Lyadish Ahmed : Entretien avec Colonel Adoum Hassaballah (UFCD)

Bonjour Colonel Adouma Hassaballah, merci de m’avoir accordé cet entretien.

Bonjour Lyadish Ahmed, tout le plaisir est à moi.

Lyadish Ahmed (L.A) : Que faites-vous à Khartoum depuis près d’un mois. Pourquoi vous n’êtes pas aux côtés de vos troupes à l’Est du Tchad ?

Adouma Hassaballah (A.H) : Je suis à Khartoum pour des raisons d’ordre privé. Je suis actuellement sur le point de regagner la base.

L.AComment se porte votre mouvement, l’UFCD ?

Adouma Hassaballah (A.H) – Le moral est très haut, et là-dessus il n’y a aucun doute. Aucune armée au Tchad ou groupe d’armée au Tchad ne peut avoir le moral actuel des troupes de l’UFCD. Je vous parle en tant que militaire.

L.A – De nouvelles défections de l’armée nationale en votre faveur sont constatées. Cela signifie-t-il que l’UFCD est un mouvement aux dimensions nationales comme le prétend votre propagande ?

A. H – Cela ne souffre d’aucune ambiguïté. Il n’y a que les gens de mauvaise foi qui peuvent nous contester ce statut, et ils le font à dessein d’ailleurs. Mais les Tchadiens qui veulent faire partir Idriss par les armes savent que le véritable cadre de lutte qui leur reste est l’UFCD. Ils ne se laisseront plus distraire par les sirènes tapageuses de la fiction.

L.A – Est-ce parce que vous pensez que l’UFCD est « un véritable cadre de lutte » que l’on vous soupçonne de vous opposer à la mise en place d’une nouvelle coordination unifiée dirigée par le Général Mahamat Nouri ?

A.H – L’UFCD est l’émanation des différentes anciennes formations qui ont pris conscience que cette façon de faire ne nous amènerait pas loin. L’UFCD qui est née après la dernière bataille de N’djamena ne saurait être responsable des échecs du passé. Nous ne nous sommes pas levés un bon matin par coup de tête pour choisir la lutte armée pour faire partir Idriss Deby. Mais il se trouve qu’il y a des gens qui ne savent plus pourquoi nous nous battons contre Idriss en dépit des milliers des morts que nous enregistrons de part et d’autres. Il ne voit que leur personne. Nous étions tous ensemble au départ, mais nous avons définitivement tiré les leçons de nos cohabitations passées. Nous étions à la base de toutes les initiatives d’unité depuis notre création. Tirant les expériences du passé, nous exigeons que toute démarche unitaire soit basée sur le libre engagement de tout un chacun. Le débat est à ce niveau là.

L.A – Vous semblez ne pas vouloir répondre clairement à ma question sur une coordination militaire dirigée par le Général Mahamat Nouri. Je formule alors une autre question, mais dans le même sens : vous opposeriez-vous au leadership de Timan Erdimi qui serait selon les milieux avertis le seul dirigeant rebelle susceptible de renverser Idriss Déby grâce à la complicité des Zaghawa ?

A.H – C’est une vielle chanson qui ne résonne que dans la tête de ceux qui ne connaissent pas politiquement et militairement le Tchad. Nous savons mieux que quiconque comment faire partir Idriss. Si c’était la complicité qu’il fallait pour faire partir Idriss, il y a des gens qui n’ont pas besoin de venir en rébellion pour le faire partir. La question est plus profonde que la ruse crue.

L.A – Vous me semblez vraiment réticent à l’idée de vous joindre à une organisation unifiée conduite par Mahamat Nouri ou Timan Erdimi. Je voudrais au moins savoir à quelles conditions accepterez-vous le leadership de l’un ou de l’autre pour affronter ensemble l’armée d’Idriss Déby comme ce fut le cas en février dernier ?

A.H – Je crois que si vous êtes réaliste et conscient que la lutte est politico-militaire, c’est à eux et aux autres qu’il faudra poser désormais la question « à quelles conditions sont-ils prêts à suivre l’UFCD ? ».

L.A – C’est noté ! Je ne manquerai pas, s’ils m’en offrent l’opportunité, de leur poser cette question déterminante pour l’unité de la rébellion. Je voudrais maintenant savoir quels sont vos rapports avec Abdoulwahid Aboud Mackaye ?

