L’Impact des boues de Forage sur l’environnement

TaguinaLe pétrole et le gaz, les deux sources d’énergie les plus importantes de la planète, couvriront vers l’an 2000 entre 50 et 70% des besoins mondiaux en énergie. L’importance des deux vecteurs énergétiques, dans les pays bénéficiant de ressources pétrolières notables, les projets de développement mis en œuvre dans ce domaine ont d’importantes répercussions sur l’environnement.
Les incidences écologiques sont d’une part conditionnées par le fait que les sites de production (gisements) sont imposés par la nature et, d’autre part, par les différentes opérations menées au produit brut. Selon l’usage international, on considère qu’un projet de développement pétrole/gaz se décompose en 3 phases:

1- L’exploration onshore, fondée sur la géophysique et les forages exploratoires, complétée par des séries d’essais lorsque les résultats ont été probants.


On entend par exploration, c’est la recherche et la détection scientifiques des gisements de matières premières au moyen de la cartographie, de la géophysique et de forage d’exploration.

Les incidences écologiques de l’exploration peuvent être considérées comme relativement faibles, comparées aux autres phases de projet. Parmi les différents travaux à réaliser, ce sont les forages qui recèlent le plus grand potentiel de perturbations et de risques.

Les travaux de cartographie par lesquels débute l’exploration n’ont pas d’influence directe sur l’environnement.
Selon la technique mise en œuvre, les effets produits par la prospection géophysique sur l’environnement peuvent persister pendant des mois, voire des années. On distingue d’une part la gravimétrie et la mesure des champs magnétiques effectuée essentiellement en altitude, d’autre part les méthodes de mesure sismiques. Ces dernières permettent aux géophysiciens de délimiter les différentes couches géologiques jusqu’à plusieurs milliers de mètres de profondeur par enregistrement de la réflexion des ondes de choc. La sismique réflexion est la plus importante de ces techniques de prospection, mais s’accompagne inévitablement d’effets sur l’environnement.

Les incidences les plus importantes sur la nature et l’écologie sont provoquées par les forages profonds. Il convient pourtant de signaler ici que les non-initiés ont en fait tendance à exagérer ces effets, qui sont aujourd’hui bien plus limités si l’on procède selon des méthodes conformes à l’état actuel de la technique. Malgré le caractère temporaire d’un projet d’exploration, on devra toujours s’efforcer de réduire, ou mieux d’éviter totalement, les influences néfastes des forages sur l’environnement en prévoyant les investissements nécessaires et en planifiant soigneusement les travaux.

Lors de la mise en place des installations de tête de puits et de l’aménagement des voies d’accès, on tiendra compte des possibilités de régénération naturelle ultérieure tout en limitant autant que possible la dégradation des sols.

Pendant le fonçage des puits, la séparation originelle sans fissures des différentes strates et horizons aquifères devra être préservée. On élaborera à cet effet un schéma de tubage et un plan de cimentation adaptés.

Les matières consommables employées, notamment les fluides de balayage, doivent être sélectionnés en fonction de leur compatibilité avec les impératifs de l’environnement et, si possible, faire l’objet d’un recyclage.

S’ils ne peuvent être ni évités ni recyclés, les déchets des opérations de forage tels les débris de roche remontés et les fluides de balayage usagés doivent être évacués conformément aux prescriptions. Parmi les méthodes envisageables telles que la dilution, l’incinération thermique optimisée et la mise en décharge avec capsulage, on en choisira une qui soit adaptée aux conditions naturelles du site.

Pour tout projet d’exploration, on vérifiera s’il peut être avantageux de recourir au procédé « slim hole drilling » à la place du forage profond traditionnel. Il s’agit d’un forage au diamètre fortement réduit, qui nécessite peu de matériel et dans l’ensemble des moyens techniques plus limités pour un gain de temps appréciable. La réduction des coûts par rapport au procédé traditionnel peut atteindre 50%. Mais ce procédé requiert des conditions géologiques particulières et ne convient pas pour des puits profonds.

