UFR: Un Mouvement à la recherche de l’union des coeurs

Depuis quelque temps, beaucoup d’opposants politiques au régime de N’djaména ne s’embarrassent pas de précaution au sujet de l’accord politique signé entre le Tchad et le Soudan.

En l’espace de deux semaines, un grand nombre de blogs tchadiens classés proches de l’opposition, dont certains parmi les plus lus et les plus respectés ont abandonné la raison de leur lutte pour ne se baser que sur des ragots venant de l’Est qui ont contribué à scier les branches sur lesquelles sont assis les chefs rebelles. Nous sommes passés des informations non vérifiées à l’intox par enchantement et par facilité.

La presse de l’opposition se meurt. Arrivent aussi les opposants sans armes qui crachent sur la toile en se résumant à faire de la périphrase de dépêches d’informations erronées et quelques fois fabriquées dans des officines occultes. Puis, les sites de propagandes et spécialistes des indiscrétions bien légères emboîtèrent le pas.

Si la vie d’un opposant politique comme le disait un homme est souvent un long fleuve loin d’être tranquille, ce voyage à l´infini exige une modestie. Il exige aussi un minimum de respect pour l’autre qui chemine dans le même sens que soi même si celui-ci ne partage pas la même sensibilité que vous.

Il est vrai que l’opposition politico armée tchadienne traverse des moments difficiles ; mais se tirer dans les pattes n’est pas la solution idoine. Nous traversons l’une des périodes les plus difficiles que nous n’avons jamais connues. Les dommages causés par les différents échecs de la prise de N’djaména sont devenus irréversibles. Les difficultés que nous affrontons sont d’autant plus pénibles que nous sommes livrés à nous mêmes, dépourvus d’une direction soudée autour d’une même vision.

Sur le plan diplomatique, tous les efforts déployés par des bonnes volontés ont échoué parce que très peu soutenus. Toutes les initiatives prises ici et là se bornent à traiter les dommages causés au lieu de s’attaquer à la racine du mal. Il n’y a aucun changement ni aucune amélioration à attendre, aussi longtemps qu’une autre opposition se crée au sein de l’UFR. Si on n’accuse pas un frère d’être moins tchadien, c’est l’autre qui la cause de tous les échecs.
On boude un pouvoir puis on applaudit ses actes. On est dans un mouvement et le critique à longueur de la journée. On déteste un chef et on vend ses manquements au pouvoir qu’on déteste aussi.

Si de loin, on nous appelle opposants, plus proche, nous fonctionnons comme des unités du MPS.
Pour réussir le défi qui nous attend, ne doit-on pas nous unir autour des diables que nous connaissons déjà mieux que de travailler pour les messies inconnus.
Ne doit-on pas comprendre que lorsque un homme risque quotidiennement sa vie, il a besoin de gens en qui il peut faire confiance ? Les leaders de l’UFR ont besoin de notre soutien malgré les défauts que nous leur trouvons chaque jour. Nous devons examiner de très près les motivations des opposants vêtis des manteaux d’agneau qui viennent à la rébellion armée jouant le jeu de l’ennemi. Si les hommes viennent dans la rébellion pour vivre des sensations fortes, toute nouvelle orientation que celle-ci prendra ne les intéressera pas.

La rébellion armée, c’est l’affaire des gens qui ont de solides motivations et qui savent comment se comporter. Des gens qui savent accepter de travailler sous la direction de l’autorité suprême et qui sont suffisamment patients, et capables d’imposer un rythme de vie à l’ennemi.

Il est incompréhensible que les politico armés soient ceux qui condamnent et continuent à harceler les leaders de l’UFR en les accusant de tous les maux tout en passant sous silence en même temps les crimes contre la paix , la justice sociale et crimes économiques commis par l’ennemi. L’éloignement ne doit-il pas être un socle d’amour pour nous ?

Aujourd’hui, avec notre façon de se jeter les peaux de banane, il y a tout lieu de craindre que la rébellion armée entraîne davantage de destructions et incite à la création des groupes hostiles aux leaders que nous avons choisi pour l’UFR.

Ce qui inquiète tout particulièrement est que l’ennemi mette à profit toutes ces périodes de crises interminables au sein de l’UFR pour créer de nouvelles contraintes physiques sur le terrain afin de causer toujours plus de souffrances aux tchadiens. Tous les articles qui contribuent à augmenter la marge de manœuvre du MPS, vont encore compliquer davantage nos chances d’arriver à une solution politique équitable.

Parfois, les hommes ont des résistances à la longueur du temps que les choses prennent. Faut-il les juger pour leur impatience ? Non ! Je crois, que nous avons tout intérêt à être suffisamment flexibles, à aller vers des changements de stratégie ensemble, en acceptant de s’asseoir pour faire le bilan de nos acquis et nos pertes afin de redynamiser le mouvement et fortifier les impatients pour le reste du trajet qui nous reste.

