Tchad, malade de ses politiques

Des cortèges d’erreurs, des atouts gaspillés, des stéréotypes discriminatoires, la corruption, l’achat des consciences ont généré la déconvenue populaire. Celle –ci a favorisé l’épanouissement exponentiel des tricheurs, fossoyeurs de la Nation et des laissés pour compte. Pour le lambda, le salut populaire n’est pour demain.

Depuis l’avènement de la « démocratie », de jour en jour, l’échiquier politique tchadien s’amplifie avec la création des partis. Autant qu’ils sont mais n’ont guère un projet pour le devenir du pays. Des acteurs politiques ne se meuvent pas dans un univers rationnel et ordonné mais dans un cosmos des passions et sentiments, d’espérances et illusions, de préjugés et utopies. A priori, au pays de Toumaî, tout s’amalgame : politiques et politiciens, arrivistes et opportunistes, démocrates et mangéacrates. La classe politique va mal. Les leaders, les responsables qui l’incarnent sont mis en cause, durement et profondément. Aujourd’hui, ils inspirent la suspicion ou la déception. Certains ont pâti d’une présomption de corruption financière. Du coup, leurs privilèges sont dénoncés, leur moralité doutée. Après une décennie, nos « politiques » ont perdu leur emprise et leur crédit. Sans rationalité, ils ont pêché, abusé. Certains sont devenus des valets et marionnettes. Du fait de ce laxisme et myopie politique, le Tchad politique chavire : le politique étant une activité sociale créatrice et normative est corrompue. Il se métamorphose et s’adapte à la politique. Avec un recul d’observation, depuis l’indépendance, politiquement, le Tchad est dirigé par les mêmes leaders d’opinions. Or le Tchad de Tombalbaye n’est celui d’aujourd’hui. Il a changé tant politiquement, économiquement que socialement. Idem pour le peuple Tchadien. Malheureusement il est guidé par des phallocrates sans approches et idéologies. Pis, une catégorie malgré son âge s’accroche comme des sangsues. Ma foi, la classe politique est jonchée des vieux cupides, des carpes – diem aux attitudes mesquines. Cela n’explicite pas seulement leur mea culpa face à la dérive politico- sociale que traverse le pays. Le Tchad politique est malade de l’argent qui achète les dirigeants, manipule les élus, corrompt les fonctionnaires et syndicalistes. Le politique n’est au dessus des soupçons, beaucoup ont chuté et fauté, tant d’autres sont faits complices, actifs ou passifs, de cette trahison de la vertu républicaine. Au pays des Sao, la morale a vacillé, la corruption a gagné. Le monde politique – pouvoir, opposition, société civile – a collectivement succombé au culte de Mammon. Alors les routines de la Moralisation ne sont que des poudres aux yeux, un somnifère pour les citoyens Tchadiens. Ils sont malheureux puisque la classe politique est malhonnête. Le pouvoir est malfaisant, suspect et blâmable. La crise a déréglé les mécanismes ordinaires d’intégrations. Le chômage, avec son environnement de violences – banditisme et rébellion -, d’insécurité, d’isolement déchiquette en harpie le tissu social. Aux malheurs et aux violences de la société civile, il n’y a pas eu des réactions draconiennes politiques. Pendant que Yoro déambule, Kebzabo et Sahoulba cherchant les repères d’Ibni, Kascou et Gami se perchent respectivement au CESC et CENI ; et Alingué, Kamongué et Lool, motus et bouche cousue, savourent les en dessus des accords du 13 Avril. Tel est le reflet du club de nos leaders d’opinions qui a généré un dangereux vide propice à l’épanouissement de la perversion politique et au parti du Bamina. Maintenant ils sont au gouvernement qu’ont-ils fait ? Comme l’a dit Sophocle:  » on ne peut connaître l’âme, les sentiments, les intentions d’un homme avant qu’on l’ait vu exercer le pouvoir et donner des lois ». Une Nation émergente avec une population jeune et croissante a – elle besoin des vieux politiques ? Par ailleurs le parti au pouvoir n’est aussi à l’abri des dissensions et crises de leaderships. Sans le Président IDI, il s’engloutira davantage. Après une décennie de « démocratie « , au perchoir du MPS, les SG se succèdent sans que l’un d’eux n’a le charisme du Président Fondateur. Partout, c’est par calcul téléologique qu’on entre l’arène politique. L’absence d’un projet politique et l’incapacité à affronter le futur et réactualiser l’économie nationale ont généré une société abandonnée à ses dynamiques destructives. Prit forme alors, une société à deux (2) vitesses, l’une d’arrivistes sans foi ni loi, de nouveaux riches boulimiques, d’un style inédit de barons sans repères, d’une nomenklatura au service de ses instincts de base et une sous société mutilée intellectuellement et socialement marginale qui, à la recherche de miettes de confort, usera elle aussi, de toutes les perversions. C’est la loi de l’à qui mieux- mieux. C’était l’embrayage sur anarchie démesurée et fondée par quelques politicards, comme l’a écrit Khaled Chaîb, qui n’a mené nulle part la République.

Le Tchad d’aujourd’hui n’est celui de 79 et 82. Malgré l’échec des politiques menées, il est sur le rail du développement. Sur le champ politique, il a besoin d’une nouvelle classe ayant idéologie et projet pour la Nation. La jeunesse Tchadienne ne veut de la politique de la chaise vide et de communiqués de presse. Elle veut prendre sa place en tant qu’actrice, membre et militante. Pour la nouvelle génération, que cette peuplade de planqués passés pour maîtres dans l’art de faire semblant, cesse de s’ériger en chef d’opinions, de fossiliser dans le réflexe monopolistique et de confondre le bien de sa volonté.

Djiddah Hassana Abdoulaye


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