Elle s’appelait Mme Borth !

(Pour ceux qui l’ont connu a ABECHE avant la guerre civile)

Elle vécut dans une sorte d’antre où s’y côtoyaient d’animaux d’espèce rare : D’abord un couple de lions qui ne vécût pas longtemps, chats sauvages, chimpanzés au séant couleur de tomate, autruches, tortues géantes, béliers quadricornes, biches, perroquets éloquents, lapins, canards, cigognes, sans oublier ibis et hérons qui ont peuplé à chaque saison pluvieuse le grand savonnier de sa maison.

Elle ne fut ni chrétienne, ni musulmane et ne crût pas une seule fois à cette félicité de l’au delà tant chantée par les croyances célestes. « Tous des hypocrites » a-t-elle su souvent dire contre ceux qu’elle appelât « les jésuites ».Elle crût juste a une piété extérieure de l’âme, expression d’une charité illimitée pour l’environnement.

Madame Borth Sa vie, elle la consacrât à l’amour des animaux et des pauvres les plaçant tous dans une même catégorie d’êtres sans défense. Les Abéchois se souviennent-ils encore de cette famine de 1972 qui décimât tant de cheptel ? Elle creusât des abreuvoirs de fortune devant sa maison et par hordes le bétail de la région se désaltérât toute la saison.

Représentante régionale de la Chambre de Commerce, cette appellation ne fût pour elle qu’honorifique. Elle la portât jusqu’à la fin des années 70 puis la cédât à Mahamat Seîdou grand commerçant de la ville.

En effet, cloîtrée dans cette sorte de carcan au règne animal dont elle fût reine, aucune activité ayant trait à ce titre n’apparût. Son accoutrement quotidien de grand surwall noir et de chemise blanche, amples tous les deux, rappelât plutôt les personnages des contes des milles et une nuit.

En véritable femme européenne vivant en milieu indigène elle gardât toujours ses distances vis à vis des gens, malgré que ceux qui l’ont approché les rares fois, l’ont trouvé friande de papotage, n’accordant pas un temps de repis à son interlocuteur : En effet, hors de ce règne au contact sans parole, elle se défoule dans une sorte de récital qui exténue l’audition… Dans ses récits, elle évoquât souvent des amitiés avec un certain N’Gangbet Kosnaye, ministre de l’époque.

Elle n’eût d’autres amis à part le monde des bêtes que les nécessiteux de la ville, qui, fidèles au rendez-vous hebdomadaire du dimanche ont peuplé dès la levée du jour les abords de son palais.

Sa principale confidente fut Am-Abdallah une déportée de la région de NDELE (Centre -Afrique) par des négriers de la région en mal d’esclave.

Des dignitaires du pays de passage à ABECHE ont souvent visité cette espèce de petit parc zoologique, lieu d’attraction et merveille de la citée. Des aides en faveur des animaux sont provenues à comptes gouttes de quelques bonnes volontés et fondations basées en Europe.

Elle eût des relations épistolaires avec B.B. (Brigitte Bardot, Comédienne française des années 60, reconvertie en protectrice d’animaux) marquées par des échanges de point de vue consacrés à l’affection pour les bêtes.

Advint un jour, un 12 février 1979, avec son cortège de malheur. Tout se brisa : Les rares subventions arrivèrent de plus en plus irrégulièrement. Des épizooties se font de plus en plus présentes. Le petit royaume charmant périclitât et peu à peu, finit par ne plus exister. La reine , abandonnée de tous, rendit l’âme un matin candide de 4 avril 2004.

Sans son « poisson trompeur » la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. « Elle n’a pas apparu devant sa porte depuis belle lurette» témoignèrent les voisins, moins surpris, mais affectés tout de même par cette brusque disparition.

Ainsi finit l’histoire de la jeune fille, aux yeux marron et aux cheveux bruns, originaire du sud de la France.
De son vrai nom JOHANNA BERTHOUMIEU elle quittât un jour sa région natale de la haute Savoie (43, route de Paris, Villeneuve-sur-lot) accompagnant le beau prince charmant en terre des colonies. « Mes origines sont plutôt espagnoles ! » affirmait-elle dignement quelque fois.

Elle vécût d’abord à ATI dans les années 35 avec un certain M. Borth (A qui elle doit son prénom répandu de « Madame Borth »), puis déménagea à ABECHE avec un certain Luçiani duquel elle garda officiellement le nom de famille jusqu’au jour de son décès.

La légende raconte que pendant la seconde guerre mondiale, un avion de la LUFTWAFFE allait bombarder la ville d’ABECHE quand Madame Borth s est saisi de son grand fusil et a visé juste sur le rapace d’acier, qui terminât son vol par un grand crash derrière les montagnes environnantes!

Certaines personnes à ABECHE se souviendront encore longtemps de ce coin de rue verdoyant à l’odeur florissante situé dans cette belle avenue de Paris qui mène tout droit au TCHOURI (marché des légumes).

Madame LUCIANI que ton âme repose en paix.

IZADINE IBRAHIM TAHA
Assistant parlementaire à l’Assemblée Nationale du Tchad .
Mail : iizadine @ Yahoo.fr


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