Le défi est de parvenir à nous adapter au temps tel que dicté par les circonstances tout en ne perdant pas de vue notre objectif qui est d’apporter le changement aux tchadiens.

La confiance est un produit périssable. Il lui faut une bonne conservation pour lui éviter les impacts des intempéries.

Beaucoup des gestionnaires des sites et blogs semblent être atteints par la péremption. Ils ont besoin d’être écoutés. Ils ont besoin d’écouter la voix de ceux qu’ils supportent. Ils ont besoin de la consolation et de la vérité sur ce qui se passe au front pour leur travail efficacement sans céder aux vendeurs d’illusion.
Nous devons vivre tous ensemble avec l’idée que toute rébellion armée qui s’engage dans la résistance à un prix à payer. L’UFR a déjà payé un lourd tribut en vies humaines. Elle peut encore avoir la capacité de continuer de résister si elle peut s’ouvrir un peu au dialogue. Si elle peut définir une vision claire et une mission qui soutienne cette vision.

Les cadres n’aiment pas le silence. Ils n’aiment pas la monotonie. Ils n’aiment pas la loisivité. Ils deviennent des électrons libres lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ne servent à rien dans un mouvement. Nous sommes à ce stade où nous sentons qu’il y a des choses qui doivent être revues.

Beaucoup d’hommes qui ont pris le maquis et qui se sont réunis dans l’UFR dès le début, ont une identité combative qui s’étiole maintenant. Ils ont participé à des actions spectaculaires qui ont eu un retentissement médiatique et ont suscité l’admiration. Ils ont dû consacrer la plus grande partie de leur effort à travailler pour nous satisfaire avant que la collecte des honneurs n’arrive avec ses vagues de mécontentements.

Nous devons être attentifs à revoir nos méthodes et à raisonner en termes d’engagement positif. Nous devons nous poser les bonnes questions. A savoir qu’est-ce qui est utile dans ce que nous voulons apporter aux tchadiens pris en otage depuis 20 ans et non pas à nous regarder le nombril et vanter nos exploits ethniques, individuels, et croire que nous sommes plus admirables que les autres. Que nous sommes plus tchadiens que les autres. Plus combatifs que les autres…
Maintenant, nous avons besoin de poser les bases d’une période nouvelle. Une période qui requiert différentes stratégies. Nous ne pouvons pas continuer de faire les choses comme par le passé. L’UFR a le potentiel pour s’engager dans de nouvelles stratégies. Même si l’on peut supposer qu’il y aura une ample résistance à l’intérieur du mouvement, qu’il y aura des personnes qui vont refuser ce changement, nous n’en devons pas moins continuer de discuter jusqu’à ce que nous atteignions un consensus.

Nous devons êtres capables d’inventer sans cesse et non pas persévérer dans des actions qui ne mènent nulle part. Aussi, devons-nous, nous garder de tomber dans la trappe médiatique de l’ennemi.

Qu’il soit Timan Erdimi, Général Nouri, Aboud, etc…Chacun d’eux a accumulé assez d’expériences pour savoir que les périodes que nous traversons font partie du chemin à parcourir par toute résistance. Il est vrai que chacun de nous ressent dans sa chair cette déception et les trahisons qui se sont suivies. Ce sont des faits que nous percevons tous aussi. Et, c’est dur de s’engager quand il n’y a pas d’espoir d’amélioration dans l’immédiat. C’est une situation frustrante. Mais malgré cela, nous n’avons pas perdu tout espoir. Je crois que l’UFR reste toujours un mouvement capable de remonter la pente et de se structurer dans des activités de résistance. Nous devons respecter son besoin de faire une pause. Nous devons savoir attendre le moment opportun, savoir quand il est possible d’apparaître, quand on ne peut pas. Notre priorité ce n’est pas de nous presser mais de nous consolider, de maintenir vivante la perspective de la résistance et d’en accroître son efficacité sur la durée.

La rébellion armée est un défi qui comporte des risques. L’UFR a été rejoints par des gens venant de toutes les sensibilités, avec des cultures et des origines différentes. Nous n’avons pas tous la même notion du temps et du pardon mais ne doit-on pas compter ces différences comme une richesse commune. Il faut accepter que tous, nous avons besoin d’être mieux organisés ici pour être à même de gérer le Tchad avec ceux que nous n’avons pas encore côtoyés.
Mais aussi difficile que cela soit, et les risques que nous devons prendre sur la route, mieux serait d’éviter de nous enfermer à écouter les ricanements des démons. C’est important de prendre sa part de difficultés, de ne pas donner le flanc à l’adversaire.

Dr.Felix Ngoussou
ngoussoufelix@yahoo.com

« A bend in the Road is not the End of the Road…Unless you Fail to Make the Turn »


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