Le Long Chémin du Dialogue Responsable

Quand on a demandé à son peuple d’être son choix, qu’on ait été forcé à prendre le chemin de l’exil pour eux, on est contraint de leur rendre compte des étapes des actes accomplis ou en voie d’être accomplis. Pour nous, la plus grande vertu d’un homme politique, fut-il un chef rebelle, après l’amour pour son pays et son sens de fierté nationale, ce n’est point une vulgaire outrance de langage ; c’est la responsabilité. C’est-à-dire, le sens du devoir, un minimum de grandeur et d’effort en vue de répondre à sa tâche comme il le faut ; surtout quand les gens ont compté et continuent encore, jusqu’à une certaine limite et avec toute leur petite innocence aussi, à vous aimer et à compter sur vous.

Saint-Exupéry dans « Terre des hommes », écrit ces phrases d’or que les hommes malheureusement ne répètent plus, que les hommes ne vivent plus, mais qu’on devrait enseigner partout, à tous et surtout aux jeunes qui grandissent, avant que leur caractère ne prenne forme et ne soit souillée des boues de l’immoralité et de la dépravation de la société des grandes personnes: « Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

En effet, pour que des leaders politico-armés comme le Général Nouri, Le Colonel Soubiane, M.Hassaballah, M. Makaye,ou M. Timane, puissent arriver là où ils sont maintenant, le peuple tchadien a dû prendre le risque de compter encore une fois sur la possibilité de la démocratie et du progrès ; ainsi, a-t-il pris le soin d’offrir au Tchad tout entier l’une des plus belles images qu’un peuple puisse offrir quand il veut démontrer qu’il est majeur et qu’il tient de ce fait à prendre son destin en main. Il a dit oui. Et chaque fois que des troubles surviennent dans le rang des hommes qui suivent ces Leaders, il a encore confirmé ce oui, avec violence même, pour sauver enfin cette chance qui passait. La chance du FUC, de L’AN et aujourd’hui celle de l’UFR.

Quelle chance alors si depuis lors rien ne lui est répondu en retour. Rien. Rien que le silence et toujours, rien que l’ignoble mépris. Par conséquent, alors que ce peuple n’en peut plus, le revoilà désespérément revenu au même scénario de toujours : Soulever un débat pour comprendre ce qu’on lui cache. Ce qu’on n’arrive pas à lui dire, … des blessés et des morts. Des succès ou des échecs ? Doit-il continuer à rester dans la caverne ?

Alors, vous saisissez bien, frères, sœurs et amis, la grandeur de ma déception et la profondeur de la douleur du camarade Issa Kouroundou dans notre article : UFR : Les militants lancent un appel et un rappel au sérieux… ».

Entre la révolte, l’indignation et l’accablement, je vis ici aux côtés de nos innombrables jeunes immigrants et réfugiés, la diaspora, toutes les formes d’embarras possibles que cause l’unique fait d’appartenir à une opposition qui communique peu et que nous soutenons tous, vous et moi. Et, pour le dire encore avec des mots de Saint-Exupéry que j’aime tant, en lisant vos différentes réactions me promenant dans les sites et blogs, « Je suis semblable au père d’un enfant malade, qui marche dans la foule à petits pas. Il porte en lui le grand silence de sa maison ».

Il est donc vrai ; la situation du pays est la plus grande angoisse de notre vie. Mais nous ne voulons pas cesser d’espérer et pour cela, nous ne pouvons pas cesser de croire et de penser. Nous ne voulons pas cesser de faire accompagner la lutte que mène nos leaders d’une certaine espérance soutenue par la foi et la charité, et d’une sereine intelligence qui n’est guère lâcheté ni refuge intellectuel, mais plutôt source d’inspiration, de clairvoyance et de préparation en vue de la mission à accomplir .

Trop de fois dans notre histoire, avons-nous commis la ruineuse et folle erreur de vouloir tout résoudre dans la colère et dans le feu frivole et aveugle de l’immédiateté. Trop souvent avons-nous voulu détruire avant même de penser aux conséquences de nos actes, aux prix onéreux que nous aurons à payer pour les dommages infligés encore à nous-mêmes ?

C’est donc pour cela, frères, sœurs et amis, qu’au-delà de cette brève expression de solidarité dans le deuil de l’orgueil national, le plus important ici pour moi c’est de vous exhorter à ne pas vous précipiter : Vous faites bien de prendre les blogs, les sites, vous faites bien d’affronter les responsables et les complices que vous fabriquez parce que vous manquez d’information. Prenez donc garde pour que notre lutte qui doit être avant tout une lutte démocratique, sociale et économique ne soit déviée au départ et transformée en lutte personnelle, en tapis velouté disons, sur quoi on se bouscule pour entrer dans la grâce des faiseurs de rois , au nom de cette vieille et bête tradition du Ôte-toi pour que je m’y mette , forme concrète de l’éternel retour , l’interminable cycle d’une histoire politique tchadienne malsaine et médiocre, qui se répète indéfiniment, blesse profondément, nous rabaisse et nous paralyse.

