La conception du pouvoir selon Deby.

Depuis son accession au pouvoir il y a plus de dix-huit ans, Idriss Deby gouverne le pays et exerce le pouvoir suprême comme bon lui semble ; c’est-à-dire à la manière d’un monarque absolu qui n’a de compte à rendre à personne si ce n’est à Dieu. Encore faut-il que notre despote soit croyant. Eu égard à sa cruauté et son inhumanité, on prendrait des gros risques à le présenter comme tel. Mais passons. On n’a pas besoin d’être croyant pour distinguer le bien du mal, à moins de ne pas jouir de la plénitude de ses facultés intellectuelles et psychiques. Ce qui ne me semble pas être le cas du tyran de N’djamena.

Dans tous les cas de figure, un mal doit être traité avec un remède approprié et ce, quel qu’en soit le prix à payer. C’est la tâche à laquelle s’attèlent les nombreux groupes armés depuis quelques années. Hélas, sans résultat pour le moment.

Le fonctionnement de la machine étatique sous Deby : clientélisme et népotisme
Deby nomme, révoque les fonctionnaires à sa guise et sur la seule et unique base de critères ethnico-géopolitiques. Aussi, suffit-il d’être un parent de Deby ou le parent d’un vassal ou d’un bouffon pour bénéficier de ses faveurs. Ainsi, des individus réputés incompétents ou tout simplement des illettrés sont nommés à des postes clé et profitent sans vergogne de l’aubaine.

Etant donné la nuée de bouffons et autres proxénètes qui composent la cour du roi, les honnêtes citoyens ayant toutes les compétences possibles et imaginables n’ont guère d’autre choix que de passer dans le moule avilissant mis en place par le dictateur corrompu ou de végéter. Il faut noter que rares sont ceux qui optent pour ce dernier choix, d’où la corruption qui gangrène toutes les strates du pouvoir, du ministre jusqu’au planton.

Le maillage maffieux mis en place dans la fonction publique est tel qu’aucun poste de responsabilité n’échappe à la vigilance du système politico-maffieux. Les proches du roi y veillent et à la moindre incartade, les malheureux fonctionnaires sont renvoyés comme des malpropres et remplacés illico presto par des inconditionnels du régime ou des personnages pressentis comme tels.

La maffia politico-financière qui était au départ restreinte, s’est ramifiée au fil des années au point que Deby lui-même en perd quelquefois le contrôle. En effet, chacun essaie de caser les siens ou même des personnes éloignées moyennant rétribution.

A titre d’illustration, un ministre nomme des fonctionnaires subalternes lesquels lui verseront, en retour, des pots-de-vin suivant des modalités et des montants prédéfinis. Ou encore, un bouffon vante les qualités d’un individu (ferveur pour le MPS et dévotion pour le chef !) auprès du monarque et le lendemain il est propulsé DG ou DAF quelque part. En contrepartie, le bouffon perçoit des fortes commissions tout au long du mandat de son protégé ou alors des juteux « bons ». Voilà comment fonctionne l’appareil de l’Etat et comment des individus véreux pillent les deniers publics, laissant le peuple croupir dans sa misère.

Le même système régit tous les rouages et départements d’Etat, y compris la diplomatie. Ceci explique qu’on ait des diplomates illettrés dans de nombreuses ambassades du pays et des généraux analphabètes dans l’armée. On ne peut voir de telles étrangetés qu’au Tchad et nulle part ailleurs.

Cependant, un département échappe quelque peu à la maffia : l’éducation nationale. Là encore, seuls les enseignants sont recrutés sur la foi de leurs diplômes. De toute évidence, il serait difficile d’enseigner quoi que ce soit en étant analphabète ! Le reste du département fonctionne comme les autres selon les codes édictés par le système.

Depuis quelques années, une autre pratique tout aussi choquante a vu le jour : des faux diplômés sont intégrés à la fonction publique. En effet, des individus ayant séjourné hors du Tchad quelques années y retournent avec des faux diplômes et, la corruption aidant, se voient intégrés sans aucun contrôle et viennent donc gonfler les effectifs déjà pléthoriques de la fonction publique, ponctionnant à leur tour les maigres ressources du pays. Pourtant, une simple vérification suffirait pour débusquer les resquilleurs. Mais comme l’Etat n’existe que de nom, il y a fort à parier que les tricheurs ont de beaux jours devant eux.

La gestion des projets sous Idriss Deby.

C’est un euphémisme que de dire que la gestion des projets de développement par le régime en place est un désastre. Malgré tout l’argent octroyé par les bailleurs de fonds en vue d’amorcer le développement du pays, rien n’a bougé ; les voies de communication sont toujours en piteux état, les hôpitaux sont dans un état de délabrement lamentable, l’agriculture est toujours aussi rudimentaire… aucun secteur n’a bénéficié d’un réel investissement malgré les sommes colossales allouées au volet développement du pays.

On pourrait logiquement se demander où est passé l’argent du pétrole et celui provenant de l’aide au développement.

Eh bien, l’argent est tout simplement drainé via des canaux opaques vers des destinations inconnues ou supposées telles. Etant donné l’absence de transparence dans la gestion de deniers publics, tout l’argent est détourné par ceux là-même qui sont censés l’utiliser à bon escient afin de soulager la souffrance du peuple. En général, avant d’arriver aux ministères concernés, le roi prélève sa dîme et ferme les yeux sur l’utilisation ultérieure de l’argent.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, il n’est pas rare que le dictateur envoie une voiture au trésor public pour ramasser les recettes du jour !

La gestion catastrophique des deniers publics par Deby entrave non seulement l’essor du pays à court terme mais elle endette aussi les générations futures. En effet, en apposant sa signature sur les documents officiels, le dictateur engage la responsabilité du Tchad et donc celle du peuple. Ainsi, aurons-nous à rembourser des emprunts qui ne nous aurons jamais servi !

Les bailleurs des fonds internationaux et les Etats donateurs devraient revoir leur politique vis-à-vis du Tchad. Ils doivent arrêter de feindre d’aider le peuple tchadien alors qu’ils engraissent un potentat avide de sang et d’argent.

Inutile de dire que la gestion économique du pays ne correspond à aucune orthodoxie connue. On ne peut pas gérer un pays au jour le jour comme le fait Deby. D’ailleurs, c’est un miracle que le pays ne soit pas en état de faillite. De toute évidence, quand bien même ce serait le cas, nous ne le saurions pas, vu le tripatouillage des comptes publics et des agrégats économiques. Du moins tout au début.

C’est dommage qu’un seul homme, fut-il omnipotent, prenne en otage tout un peuple et qu’il n’y ait rien à faire pour l’en délivrer !!!

Il est temps de mettre hors d’état de nuire Deby et tous ses complices et ce, sans clémence aucune. Cette fois, il sera hors de question d’épargner les acolytes du dictateur et autres barons du régime. Ces individus qui n’ont d’autre compétence que leur proximité avec le dictateur, pillent, tuent, violent impunément. Il est inconcevable que l’on fasse chuter le régime sans traduire en justice ces bandits, ces lèche-culs, ces proxénètes et confisquer leurs biens. S’il y a des gens qui se sentent personnellement visés, c’est exactement cela !

Vive le Tchad !
Abbo Abakar Haggar,
France.
haggarson@hotmail.com


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