A.H – Nos rapports sont excellents et ce qui nous lie est plus fort qu’une Alliance. Abdelwahid pourra vous témoigner lui-même.

L.A – Alors excusez cette question impertinente : puisque vous semblez réticent à vous mettre sous le commandement de Mahamat Nouri ou de Timan Erdimi, mais que vos rapports avec Abdelwahid sont excellents comme vous l’affirmez, dois-je comprendre que vous êtes prêt à être dirigeant d’une organisation qui réunira tous les mouvements armés ?

A.H – Je suis actuellement le dirigeant de la plus importante organisation politico-militaire sur le terrain. Que personne ne vous leurre ! Si je ne me vante pas dans les medias, c’est simplement une question de modestie et d’éducation. Car nous ne minimisons personne dès lors qu’elle se réclame contre le régime d’Idriss. Mais compte tenu des mensonges politiciens diffusés à travers les media, maintenant nous sommes obligés de vous dire les choses que vous pourrez vérifier à l’échéance. Une fois de plus Adouma n’est pas assoiffé d’être un chef. Je ne me suis pas autoproclamé président de l’UFCD. Ce sont des mouvements et des personnalités qui m’ont demandé d’être à ce niveau de responsabilité. Si jamais ceux-là estiment qu’il faut céder la direction à une autre personne, je suis prêt à le faire comme je l’ai déjà proposé à mes camarades.

L.AMais il y a quand même cette vérité : même si vous êtes le dirigeant de la plus imposante organisation politico-armée, il n’en demeure pas moins vrai que les Soudanais, qui soutiennent matériellement et financièrement la rébellion tchadienne, seraient favorables au leadership de Mahamat Nouri. Selon quelques indiscrétions, ils vous auraient clairement signifié que si vous continuez à refuser d’être conduits par le Général Mahamat Nouri, vous n’aurez plus aucun soutien de leur part ?

A.H – C’est complètement faux et jamais dans l’histoire de notre mouvement (UFCD) on a subi les diktats d’un pays ou d’une organisation quelconque. Si c’était vrai il n’y aura pas d’UFCD. Il y avait des gens qui ont bâti leurs stratégies dans ce sens pour nous avoir à leurs cotés. Mais c’était peine perdu. L’UFCD est le mouvement de Tchadiens qui ont mis au devant l’intérêt national et qui ont tiré les leçons de nos stratégies précédentes. Aucun pays, je dis bien, aucune organisation ne peut nous imposer une conduite. Ils ont leurs intérêts et nous avons les nôtres. Lorsqu’on peut concilier les deux intérêts, nous marcherons ensemble. Mais les autres peuvent continuer par rêver.

L.AEn parlant d’intérêts divergents justement, les Tchadiens vous soupçonnent d’entretenir des relations discrètes avec le Premier Ministre Youssouf Saleh Abbas en vue de rallier le régime de N’Djamena. Avez-vous eu récemment des contacts avec lui autrement qu’en raison de son statut de Premier Ministre ?

A.H – Le dernier contact avec YSA remonte à l’an 2000 lorsqu’il était au MDJT (Mouvement de Youssouf Togoïmi : ndlr). Je dois aussi vous dire que j’ai très mal apprécié sa déclaration devant les députés lors de son investiture où il disait qu’il refuse tout dialogue avec l’opposition armée. Pour revenir à votre question, ce sont des histoires fabriquées par les ennemis de l’UFCD pour distraire l’opinion. Nous les avons déjà identifiés un à un, et ils sont nombreux. Ecoutez, si le gouvernement tchadiens prend contact avec nous pour organisez un dialogues inclusif en présence des partenaires du pays nous ne refuserons pas. C’est ce que nous avons toujours réclamé. Comme vous le savez, la guerre nous a été imposée par Idriss Deby. Nous connaissons mieux que quiconque les conséquences de la guerre.

L.AVous aurez néanmoins, selon toutes vraisemblances, reçu la visite d’un émissaire d’YSA. Il s’agirait d’Abderamane Moussa, ex-ministre de l’intérieur devenu Médiateur National. Est-ce que c’est faux ?

A.H – (Rire) Je répète que ce sont des histoires montées par des gens qui se réclament opposant au régime, mais qui travaillent en réalité pour Idriss. Nous ne faisons pas les choses en cachette à l’UFCD. Abdramane Moussa n’est pas venu nous voir. Le jour où il décidera de venir, même s’il ne vous le dit pas, je vous le dirai.

