Attention à l’explosion de la marmite !

« Il y avait un homme riche, qui avait du bétail et une grande famille. Rien ne lui manquait. Il n’avait pas le souci du lendemain. Son aisance lui donna de l’arrogance dans le cœur et, n’ayant pas la sagesse, il se lança un défi insensé. Voyant comment ses semblables pleuraient amèrement à la suite du décès d’un des leur, il disait à qui veut l’entendre être prêt à rencontrer le personnage de la mort pour traiter avec lui d’égal à égal, s’il existe réellement.

Un jour, il décida d’un voyage dans une localité voisine. Il enfourcha son étalon et partit. En chemin, il rencontra un homme quelconque qui partait à pied dans la même direction. Cet homme n’avait pour seul bagage qu’une corde enroulée qu’il portait sur son épaule. Chemin faisant, le cavalier proposa à son compagnon de route, pour l’aider, de mettre la corde sur sa monture pour l’alléger. Mais ce dernier refusa, prétextant que le cheval ne pouvait pas porter cette corde. Le richissime cavalier d’en rire et de faire remarquer à son interlocuteur que l’étalon qui le transportait avec ses propres bagages pouvait encore supporter le poids de cette simple corde. Comme il insistait, l’homme à pied jeta sa corde sur le dos du cheval qui s’écroula aussitôt. Le cavalier ne s’en revenait pas qu’une simple corde soit plus lourde que lui-même et ses affaires sur le dos de son cheval, au point de le faire tomber ? Alors le piéton quelconque lui dit : « Je suis la mort que tu as souhaité rencontrer pour traiter avec lui d’égal à égal ; j’ai encore du travail devant avec ma corde ; mais dans trois jours, je repasserai te chercher chez toi », et il disparut !

Le riche propriétaire prit enfin la mesure de la situation : il rebroussa chemin et rentra chez lui puisque le voyage ne lui rapporterait plus rien. Une fois arrivé, il était tellement triste que sa femme préférée le remarqua. Elle lui demanda pourquoi il était rentré si vite de son voyage et dans un tel état d’abattement ? Il se résolut à raconter son histoire. Alors sa femme préférée lui dit : « Tout ce qui te reste à faire pendant ces trois derniers jours de ta vie, c’est de faire des dons, d’égorger tes taureaux et d’en offrir les morceaux à tout le monde, de sorte qu’on retienne de toi quelque chose de bien après ta mort ». Il suivit le conseil. Jamais on ne vit tant de générosité ! De la bonne viande était distribuée à gogo à tous les passants.

Vint alors un jeune vagabond, crasseux et puant, qui se présenta pour être aussi servi. Les serviteurs du richissime lui dirent sévèrement ; « Crois-tu que toi aussi tu as droit à cette bonne viande ? Va-t-en ! ». Mais l’homme riche, qui n’était pas loin, réagit aussitôt en ordonnant : « Non seulement il y aura droit, mais donnez-lui les meilleures parties ! ». Alors le vagabond, solennel, déclara : « Je suis la mort que tu avais rencontrée durant ton voyage et qui t’avait concédé trois jours à vivre ; mais maintenant, tu vivras heureux jusqu’au terme normal et longtemps, car il y a en toi du bien pour tes semblables !».

Cette histoire ou légende d’origine peule m’avait été racontée par un vieil ami ancien combattant aujourd’hui décédé. A sa mémoire, je me réserve tous les droits sur la référence, l’usage ou la reproduction de ladite histoire. Elle fait d’ailleurs partie d’un de mes ouvrages en cours de publication !

Cependant, si je la reproduis hors-cadre littéraire ici, c’est juste pour adresser à Monsieur le Général Président IDI et à son “Clan“ (au sens politique et non ethnique du terme) qui nous gouvernent l’ultime message qui suit :

« Parmi onze millions de tchadiens, le destin a porté sa dévolution sur vous, pour la sixième fois depuis 1960 pour le titre de Chef de l’Etat du Tchad. Il y en aura d’autres en leur temps, certainement quoiqu’on fasse !

Plus et mieux que vos prédécesseurs, vous aviez eu une “baraka“ exceptionnelle depuis vingt-et-un an ; partis de rien, vous aviez réussi à vous approprier votre propre pays. Tout vous appartient à vous et à vos proches, il n’y a pas un secteur, quelque chose qui bouge ou qui peut produire qui ne soit devenue votre propriété. Vous en êtes arrivés à déposséder des familles entières de leurs toits de chaume et de misère pour faire place aux vôtres dans de fabuleux fonds de commerce et la luxure ostentatoire.

