’a jamais cédé. Durant les premières heures des primaires, le jeune sénateur était considéré par ses adversaires comme un novice en politique ayant brûlé toutes les étapes pour se retrouver dans la cour des Grands. D’aucuns ne se gênaient pas à lui faire des remarques désobligeantes publiquement en ce sens. Apparemment, ses détracteurs l’avaient sous-estimé, car ils apprendront à leurs dépens la force de frappe de ce redoutable animal politique, à l’élan rassembleur et aux idées novatrices. Obama ne déchantera pas donc malgré la pression qu’il subissait et les calomnies de toutes sortes qui pleuvaient sur sa personne dans le but de le discréditer. Mais mal leur en a pris, car, toujours aussi tenace, Obama sort ragaillardi des épreuves difficiles auxquelles ses adversaires le soumettent et continue inexorablement, tête haute, sa marche vers la maison blanche.

Son ingéniosité surtout, puisque les points forts de cet anti-lobbysme notoire résident en grande partie dans sa simplicité, son caractère décomplexé, son ouverture d’esprit, sa capacité à déjouer les coups bas, ses facultés de perfectionnement et d’adaptation aux nouvelles situations… Tout a été essayé contre barack Obama, qui a été souvent entrainé vers des terrains glissants. Cependant, personne n’a encore réussi à lui faire toucher le dos à terre. Malheureusement pour ses adversaires, ni l’arme fatale de l’islamisme, ni l’artillerie lourde du racisme, encore moins l’effroyable carte de l’antisémitisme, n’auront réussi à fléchir ce rebelle déclaré du sentier bâti, qui a su affronter jusque-là, avec courage et perspicacité des adversaires politiques d’expérience et s’est taillée une place de première classe dans l’arène politique américaine. La campagne négative orchestrée savamment contre Barack Obama n’a donc rien donné. Même sa négritude allait être remise en cause, n’eût été la présence de Michelle Obama à ses côtés. Heureusement, l’homme ne se comporte pas comme un noir hanté par la crainte d’être stéréotypé, étiqueté, ou marginalisé, encore moins comme un blanc possédé par le complexe de supériorité, mais un citoyen américain tout court qui entend faire valoir pleinement ses droits. Demandez à Hilary Clinton; elle vous dira si obama est un enfant de cœur. Demandez aussi au sénateur Mccain, l’éternel héro de la guerre du Vietnam envers qui les Américains se sentent toujours en dette; il vous répondra si Obama est un débateur aguerri. Posez également la question à Colin Powell ; il vous confirmera si le sénateur Obama a les compétences exécutives requises pour diriger les États-Unis.

Aujourd’hui, le phénomène Obama, symbolisé par le célèbre slogan « Yes We Can! », n’est plus une chimère, mais une réalité tangible qu’on ne présente plus. Une réalité qui a débordé et s’est propagée au-delà des océans. En attendant de voir Obama à l’œuvre si jamais il venait à être élu président de la première puissance mondiale, un tas de questions nous taraudent l’esprit : quel serait l’enjeu d’une telle élection surtout par rapport à la nature des relations que les pays du Nord entretiennent avec ceux du Sud? Y aurait-il un changement significatif de la politique étrangère américaine qui imposerait une nouvelle donne à l’impérialisme occidental en général? Qu’adviendra-t-il de la Françafrique, chef-d’œuvre du cautionnement des dictatures les plus abjectes que l’Afrique francophone connait? La déclaration de guerre au lobbysme préconisé par Barack Obama aura-t-elle les résultats escomptés, du moins en Amérique? Le phénomène Obama inspirera-t-il la jeunesse d’autres nations opprimées et/ou éprises de changement?

En tout état de cause, nous pouvons être sûrs d’au moins une chose, c’est que rien ne sera comme avant chez le peuple américain et ce, peu importe qui sera élu le 04 novembre prochain. Seulement, si la jeunesse africaine et particulièrement tchadienne, visiblement désemparée, offre ne serait-ce que 10% de ce que Barack vient d’entreprendre aux États-Unis, les choses iraient beaucoup mieux chez nous aussi.

L’espoir étant le souffle de vie, osons encore espérer pour le meilleur. L’optimisme béat n’est-il pas préférable au pessimisme passif?
Yes We Can!

Hissein Haggar
haggarh@hotmail.com


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