Le pas le plus difficile à faire…

L’article de notre frère et ami Dr Félix N’Goussou intitulé : « Tchad: Les Grands moments ne manquent pas pour la paix des braves » vient rejoindre nos préoccupations de ces derniers temps, après les combats meurtriers de l’Est et avec la pause hivernale. Oui, nous pensons aussi qu’il est possible de faire la paix et tout de suite ! Mais pour cela, il y a quelques préalables très simples :

  • Aujourd’hui, même le pouvoir de Mr Déby reconnait qu’il y a des problèmes de gouvernance, certains sont structurels et d’autres conjoncturels ; cela se lit en détail dans nombre de documents officiels du Gouvernement ; c’est déjà un point positif pour évoluer vers la paix et la normalisation !
  • Malgré la défaite des rebelles et même sans l’avouer publiquement, le pouvoir reconnait que l’existence des rebellions est la preuve qu’il y a des problèmes liés à l’exercice du pouvoir, qui créent des mécontents, mais le pouvoir propose un règlement par voie légale, ce qui est aussi logique et positif ; en effet, l’on ne peut vouloir discuter avec son adversaire tout en ne croyant qu’à une logique de putschistes car c’est contre-productif !
  • Du côté du pouvoir comme des rébellions, le coût humain et matériel et les impacts psychosociologiques de ces guerres fratricides sont vraiment ressentis, même si, pour des raisons d’honneur l’on affiche le contraire ! Personne ne peut être insensible à la perte massive des siens d’année en année : au final, la vie prend un goût très amer parce que l’on sait qu’on ne ramènera plus ceux qu’on a perdus. Ce constat, pour la majorité des acteurs qui croient en Dieu et en ses révélations écrites, devrait aider chacun à s’imposer une pause et un recul pour un examen de conscience, pour laisser la chance à la paix et à la réconciliation nationale !
  • Tout le monde sait que la guerre au Tchad est aussi un complot des puissances étrangères qui convoitent les atouts de ce pays merveilleux (mais dont les Tchadiens eux-mêmes n’en sont pas conscients). De ce point de vue, la guerre pourra continuer des années, où tel chassera tel autre pour être chassé à son tour jusqu’à ce que le pays devienne un non-Etat, comme la Somalie, ce qui permettra aux rapaces du monde entier de venir s’installer dans n’importe quel coin pour exploiter sans vergogne les richesses. Une raison pour que tous les acteurs acceptent le principe d’arrêter le cycle de la guerre !
  • Après s’être mesurés maintes fois sur les champs de batailles fratricides et après en avoir vu les conséquences pour l’ensemble du peuple tchadien, il n’y a aucune honte pour les acteurs belligérants des deux côtés de dire solennellement : « On arrête ! » dans un élan à la fois patriotique, sage et humaniste. Le fait d’arrêter la guerre ne nuirait à personne mais ouvrirait la voie à de grands compromis historiques qui prendront en compte, à la fois les perspectives nouvelles de la vie publique et de la démocratie, mais aussi le sort personnel honorable à réserver aux leaders de la guerre, dans une volonté de mettre la paix au-dessus de toute autre considération : c’est ce qu’on attend des acteurs tchadiens !
  • Quand les leaders de différentes oppositions avaient regagné le bercail sous Habré, et que plus tard les forces résiduelles FAP de Goukouni Oueddeï avaient décidé d’appuyer les FANT dans la reconquête du BET occupé, le Tchad n’avait-il pas connu de belles victoires ? Le problème aujourd’hui n’est pas de demander aux autres d’intégrer purement et simplement le parti actuel au pouvoir (comme pour l’UNIR) ou de devenir des ministres et des « patrons ». Le problème est plutôt que, de quel camp qu’on soit, notre pays est prisonnier et embourbé dans une turbulence sous-régionale qui va l’achever en tant qu’Etat capable de se gérer et de se protéger : c’est ça qu’il faut arrêter, en nous retrouvant entre nous, en Tchadiens ayant un seul destin et un seul patrimoine historique à défendre !