Aujourd’hui, pour qu’une famille mange son pain quotidien, il faudrait d’abord que les vôtres aient fait le plein de leurs profits et concèdent que les pauvres doivent exister pour que vivent les riches ! Vous donnez la lumière et l’obscurité, l’eau et la soif, l’essence et le gaz, le salaire et la pension au gré de vos humeurs à vos concitoyens dans un savant jeu de vase communicant, entre vous et les vôtres privilégiés : les syndicats et les autres forces vives en sont à vous implorer, à vous rappeler vos multiples promesses, espérant un peu d’humanité de votre part.

Après que vous soyez venus à bout de vos frères ennemis armés les plus coriaces, qui croyaient jouer contre vous alors la chance des armes et prendre “votre place“ ; après que les enfants du Tchad aient connu sous votre férule les extrémités de la violence, de la terreur de la discrimination, de l’impunité et de la soumission, tout le monde tremble à votre approche, à l’idée de tomber entre vos mains et celles des vôtres.

Vos conseillers et vos ministres ne vous disent plus la vérité, tant ils ne croient eux-mêmes plus ni en Dieu ni à la Patrie éternelle mais en votre seule volonté ! Pour faire bonne figure, ils vous attribuent toutes les bonnes idées, toutes les initiatives mais rendent les autres responsables et comptables de l’échec de leur mise en œuvre et des banqueroutes quasi-quotidiennes subies par le peuple.
Vos courtisans ont fait le pari d’évoluer à l’ombre de votre “Clan“, pour éviter d’en partager un jour la responsabilité de rendre des comptes. Ils se disent au fond d’eux-mêmes que, le moment venu, comme cela se passe déjà dans notre voisinage immédiat, il leur suffira de retourner la veste, de livrer tous vos secrets à vos ennemis, de prendre la tête de la croisade de la chasse au harpon de vos proches et protégés familiaux privilégiés, et ils seront pardonnés par le peuple ?! Au stade de tension actuelle, ne vous fiez plus à ceux qui vous caressent dans le sens du poil et qui ont déjà médité le pire !
Ainsi, ils vous aident cyniquement à faire la guerre à ceux qui tentent de vous dire la vérité, qui sont attachés aux valeurs fondatrices d’une nation solidaire et éternelle, les “opposants“, les journalistes, les défenseurs des droits humains et syndicaux, ceux-là qu’on vous présente comme vos “ennemis“ naturels mais qui ne le sont pas. Et pourtant, le mal qui vous guette et qui est implacable, c’est vous-même et les vôtres !

Mais à force d’obtenir ce que vous voulez à tout prix, en privant vos compatriote du minimum d’espoir de vie (« toumaï ») auquel ils ont droit, à force de servir les caprices du “Clan“ et de n’écouter que la voix des courtisans habiles qui vous ont enveloppé dans un épais brouillard de fausse assurance, de croire que la main armée et violente peut tout même contre la volonté de Dieu, que ne redoutez-vous pas de rencontrer sur votre chemin ?

Comme cet homme riche de notre histoire, le seul vrai défi que vous redoutez vous rencontrera sous quelle forme ? Et à l’allure où vont les choses au pays de Toumaï, allez-vous suivre, contre votre amour-propre et l’étau étranglant des vôtres privilégiés, l’exemple de sagesse et de courage de l’homme de notre légende ? Ce que nous appelons de tous nos vœux !

De toutes les façons, ce sera à vous de choisir et dans votre intérêt et dans l’intérêt de ceux qui sont devenus des “tchadiens-à-part-entière“ dans votre sillage. Nous autres, “tchadiens-entièrement-à-part“ qui sommes devenus le foin de votre bétail et les proies de vos chiens de chasse, dont la vie et l’intégrité physique et matérielle ne comptent que pour peu de choses, prions pour que l’horizon qui s’assombrit de plus en plus épargne le pays de Toumaï de terribles épreuves, après toutes celles cumulées déjà subies, et que Dieu vous donne la sagesse de respecter les aspirations légitimes et incontournables du peuple tchadien souverain et éternel ! »

Enoch DJONDANG/ N’Djamena


Commentaires sur facebook