Soubiane jette les armes

Quand La voix d’Amérique réalisait il y a trois ans un entretien avec Son Excellence Hassaballah Soubiane qui venait d’être rappelé de son poste d’Ambassadeur, le « respect de la constitution et la mise sur pieds d’une commission qui désignerait le prochain candidat du MPS aux prochaines élections présidentielles de 2006 » fut son combat et celui de son mouvement dénommé : CDDC « Coalition pour la Défense des Droits Constitutionnels ».

Pour Mr. Soubiane, « La CDDC avait été constituée avec l’idée de sauvegarder les acquis et créer les conditions d’une alternance pacifique au pouvoir ». Mais après 4 ans de lutte selon l’auteur, « la CDDC est dans l’obligation de constater l’échec de cette grande idée ». Soubiane alors, choisit l’idée d’entrer au maquis abandonnant tous ses privilèges de démocrate hors pair à l’exception de Ahmat Yacoub, son conseillé qu’il gardera pour longtemps.

Au Soudan, les choses n’ont pas été faciles. L’homme qui a tenté de rassembler autour de lui ou de son idée des hommes en armes finit par rejoindre ses adversaires. Quand le général Nouri le récupère, celui-ci perd un allié de taille en la personne d’Acheick Ibn Oumar et ses camarades.

Pour Soubiane, une alliance avec les goranes contre Idriss Deby c’est aussi réduire les marges de manœuvre des frères Erdimi. Ces Zagkawa qui croient être le centre d’intérêt de l’opposition armée. Aussi va-t-il jusqu’à commettre une grave erreur politique en transférant sa rancune contre les familles Deby et les Erdimi à tous les Zagkawa?

A la création de l’UFR, Soubiane qui était membre fondateur et signataire lance à qui veut l’entendre « Je ne me mettrai jamais derrière un Zagkawa encore. Ces hommes ont pillé, volé, tué. Faut-il encore les suivre ? Il critique leurs différentes formations claniques qui prennent les tchadiens en otage». Mais quand le FSR se forme sous la présidence de monsieur Soubiane, le bureau n’est composé que d’Arabes à l’exception d’un tondu que lui a confié son ami Ahmat Yacoub en partance pour le Tchad. Le Clanisme nous a-t- il chanté !

Ahmat Yacoub au Tchad, nous voilà face à un homme qualifié par beaucoup de jeunes tchadiens comme l’alternatif, entrain de raser le mur à Tripoli pour aller travailler avec Idriss Deby.

Idriss Deby a-t-il changé d’ethnie entre temps ? C’est un Zagkawa et le restera n’est ce pas ? Avec qui, ou contre qui Soubiane est-il en guerre enfin de compte?


En signant un accord de paix avec Idriss Deby, Soubiane a-t-il oublié qu’il faut aussi un même accord avec ses amis rentrés avant lui qu’il a traités de tous les noms d’oiseau comme Aldjinedi, Mahmanat Nour, et autres que nous ne pourrons citer ici ?


En quittant le général Nouri qu’il a qualifié de naïf pour avoir accepté de céder le leadership de l’UFR à un adversaire « Zagkawa», Soubiane n’a pas manqué d’éloges des jeunes gens au point que son griot en Afrique avait annoncé que « c’était l’homme qui troublait le sommeil d’Idriss Deby ». Mais ce chef rebelle qui n’a jamais connu la guerre depuis la formation de son mouvement, part le cœur très gros pour reconsidérer la constitution de 1996 qu’il avait décrié la modification. Il part le cœur gros pour travailler sous les ordres des Zagkawa. I Il part aussi le cœur gros pour n’avoir pas pu réunir autour de lui tous les Arabes.

