Cotontchad : le verrou a sauté

L’anecdote circule toujours dans N’Djamena : au cours d’une de ses célèbres émissions dominicales, notre « petit fou » national aurait posé cette question : quel est l’être qui ne se rassasie jamais ? Un malin auditeur a demandé la précision suivante : « c’est un être humain ou animal » ? « Humain », aurait précisé le petit fou.

« Alors, c’est un zaghawa », répondit l’auditeur. Les auditeurs n’ont eu ni la confirmation, ni l’infirmation de cette réponse car petit fou est passé à un autre sujet. Mais à regarder l’appétit pantagruélique de Deby envers les biens de l’Etat, on serait tenter de donner raison à cet auditeur.

En voulant vendre le brut directement à des spéculateurs, Deby, a cherché par tous les voies et moyens de contourner les dispositions très contraignantes de la législation relative à la gestion des revenus pétroliers. N’ayant pu atteindre cet objectif, il s’est finalement résigné en faisant main basse sur le trésor public. Aujourd’hui, Deby et Adoum Younousmi sont les seuls bénéficiaires des revenus pétroliers.

Comme si cela ne suffisait pas, Deby veut faire de même sur la filière coton qui se démène pour sortir de la crise. Aux dires des spécialistes, le Tchad est un des rares pays qui vend lui-même son coton directement aux filatures sans aucun intermédiaire et le service commercial basé à Paris est l’un des meilleurs de l’Afrique subsaharienne, traitant les dossiers avec un professionnalisme inégalé. Cette bonne réputation a été définitivement entachée par le deuxième passage de M. Kabadi à la tête de la Cotontchad. Le public tchadien ignore le préjudice que Kabadi a causé à la Cotontchad. Au Tchad on cite beaucoup des cadres qui ont dilapidé les biens publics, mais si vous vous rapprochez de ceux de la Cotontchad, vous apprendrez que jamais un compatriote ne s’est comporté comme Haroun Kabadi vis-à-vis de cette société qui fait vivre plus de 3 millions de personnes : bradage, ventes aux intermédiaires, détournements, etc. Kabadi a même été pris en otage durant 72h, par des intermédiaires nigérians spoliés par lui, à Lagos. Il a fallu l’intervention personnelle de Deby pour le rapatrier. Et pourtant, le bonhomme ne s’est jamais senti inquiété, car toutes les magouilles se faisaient avec la bienveillante bénédiction de Deby, avec qui il partageait les revenus des ventes illégales du coton. Malgré les avertissements qui venaient de toute part, Deby avait fermé les yeux, et il a fallu l’intervention discrète mais efficace du partenaire français pour que Deby accepte de débarquer Kabadi. Mais la Cotontchad ne s’est jamais remise du tsunami Kabadi.

La nomination de Kabadi au Ministère de l’Agriculture n’a en réalité d’autres objectifs que de vouloir refaire main basse sur le Coton. Deby et Kabadi connaissent très bien l’ancienne équipe, composée des cadres de la maison et qui ont toujours résisté aux assauts des vautours. Alors il faut les débarquer pour avoir des gens plus malléables. Taigué Djonas à la place de Brahim Malloum, il faut être Deby pour le faire. Les qualités et le professionnalisme de Brahim Malloum sont reconnus partout ailleurs, sauf au Tchad de Deby. Le DG débarqué est probablement l’un des meilleurs connaisseurs de la filière coton au Tchad et en Afrique subsaharienne. Il était le gardien du temple, avec son départ, Deby et Kabadi seront les vrais vendeurs/bradeurs du coton tchadien.

Beremadji Félix
N’djaména


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