  • Que chaque Tchadien et Tchadienne reconnaisse avoir été égaré par les flots de préjugés, de haines, de mensonges et de manipulations, de violence et d’intolérance qui ont infesté les esprits, les mœurs et la cohabitation pacifique légendaire, pour aboutir progressivement à cet effondrement généralisé des fondements de la nation et de l’Etat de droit ; et que chacun se fasse violence pour changer radicalement de cap vers la paix, en ayant à l’esprit le devenir des jeunes générations montantes.
  • Si tous ces compromis historiques et patriotiques, qui ne peuvent provenir que du dialogue franc et du sens de la responsabilité, dans un esprit de respect mutuel et de surpassement des égoïsmes, pouvaient devenir la priorité de tous les acteurs armés et non-armés, et que l’accalmie forcée de l’hivernage sur le front militaire était mise à profit comme délai suffisant, la paix ne se trouverait plus qu’à portée de la main de chaque Tchadien ! A la rigueur, si la volonté de faire la paix devenait manifeste et sincère chez la plupart des acteurs, l’on pourra recourir aux bons offices d’un Médiateur d’envergure, un ancien chef d’Etat démocrate par exemple, pour en faciliter les modalités. Cependant, la paix elle-même sera le produit inclusif des Tchadiens ou ne sera pas !
  • En effet, telle que partie, nous ne seront jamais satisfait d’un président, qui qu’il soit : le pays a tellement des déficits à rattraper et de défis gigantesques de tous ordres à relever que l’exercice du pouvoir en lui-même est devenu un défi titanesque que les prétendants ne devraient pas prendre à la légère. Cette réalité devrait modérer les ambitions démesurées de ceux qui croient qu’il suffit d’être installé dans le fauteuil présidentiel pour être adoré et pour exploiter les Tchadiens ; ce temps nous parait en voie de forclusion !
  • Nous venons de perdre un grand Tchadien, le général Félix Malloum (Paix à son âme et nos sincères compassions à sa grande famille !). Le parcours de cet homme est la démonstration parfaite de la vérité selon laquelle les Tchadiens, non seulement ne sont pas sérieux et responsables, mais qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent ! Cet homme avait subi la prison de Tombalbaye qui voyait en sa rigueur militaire un danger (plus chimérique que réel) pour son pouvoir. Ensuite, ayant voulu sincèrement la réconciliation nationale, il avait été dupé, tant par ses proches collaborateurs ambitieux et violents que par ceux à qui il avait tendu la main de la paix. Les uns et les autres avaient persisté dans leur acharnement, jusqu’à ce qu’ils aient réussi à implanter la guerre dans la tête et dans les foyers des Tchadiens. Le général Félix Malloum s’en était allé à son exil, sans insister sur le reste ; ses économies en banque avaient été, sans procédure légale, récupérées et utilisées à d’autres fins. Cependant, trente ans après son départ volontaire du pouvoir, le temps lui aura donné raison sur ses contradicteurs et sur tous ces malins acteurs qui l’avaient dupé. Si la paix était au rendez-vous en 1979, à quel stade de développement serait le Tchad en ce moment ?

Aujourd’hui, trois générations de Tchadiens sacrifiés continuent de tourner en rond, par orgueil et par folie ! Pourtant, il suffit que chacun veuille considérer la paix comme la voie royale qui règlera ses problèmes propres et ceux de la nation, et qu’on ne prenne pas des chemins tortueux qui n’ont produit la paix nulle part, pour que, dans très peu de temps, la clameur de la paix puisse s’élever du Tchad comme un tonnerre et secouer le reste de l’Afrique et du monde ! C’est ce que recherchent le groupe du Dr Djimet Adoum (CIDI), le groupe de Me Kemnéloum Delphine (CAPRN), le président Goukouni Oueddeï, Monseigneur N’Gartéry, Pasteur Bako et leurs collèges, entre autres… C’est la conviction du Dr Félix N’Goussou et la nôtre, et cela est du domaine du POSSIBLE !

Enoch DJONDANG


Commentaires sur facebook