Tchad: La France doit dédommager le Tchad et payer ses compensatoires financières….

Le président Idriss Deby Ithno, dans sa Conférence de Presse tenue à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Indépendance du Tchad, a exigé que la France doit désormais verser des compensations financières en échange du maintien de ses forces militaires en territoire tchadien. Oufffff… DEBY a enfin posé un problème fondamental qui mérite l’attention de tous les leaders politiques tchadiens, mais aussi l’ensemble de nos populations.

Ainsi, malgré la gouvernance parfois contestée du président Deby durant ces deux dernières décennies et quelques soient les divergences politiques des uns et des autres, c’est aujourd’hui le moment pour les Tchadiens et surtout pour les leaders politiques de l’Opposition y compris les politico-militaires, de rester unis et solidaire pour une fois dans l’histoire du Tchad et dire que les Tchadiens en ont assez de l’exploitation permanente de son territoire, qui ne profite pas au peuple tchadien.

Si le président Deby s’est permis de demander clairement à la France des compensations financières en échange du maintien de ses forces sur le sol tchadien, cela n’est pas par hasard, ni par ingratitude et moins encore par cupidité financière. Cette demande est plutôt normale et légitime. C’est même un droit pour le Tchad d’exiger enfin des réparations pour les préjudices causés par la présence militaire française dans notre pays. C’est pourquoi les autorités françaises ont vite réagi en répondant que la France est prête à examiner la demande du Tchad.
Alors, les Tchadiens doivent voir plus loin et exiger d’abord des réparations avant de parler de compensations financières.La présence au Tchad de la Base militaire et des Forces d’Intervention Extérieure est certes une question importante pour la France, mais non pour le citoyen tchadien. Vu sa présence permanente depuis l’accession du Tchad à l’Indépendance et ayant constaté ses multiples actions destructives, la présence militaire française est plus considérée comme une force d’occupation et d’invasion.

Ainsi pendant un demi siècle, les forces françaises ont laissé des séquelles traumatisantes dans la mémoire des populations tchadiennes. Le dernier exemple est sa participation active à l’Opération « Arche de Zoé » pour l’enlèvement des 103 innocents enfants tchadiens. Malgré cela le président Deby a été clément à leur égard. Quelle Coopération d’Assistance militaire si après 50 ans, même l’Armée tchadienne n’a pas été réorganisée, ni encadrée selon les principes républicains ? Bref, pour un bilan sur la présence militaire française au Tchad, nous y reviendrons dans un autre article. Mais des détails exhaustifs sont donnés dans notre Ouvrage sur le Tchad qui sera bientôt publié.

Quant aux leaders politiques tchadiens,(du Pouvoir, de l’Opposition et de la Rébellion) tous ferment les yeux ou évitent de se prononcer dès qu’il s’agit des intérêts de la France, en espérant qu’ils bénéficieront un jour de son parapluie politico-militaire. Mais au moins parlons des intérêts du Tchad et de ses populations qui sont toujours victimes des Accords sans limite de Coopération militaire et d’Assistance technique. Si les autorités françaises veulent préserver les relations privilégiées entre nos deux Etats, la France doit d’abord dédommager le Tchad pour l’utilisation abusive de son territoire terrestre et aérien, avant de verser des compensations adéquates correspondant aux avantages dont elle bénéficie actuellement.

Ce n’est pas par naïveté politique, ni par haine, moins encore par ingratitude au service rendu à certains régimes politiques du Tchad, mais c’est plutôt par réalisme politique et le souci de la défense des intérêts supérieurs du peuple tchadien. Certains Chefs d’États d’Afrique noire francophone ont été embrigadés et protégés par les Forces françaises d’Intervention extérieures. Mais ils sont aussi relâchés et combattus dès qu’ils posent des questions sensibles relatives aux intérêts de leur pays. Le président Deby n’est ni le premier, ni le dernier et d’autres Chefs d’Etat tchadien y échapperons difficilement. Les Tchadiens tout comme les Français le savent bien.

En soulevant aujourd’hui officiellement cette question délicate et sensible, le président Idriss Deby confirme son entrée solennelle dans l’histoire de la lutte pour l’indépendance politique du Tchad. Le débat soulevé sur cette question vitale mérite d’être suivi avec beaucoup d’attention afin de situer les responsabilités des uns et des autres et de bâtir une nouvelle forme de Coopération internationale. Il est donc temps de renforcer les relations historiques entre le Tchad et la France sur des bases objectives, respectant les intérêts de chacun et de tous. Cette nouvelle approche serait bénéfique aux deux États, aux peuples français et tchadien et permettrait à leurs générations futures de coopérer solidairement au cours du nouveau millénium.

Hassane Mayo Abakaka
Président de l’Association des Tchadiens de New York


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