Qui a dit que Ahmat Taboye était un enseignant?

Ce samedi 20 mars 2010 le Tchad vient de gagner treize nouveaux médecins frais émoulus de notre Faculté des Sciences de la Santé (FACSS). De par le nombre, on peut dire que la récolte est maigre, mais grande est la fierté des Tchadiens, lorsqu’on sait qu’il y a quelques années les prestataires du serment d’Hippocrate ne pullulaient pas les rues de N’Djamena, et restent encore une espèce rare dans ce vieux pays de Toumaï.

La cérémonie inaugurant la sortie de cette onzième promotion made in Chad était riche en couleurs. Dans leurs discours, le professeur Pierre Farrah, président du jury, Dr Djibrine Djadda, doyen de la faculté, et M. Ndormadji Allassengar, major de la promotion, rivalisaient de pertinence et d’éloquence et ont arraché des applaudissements nourris de la foule nombreuse, venue soutenir ses progénitures, ses amis et connaissances en cette circonstance.

Mais le hic dans cette ambiance de fête télédiffusée est le discours que devait prononcer notre Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation Professionnelle, Ministre de tutelle de la FACSS, S. E. Ahmat Taboye, qui s’est adressé aux nouveaux lauréats en ces termes : «on ne vient pas à la médecine comme à l’enseignement par hasard» !!!??? Quoi? Une telle comparaison sortie de la bouche d’un illustre Ministre de l’Enseignement Supérieur, de surcroît enseignant de son état, ferait croire que notre Ministre gère des agents tous venus dans son département « »par hasard’‘» et que lui-même exerce le métier d’enseignant depuis plusieurs années « »par hasard’‘». Il ne faut pas cracher dans la soupe qu’on mange, ni scier la branche sur laquelle on est assis. Je crois que je ne suis pas le seul téléspectateur à avoir écouté cette assertion diffusée plusieurs fois. Je pense que les nombreux syndicats des enseignants du Tchad l’ont aussi entendue, ainsi que le Ministre de l’Education Nationale, collègue du Ministre de l’Enseignement Supérieur. M. le Ministre devait plutôt dire à nos nouveaux lauréats qu’en plus de leur profession officielle de médecins, ils sont aussi des enseignants auprès des populations pour vulgariser les règles élémentaires d’hygiène, et éduquer ces populations à rechercher l’assistance médicale en cas de problème de santé. Car quel que soit le métier qu’on exerce, on est parallèlement «un enseignant» par le simple fait qu’on transmet ses connaissances ou on explique sa vision des choses aux personnes qui nous côtoient dans notre travail de tous les jours.

Même si M. le Ministre veut déplorer le fait qu’aujourd’hui au Tchad les jeunes n’embrassent plus les professions par vocation et finissent par entrer par défaut justement dans l’enseignement, la police, la douane, et même dans un domaine très délicat comme la santé (eh oui !), à qui la faute? N’est-ce pas la faute à nos gouvernants qui n’ont aucun plan d’absorption de cette jeunesse? Faites quelque chose, M. le Ministre, pendant que vous êtes aux commandes, pour que le choix d’une carrière ne se fasse plus par défaut, pardon, «par hasard».

Sans rancœur.

Abdou Sakher
E-mail : sakherabdou@yahoo.fr


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