En réalité, Soubiane ne peut que finir comme cela ; c’est un homme qui veut faire carrière dans la politique sans avoir ni l’envergure nécessaire moins encore de la culture politique. Il fait tout avec le cœur, jamais avec la tête, ne dit jamais ce qu’il pense réellement et ne croit jamais l’interlocuteur : suspicion, intrigues, manipulation, voila ce dont il est capable. Soubiane est un petit homme au sens figuré comme au sens propre du terme, un petit qui veut se faire grand, être considéré grand. Soubiane et Deby se ressemblent sur plusieurs points. Ce sont deux individus qui ont toujours souffert de leur échec scolaire, de n’avoir aucun diplôme sauf le CEP (Certificat d’études primaires), ils en souffrent et en veulent énormément à ceux qui en ont. Elevés dans le tas, grandis sans aucune éducation, ils n’ont aucun sens de la famille, ont rencontré le sens de la famille une fois adultes et ils n’en ont cure. Soubiane n’a-t-il pas traité publiquement son demi-frere ainé d’esclave ? Deby ne vit il pas du sang de ses parents depuis 4 ans ? Ce n’est pas pour rien que ces deux là sont des amis de 30 ans.

Comme raison de son refus d’adhésion à l’UFR, Soubiane avait dit qu’il ne se mettra pas derrière un zaghawa, cela avait mal passé même dans son propre entourage, alors il avait changé en disant, « si Timan prend le pouvoir, il donnera l’occasion à ses amis (Rakhis, Annadif, etc.) de me piétiner ». En rejoignant Deby, Soubiane voudrait certainement « piétiner » les amis de Timan qui n’ont plus de cote chez Deby. Si petit qu’il est, Soubiane piétinera tous ceux qui ne reconnaitront pas un grand homme, sous le regard et le plaisir cyniques de Deby qui lui donnera tous les moyens pour le faire.

Petit, Soubiane l’est surement ; pour preuve, tout ce qui se fait à Tripoli n’est qu’une misérable mise en scène interprétée par des mauvais acteurs. Les vraies négociations ont eu lieu aux USA, à Washington, entre Madame et l’Ambassadeur du Tchad, et puis un bref séjour en catimini de Madame accompagnée du porte- parole à tout réglé. Tripoli c’était la poudre aux yeux des naïfs.

Mais ne dit-on pas qu’en politique lorsque l’on n’est pas d’accord avec les points de vue de l’adversaire politique ou autre, l’on a tout à fait la liberté d’exprimer clairement son désaccord et les fondements de celui-ci, sans arriver au point de manquer de respect à l’endroit de l’adversaire en question ?

Faut-il faire tort à Soubiane ? La réponse est certainement non pour reprendre la phrase de l’ex Président Tchadien, Hissein Habré. La rébellion armée tchadienne devenant usante, la seule issue qui reste pour un homme dont la colère n’a pas permis de goûter aux gains pétroliers est le retour au pays pour se mettre aux ordres de ceux qu’on a combattu.

Mais attention ! Soubiane n’est pas fini politiquement. Parmi les conditions de son ralliement, la vengeance prend une place très importante. Pour Soubiane, il faut couper l’herbe sous les pieds de Timan Erdimi et Nouri en exigeant le poste de M. Younousmi considéré comme un ami personnel de Timane et un parent à Nouri. Il réclame aussi le poste d’Annadif un Arabe comme lui qui aurait causé son départ du ministère de l’Intérieur pour les Etats-Unis. M. Soubiane réclame sur le plan secondaire le ministère des Finances et le ministère de la Fonction Publique.

Bravo Mr. Soubiane d’avoir choisi d’éviter le bain de sang aux tchadiens. Mais pour combien de temps ? Ne faudrait-il pas aussi être désormais prudent de dire une chose et son contraire le lendemain ? Dans tous les cas, la rébellion ne fera pas le deuil du départ de Soubiane, ne sera pas orpheline de Soubiane, loin de là. C’est tout le contraire, pendant tous les temps qu’il a passé à l’est, il a été plutôt une épine dans les pieds de la rébellion, son départ ne peut être que soulagement et clarification, d’autant plus qu’il rentre seul, ses parents djandjawids, le gros de sa troupe, sont restés au Soudan et ne sont pas prêts pour regagner le Tchad, les rares militaires tchadiens qui l’accompagnaient l’ont abandonné depuis son refus de faire partie de l’UFR et regagner celle-ci. Soubiane a d’ailleurs ouvert des listes à Tripoli et à Ndjamena pour inscrire les volontaires à l’accompagner. Alors bon débarras

Abdelkrim Yaya Sakhir


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