Comprenons et faisons comprendre à tous ceux qui nous accompagnent, et même à ceux qui nous sont opposés, que premièrement, sur le plan conjoncturel, je le répète, notre problème n’est nullement d’abord politique mais socio-économique ; et qu’il est surtout, en second lieu, l’occasion offerte à ceux qui aiment le pays et qui connaissent bien les causes de sa tragédie à s’embarquer avec nous pour un combat structurel que nous aurons à mener peu à peu et à gagner. Car, nous sommes bien conscients que les fondements de nos problèmes d’aujourd’hui ne se résident immédiatement ni dans la mauvaise foi, ni dans l’incompétence de deux ou trois chefs rebelles, aussi mal que ceux-ci puissent être, mais plutôt dans de honteuses structures de la décennie, voire un demi siècle que l’obscurantisme, les mesquineries humaines et l’aveuglement du pouvoir politique ne nous ont même pas donné la chance d’effleurer voire de surmonter nos obstacles.

A qui veut l’entendre, nous ne cesserons de répéter que les chances de sortie de la crise, pour nous autres tchadiens, ne cesse de s’amenuiser. On ne cesse d’analyser les aspects, les soubassements, les manifestations de cette crise nationale. Les blogs répondent à d’autres blogs, dans un ramassage confus d’obsessions, de perversité, d’ arguties à bon marché, de réponses vocalisantes à double ou triple claviers, chacun cherchant à se placer sur des lignes idéologiques parasitaires et archaïques, mais confortables, alors que le moment est à la résolution pragmatique des problèmes, à l’audace de projets futuristes de reconstruction, à une vision nouvelle visant le futur.

Le Tchad se meurt devant nous sous une avalanche de barbarie, d’incompétences et d’improvisations et nous refusons de passer la main, dans des débats de mots, de virgules et de points-virgules, alors qu’il s’agit de mettre à l’heure notre horloge et surtout de prouver non pas que nous sommes malins, mais que nous sommes de bonne foi, que nous voulons un état de droit, que nous voulons une démocratie, que nous voulons le développement Tchad .

Les contorsions d’un groupe de faux opposants avaient un tel aspect caricatural, qu’elles pouvaient décourager n’importe qui nourrit encore le rêve d’une entrée en démocratie de notre société menacée par le spectre de l’autodestruction. Nos hésitations à embrasser à bras le corps la réalité de la débâcle collective ne tiennent aucun compte des signaux d’alarme. L’union de nos forces à l’EST est menacée et les théologiens de la division discutent du sexe des anges.
Non, ils refusent l’autocritique, les raisons pour lesquelles ils ont échoué. Ils refusent d’abandonner un langage de violence et de se soumettre aux lois qui régissent le commun des mortels.

Après ces premières escarmouches, qu’est-ce qui nous attend plus loin, aux rendez-vous du calendrier 2009. Les risques de capoter dans la ravine sont grands et il faudra négocier au plus près l’étroitesse de la route et les pentes dangereuses. Peut-être, alors, pourrons-nous dans quelques mois, déboucher sur une vision nouvelle de gouvernement, sur un plan de développement à long terme affirmant notre capacité et notre volonté de sortir de la misère et de la honte.
Les révoltes, mes frères, sont généralement de grands signes d’espoir. Ceux qui combattent la voix de la raison, ceux qui gravitent autour de nos leaders avec une mission de les faire échouer, leurs premiers chemins sont très souvent les plus faciles d’ailleurs ; et ces acteurs, enfin, fatigués de se mouvoir, s’immobiliseront et finiront par croire, pour se consoler, qu’ils ont fait ce qu’ils devaient faire, c’est-à-dire, qu’ils ont marché, car ils ont effectivement marché. L’unique différence entre eux et nous, c’est qu’ils ne sont arrivés nulle part.

Chers frères et amis, n’hésitons pas à écouter la raison et à l’inviter à prendre part à notre lutte. Quoi qu’il arrive, d’ici étant, je continuerai à vous supporter et à vous écrire au moins. Restez fermes comme toujours ; mais, je vous en prie, … Restez unis aussi dans la vigilance et la lucidité !

Par Dr. Félix Ngoussou
Représentant du RFC-USA


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