Bourma Daoud Ahmad répond aux questions de Notre Temps.

Bourma Daoud Dans une interview parue dans Notre Temps n° 271 du 03 octobre 2006, le porte- parole en France et en Europe du CNT parle des affrontements du mi- septembre entre les forces gouvernementales et le commandement unifié CNT/RaFD, de la position de la France et du Soudan, de la crise de leadership au sein du FUC.

1. Est-ce que les affrontements enclenchés depuis le 10 septembre dernier entre l’armée gouvernementale et les rebelles se poursuivent?

Bourma Daoud Ahmad: A l’heure actuelle, il n y a pas des combats mais nos positions sont survolées tous les jours par l’aviation française qui fournit des renseignements aux forces gouvernementales. Pour ce qui est des affrontements de la mi- septembre, il y a eu d’abord le survol de nos positions dans la journée du 11 septembre 2006 et une 1ére attaque dirigée contre le commandement unifié CNT/RaFD. Cette 1ére attaque a été violemment repoussée par nos vaillantes forces. Après cet échec, une 2é attaque a été menée par les forces gouvernementales et qui s’est soldée aussi par une défaite. Ne voulant plus croire à la force de frappe du commandement unifié, les forces du mégalomane Déby ont lancé une 3é grande offensive et ceci, sur deux fronts Est et Ouest. La riposte du commandement unifié a été foudroyante et cette fois- ci la débandade a été totale car sur les deux fronts, nos forces ont pourchassé les assaillants jusqu’à 15 km de Birak (cf. communiqué n° 007/CNT/SI/2006).

2. Quelles sont les forces rebelles ayant participé aux combats?

Bourma Daoud Ahmad: Les forces rebelles ayant participé aux combats du 12, 15 et 19 septembre 2006 sont celles de la coordination militaire CNT/RaFD placée sous le commandement du Colonel Mahamat Hassan Alinghaz et son adjoint Abderahmane Djiddo. Mais, avant ces affrontements, des violents combats ont opposé les forces gouvernementales à ce qui reste du FUC de Mahamat Nour à Aramkolé et là également ce fut une cuisante défaite du mégalomane Déby.

3. Si le Chef de l’Etat est allé personnellement superviser les opérations, cela voudrait-il dire que la situation est préoccupante?

Bourma Daoud Ahmad: Comme vous le dites, la situation est plus que préoccupante. C’est vrai que le chef de l’Etat avait personnellement supervisé les opérations mais de très loin car actuellement, il n’avait pas cette fougue d’antan et s’il se pavane dans la zone des combats, il y laissera sa peau car les combats de la mi- septembre sont d’une rare intensité et ce n’est pas la même chose que passer un week_end à Pont belilé entouré des bouffons.

4. Quelles sont d’après vous les raisons de la suspension du chef d’Etat major de l’Armée de l’Air, le général Nadjita Béassoumal ?.

Bourma Daoud Ahmad: La suspension du chef d’état major de l’armée de l’air, le Général Nadjita Béassoumal peut avoir plusieurs raisons:

  • La 1ére peut être un coup d’humeur du prince et vous êtes mieux placé que moi que depuis seize années de pouvoir debater les nominations ne répondent à aucun critère et que fera le Tchad de demain de tous ces généraux et colonels décrétés mais là c’est un autre débat.
  • La 2é raison peut être le refus du Général Nadjita de participer à une guerre qui n’en finit jamais et qui en somme, ne sert que l’intérêt d’un individu et sa plus proche famille. Donc, connaissant Mr Nadjita, il est fort probable que son refus de combattre soit plausible.
  • La 3é et dernière raison est que Déby avait nommé Mr Nadjita pour pouvoir fédérer autour de lui des militaires sudistes de carrière pour jouer sa dernière carte comme il en avait l’habitude de le faire mais malheureusement cette fois-ci la mayonnaise n’a pas pu prendre.

5. Confirmez-vous la participation de l’armée française aux cotés de l’armée gouvernementale ? Si oui, quelles en sont les preuves ?