L.AMais vous êtes tout de même conscient que le Premier Ministre Youssouf Saleh ne cesse d’appeler les rebelles à déposer les armes et se mettre résolument au service du Tchad. Le Gouvernement serait disposé à répondre à toutes les exigences des dirigeants rebelles. La preuve : le ralliement des ex-amis de Timan Erdimi. A quelles conditions l’UFCD accepterait de négocier avec le Gouvernement ?

A.H – Je dis bien, uniquement s’il s’agit d’une négociation inclusive qui abordera les problèmes profonds qui prennent en compte l’aspiration du peuple Tchadien.

L.AQu’avez-vous envie de dire à Youssouf Saleh Abbas dans le cadre de sa politique en général ?

Si Youssouf veut entrer dans l’histoire du pays, qu’il convainc son gouvernement et son président d’accepter des négociations inclusives. Sinon, il n’est pas différent de ceux qui l’ont précédé.

L.APuisque vous donnez l’impression d’être plus que jamais favorable à un dialogue inclusif, vous êtes certainement au courant du fait que dans le cadre des actions de la Commission Indépendante pour le Dialogue Inclusif (CIDI), le Dr Djimé Adoum a été reçu par Idriss Déby au Québec (Canada). La CIDI entreprend actuellement des démarches pour aller vers vous et vous exposer le plan de dialogue qu’elle a proposé au Gouvernement. Serez-vous disposé à travailler avec la CIDI ?

Le Dr Djimé Adoum et la CIDI seront les bienvenus. Nous sommes disposés à travailler avec tous les Tchadiens. Mais nous avons aussi besoin des amis de notre pays et de la communauté internationale pour superviser, sans parti pris, les négociations, garantir la sécurité des parties et nous aider à mettre en ouvres les résolutions du dialogue. N’oubliez pas toutefois qu’il y a eu des initiatives du Comité de suivi de l’appel à la paix et la réconciliation dirigé par Mme Kemneloum Delphine, celle du groupe de Libreville conduit par le Président Goukouni, etc. Pourquoi toutes ces initiatives ne se mettent pas ensemble ?

L.APensez-vous qu’il est utile que ces diverses initiatives devraient s’engager à travailler ensemble ?

A.H – Cela va de soi, à mon sens.

L.ARevenons une dernière fois aux politico-militaire. Je me suis procuré la copie d’un « manifeste de l’opposition politico-militaire » rédigé récemment et qui rappelle les causes des départs massifs vers la rébellion des cadres militaires et civils du régime de N’Djamena. Ce « manifeste » propose surtout des actions à mener pour renverser le régime et restaurer l’état de droit au Tchad. Qui sont les initiateurs d’une telle démarche, pourquoi une telle démarche et qui sont les signataires du document final ?

A.H – C’est une initiative des responsables des différents mouvements présents à l’Est que je coordonne personnellement. Elle est ouverte à ceux qui ne sont pas encore partie prenante, sans exclusion. Les dispositions sont prises pour associer tous ceux qui ne sont pas encore là.

L.APuisque vous semblez ne pas vouloir en dire plus sur vos rapports tendus entre « confrères rebelles », je vous rappelle que le Tchad et le Soudan ont convenu du retour de leurs ambassadeurs, à l’issue d’une réunion tripartite à Tripoli sous l’égide de la Libye. Ne craignez-vous pas une normalisation des relations entre nos deux pays qui signifiera la fin de la rébellion ?

A.H – C’est classique les accords entre le Tchad et le soudan. Ce n’est pas la première fois qu’ils rompent et reprennent les relations diplomatiques. Cela ne change en rien le problème du Tchad qui reste entier. Si cette reprise des relations diplomatiques peut aider l’organisation d’un dialogue inclusif c’est une très bonne chose. Si non il ne change rien dans la position et la détermination de l’UFCD.

L.AAvant de clore entretien, avez-vous un message à passer au peuple tchadien ?

Les Tchadiens ont plus que jamais toutes les raisons d’espérer. Nous sommes conscients que par les armes ou par le dialogue la lutte aboutira.

Je vous remercie, Colonel Adouma Hassaballah.

Propos recueillis par Lyadish Ahmed


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