L’association avait récolté environ 700 000 euros – Le Figaro

L’enquête française sur l’Arche de Zoé, ses finances et ses activités s’accélère.

LES DEUX JUGES d’instruction parisiens chargés d’enquêter sur l’Arche de Zoé disposent depuis peu d’une première estimation des sommes collectées par l’association. Sous leur tutelle, les enquêteurs de la brigade de protection des mineurs (BPM) viennent en effet d’éplucher l’importante documentation saisie lors des perquisitions menées, le 26, dans les locaux parisiens de l’association ainsi qu’aux domiciles d’Éric Breteau et de Stéphanie Lefebvre, respectivement président et secrétaire général de l’ONG.


Or, l’étude des deux comptes bancaires ouverts par l’Arche de Zoé a permis d’établir qu’une somme d’« environ 700 000 euros », selon une source proche de l’enquête, a été collectée depuis le début de l’année auprès de plusieurs centaines de donateurs.


Manifestement désireux de ne pas perdre de temps, les juges Yann Daurelle et Martine Vezant ont par ailleurs délivré lundi une commission rogatoire internationale à destination du Tchad qui, en quelques heures seulement, a transité par le parquet de Paris, la Chancellerie puis le Quai d’Orsay avant de s’envoler par avion, via la valise diplomatique, vers N’Djamena. Cette cadence, inhabituelle dans une procédure comportant un volet international, s’expliquerait par le risque de déperdition des preuves. « Il s’agit de se rendre vite sur place dès que possible pour éviter la dispersion des personnes dont l’audition peut être nécessaire à l’enquête », décrypte une source judiciaire.


Les magistrats, saisis d’une information judiciaire ouverte à Paris le 24 octobre pour « exercice illégal de l’activité d’intermédiaire en vue d’une adoption » et « aide à l’entrée et au séjour irrégulier de mineurs ayant pour effet de les éloigner de leur milieu familial », ont déjà fait entendre plusieurs familles candidates à l’accueil d’enfants du Darfour, ainsi que les journalistes Marc Garmirian (Capa), Jean-Daniel Guillou (collectif Synchro X) et Marie-Agnès Peleran (France 3).


Enquête ouverte en juillet


Ce brusque coup d’accélérateur judiciaire intervient après un temps d’hésitation marqué, cet été, par le parquet de Paris. Saisi le 24 juillet d’un signalement émis le 9 par le ministère des Affaires étrangères, le procureur avait d’abord ouvert une enquête préliminaire sur l’Arche de Zoé et son projet visant à évacuer vers la France des enfants du Darfour. Dans ce cadre, Éric Breteau et Stéphanie Lefebvre avaient été entendus le 10 août par la BPM qui leur a adressé un avertissement.


Lors de cette rencontre, Breteau a refusé de communiquer les comptes de son association, prétendant mener son projet en collaboration avec l’Unicef et une prétendue ONG américaine, Children Rescue, nom sous couvert duquel l’Arche de Zoé s’était présentée au Tchad. Puis le rapport d’enquête a été communiqué début septembre au parquet, qui a attendu plus d’un mois avant de saisir un juge d’instruction, à la veille du scandale. Ces derniers jours, trois familles ont porté plainte pour « escroquerie » auprès des gendarmes du Gard, du Nord, et des Pyrénées-Orientales.


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