Bourma Daoud Ahmad: Comme nous avons eu à le dire dans nos différents communiqués de presse, l’armée française survole quotidiennement nos positions pour livrer des renseignements militaires à l’ennemi sur le nombre de nos hommes, nos matériels et notre artillerie et vous savez bien que c’est ce qui avait manqué à Habré. Par ailleurs, nos positions sont pilonnées par ces mêmes avions français. Donc, je ne sais pas de quelles preuves vous faites allusion et il n y a pas d’autre participation que celle- là car nous avons en mémoire le coup de semonce. Je profite également de cette occasion pour demander une fois de plus au gouvernement français de ne pas s’ingérer dans une affaire tchado- tchadienne, d’observer une stricte neutralité et ne pas imposer un régime clanique, familial, mafieux et corrompu au détriment de la volonté de notre peuple. Nous demandons également au gouvernement français d’aider les forces du changement à l’instauration d’un Etat de droit et d’une véritable démocratie pluraliste tout en préservant l’intérêt de nos deux peuples qui ont des forts liens historiques, d’amitié et de fraternité. Et, c’est le message que nous voulons adresser aux responsables français.

6. Une rumeur tenace fait écho de 5 militaires français qui auraient été blessés au front. Qu’en est-il ?

Bourma Daoud Ahmad: À l’heure actuelle, des informations dont je dispose du front ne me permettent pas d’infirmer ou de confirmer cette rumeur.

7. Est-ce vrai que Khartoum vous a chassé de son territoire et que votre base se trouve actuellement en territoire tchadien?

Bourma Daoud Ahmad: Tout d’abord, pour votre information, je veux dire que nos forces ont toujours été en territoire tchadien et ça Déby le sait très bien. Donc, pour qu’on soit chassé du territoire soudanais, il faut que nos forces s’y trouvent et ce n’est pas le cas. Ce ne sont que des allégations mensongères de la part de nos détracteurs et relayées par la presse internationale et une partie de la presse nationale. Vous savez que le Soudan a rétabli ses relations diplomatiques avec le Tchad mais celle ne nous empêche pas d’avoir des relations amicales et fraternelles avec ce grand pays et voisin immédiat car avec ce pays nous partageons beaucoup de choses ensemble et c’est l’avenir que nous sommes en train de préparer.

8. D’où vient votre artillerie pour pouvoir tenir tête aussi longtemps à l’armée gouvernementale ? Quels sont les pays qui vous soutiennent?

Bourma Daoud Ahmad: Pour être honnête avec vous, nous n’avons aucun soutien d’aucun pays. L’artillerie dont nous disposons et avec laquelle nous tenons longtemps aux forces gouvernementales est celles récupérées à l’ennemi. Il ne faut pas non plus oublier que nous enregistrons des ralliements quotidiennement et des militaires nous viennent avec armes et bagages. Il faut également que vous sachiez que le moral des troupes de Déby est au plus bas et si ce n’est pas l’apport de l’armée française à ce régime, ce dernier allait s’écrouler comme un château mais il faut que les français sachent que nous ne sommes pas leurs ennemis.

9. Comment expliquez-vous la crise de leadership au sein du Fuc?

Bourma Daoud Ahmad: Pour arriver à comprendre la crise du leadership du FUC, il faut remonter à la genèse du FUC. D’abord, la création du FUC s’est faite à la vite et sans aucune concertation avec certains mouvements ayant constitué le FUC. Donc, dés le départ les jeux étaient faussés. La 2é erreur est d’avoir confié la direction à Mahamat Nour et c’est sous une certaine pression que certains leaders ont accepté ce choix car je ne dirai pas comme certains l’ont dit ou écrit que Mahamat Nour est limité sur le plan intellectuel (je n’aime pas utiliser ce terme car je préfère dire instruit qu’intellectuel) mais pour diriger des hommes, il faut avoir d’autres capacités pour rassembler et je pense c’est ce qui a manqué au jeune capitaine. La 3é erreur, c’est le coup manqué de la descente sur N’djaména le 13 avril 2006 car on ne peut pas parcourir plus de 800 km en 2 jours sans pour autant avoir une base arrière solide. Tout cela est déplorable mais des concertations entre toutes les factions sont en cours et si nous voulons réellement marcher sur N’djamena et épargner d’autres années de souffrance au peuple tchadien, il faut une unité de toute l’opposition politico- militaire et c’est le vœu du commandement unifié CNT/RaFD.

Je vous remercie.


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