Les projets d’exploration peuvent amener de profondes transformations au sein des structures sociales du pays concerné, les formes d’organisation sociale traditionnelles se trouvant soudainement confrontées aux activités de grands groupes internationaux et à un savoir-faire technique de haut-niveau. Par ailleurs, les sites d’intervention étant imposés par la nature, il se peut qu’on ait à prendre en compte des intérêts divergents qui devront donner lieu à d’éventuelles compensations. D’une façon générale, les projets doivent être intégrés le plus tôt possible dans les structures sociales existantes. Bien entendu, ceci requiert la participation de tous les groupes sociaux.

Dans le cadre de la recherche de gisements de pétrole/gaz, les aspects santé et sécurité du travail concernent en premier lieu les équipes intervenant sur place. Les incidences sur les personnes ne participant pas directement aux travaux sont négligeables.

En ce qui concerne les équipes de prospection sur le terrain, les problèmes résultent de leurs conditions de travail assez dures, caractérisées par les privations. Ces équipes sont en effet souvent livrées à elles-mêmes, notamment lorsqu’elles sont détachées dans des régions coupées de toute civilisation. Cette situation se poursuit jusqu’au fonçage des puits d’exploration.

Selon l’ampleur des effectifs nécessaires, les tâches peuvent être effectuées en grande partie par du personnel recruté et initié sur place. Il faudra donc veiller à l’encadrement de ces personnes. On assurera de plus les soins médicaux ainsi que les mesures d’hygiène et de sécurité nécessaires. Pour ce qui est de la sécurité du travail, on accordera une attention particulière au respect des mesures de prévention des accidents qui demandent un certain entraînement.

2- L’extraction, qui débute par le forage de puits de développement comme préalable aux différentes phases de la production proprement dite.

La préparation sur place de la matière première amenée au jour est également considérée comme faisant partie de l’extraction. Cette deuxième phase de projet nécessite la présence (ou la mise en place) d’une infrastructure adaptée.

On mettra à profit la période de battement entre l’exploration et la production en effectuant une analyse minutieuse des effets probables sur l’environnement pour la durée d’exploitation moyenne d’un gisement (15 à 25 ans pour le pétrole, 50 à 100 ans pour le gaz) ainsi que pour la période ultérieure. Cette analyse suppose qu’on se rende d’abord sur place, pour relever dans chaque cas toutes les données caractérisant le contexte sociologique, culturel, économique, climatique et écologique afin de pouvoir en tenir compte au moment de la planification du projet d’exploitation en question.

Le début du fonçage des puits de développement marque aussi la mise en place de l’infrastructure indispensable au lancement de la production, à savoir les connexions routières, les oléoducs ou gazoducs et, sur le champ de pétrole ou de gaz même, les installations du jour pour la production et le traitement. Pour les questions relatives aux effets sur l’environnement, nous renvoyons aux différents dossiers traitant spécialement de chacune des activités concernées (Travaux routiers sur réseaux principaux et secondaires – construction et entretien, par ex.).

On s’efforcera de limiter les dégâts écologiques causés par des accidents, et dus notamment à des fuites de pétrole en prévoyant des équipements de sécurité adéquats (par ex. avec un système de fermeture par vannes). Les eaux ou les sols pollués par du pétrole devront faire l’objet d’un assainissement, c’est-à-dire qu’on accélèrera le processus de biodégradation des hydrocarbures par des moyens bactério-chimiques artificiels. A condition que la production de pétrole se fasse dans les règles de l’art, la protection des nappes d’eau souterraines ne pose pas de problèmes.

Dans l’intérêt d’une exploitation rentable des sources d’énergie naturelles, il conviendra d’accorder la priorité, non seulement à la maîtrise des effets sur l’environnement, mais aussi à une gestion raisonnée des réserves. En matière de pétrole et de gaz, une telle gestion consiste d’une part à exploiter au mieux tout le potentiel énergétique tiré des gisements (par ex. en évitant le torchage des excédents de production, opération préjudiciable à l’environnement), d’autre part à mettre en œuvre des méthodes de production de haute technologie.

La période d’exploitation moyenne d’un gisement se mesure à l’échelle d’une vie de travail humaine. Il arrive même souvent qu’elle dure plus longtemps, notamment lorsqu’il s’agit d’extraire du gaz. Dans ces conditions, on imagine la portée des implications sociales liées à un projet de ce type. Dès la mise en œuvre des premières mesures de la phase d’exploration, il faudra se pencher sur le problème des logements, de l’alimentation, de la scolarisation, des services de santé et du contexte culturel, y compris la religion, autant d’aspects auxquels il doit en fait revenir la même importance qu’aux équipements purement techniques. On veillera à empêcher la formation de ghettos et à réunir les conditions nécessaires pour voir se tisser des liens sociaux solides. Le processus d’industrialisation doit se faire pas à pas en permettant aux populations concernées de conserver leur patrimoine culturel et de le transmettre aux nouvelles générations.

Une des tâches importantes du maître d’œuvre est de promouvoir les services de santé, non seulement pour les salariés, mais aussi pour les populations vivant dans tout le périmètre d’influence du projet.

La sécurité du travail constitue elle aussi un aspect prioritaire. Dans le cadre des projets de production de pétrole/gaz naturel, on pourra s’inspirer des principes appliqués à cet égard dans les pays industrialisés. Cela suppose toutefois que l’on dispose d’une main d’œuvre qualifiée, ayant reçu une formation adéquate.

3- Transport et stockage représentent la dernière étape de travail après l’exploration et l’extraction.

Le transport des produits bruts, qui n’ont subi qu’un traitement préliminaire sur place, s’effectue par oléoducs/gazoducs, par wagons ou camions citernes et par voie fluviale ou maritime, selon l’infrastructure spécifique en place. Le stockage peut se faire dans des magasins souterrains ou aériens, dans des cavités souterraines ou des couches poreuses.

Partout où de grandes quantités de pétrole ou de gaz sont stockées, il faut prévoir des mesures de sécurité spécifiques, notamment en matière de lutte contre les incendies et les explosions, afin de préserver la nature et l’environnement.

Le transport et le stockage en grandes quantités du pétrole et du gaz comportent des risques de fuite (hydrocarbures) et d’explosion, pouvant être limités par des systèmes de surveillance et des dispositifs de sécurité cumulés (principe de la redondance des systèmes). Les oléoducs ou gazoducs sont contrôlés en permanence par des centres de surveillance, des pressostats automatiques et par des survols d’inspection réguliers du tracé. Citernes et conduits sont protégés contre la corrosion.

Analyse et Evaluation des effets sur l’environnement

L’évaluation des effets sur l’environnement doit tenir compte des contraintes de la planification, déterminées par les circonstances spécifiques rencontrées. Parmi les aspects décisifs pour cette évaluation, il faudra retenir les répercussions sociologiques et la participation précoce des populations locales.
Quel qu’en soit le niveau, la formation de la main-d’œuvre locale représente dans tous les cas un moyen important pour celle-ci d’assumer une plus grande part de responsabilité dans la conduite des activités, dans le but de mieux contrôler l’impact des activités déployées sur l’environnement. Par ailleurs, les lois, normes, réglementations, les seuils limites et le savoir-faire technique des pays industrialisés devront être intégrés au projet lors de sa mise en œuvre.
La production de gaz se trouve négligée dans beaucoup de pays, son transport sur de longues distances aux fins de l’exportation n’étant pas très rentable. Face à cette situation, la technique de liquéfaction du gaz (GNL) mérite d’être encouragée, dans la mesure où elle permet de relativiser les problèmes de transport par le recours à de gros bateaux-citernes. Par rapport aux autres sources d’énergie primaires, le gaz naturel offre un très bon rendement et il est plus facilement conciliable avec les impératifs de l’environnement.

Pour obtenir une minimisation des risques et des effets indésirables sur l’environnement, il est essentiel que le projet dans son ensemble soit mené avec discernement et en considération de ses implications écologiques et sociologiques. Pour ce faire, une gestion interdisciplinaire faisant appel à la participation directe de tous les groupes locaux concernés semble être un instrument approprié.

Mener une entreprise dans le respect des impératifs de l’environnement suppose que l’on dispose des organes de contrôle nécessaires et que ceux-ci fonctionnent correctement. On pourrait par exemple nommer des préposés à la sauvegarde de l’environnement, qui seraient en outre chargés de la formation et du perfectionnement des effectifs en matière d’écologie ainsi que de leur sensibilisation à ces questions.


Soumaine Taguina
Ingénieur en Génie Pétrolier et Master en Science et Ingénierie de l’environnement.
E-mail : staguina@yaoo.com


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