Chine-USA, le nouveau grand jeu pétrolier – La nouvelle république

Chine Usa En Janvier 2003, le président chinois, Hu Jintao, rencontrait le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et inaugurait le «Forum de coopération entre la Chine et le Monde arabe». La création de ce nouveau forum multilatéral marquait une volonté de renforcement de la coopération dans les domaines économique, politique, commercial et culturel. En Janvier 2004, le même président chinois, Hu Jintao, rencontrait les délégations des 22 membres de la Ligue arabe réunis au Caire pour leur proposer un «nouveau type de partenariat» qui puisse à la fois augmenter leurs exportations de pétrole vers la Chine et développer le commerce bilatéral.

L’axe bilatéral de la diplomatie moyen-orientale de la Chine s’étend aujourd’hui à la totalité des pays de la région, de l’Iran à Israël, la Chine accordant une attention particulière à l’équilibre de sa balance commerciale et mettant soigneusement de côté les aspects politiques. L’achat d’hydrocarbures dans des pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite est compensé par des exportations massives de biens divers et par des investissements dans les champs pétroliers et gaziers. Les ventes aux autres pays ont pour contrepartie des investissements dans les champs pétroliers et gaziers. C’est le cas de l’Égypte et, aucun pays n’étant négligé, les relations bilatérales se développent aussi dans le Golfe persique, en Syrie et en Libye.

En Afrique, qui fournit 28,7% des importations chinoises de pétrole brut en 2004, la Chine a récemment développé ses relations avec plusieurs pays. Jusqu’en 1992, l’Angola était l’unique fournisseur africain de la Chine en hydrocarbures, dans des proportions très modestes. Les livraisons angolaises ont depuis augmenté de façon très importante, cette croissance allant de pair avec d’importantes livraisons d’armes chinoises.

Au Soudan CNPC s’est associée en 1997 avec Petronas (Malaisie) et avec Talisman (Canada) pour développer et exploiter le site du bassin de Muglad, au Sud du Soudan. Washington avait interdit au compagnies pétrolières américaines de traiter avec Khartoum en raison de la guerre menée par le gouvernement musulman contre les rebelles chrétiens du Sud. Les compagnies pétrolières chinoises ont immédiatement pris la place laissée vacante par les compagnies pétrolières américaines et le Soudan représente aujourd’hui environ 5% des importations chinoises de pétrole brut. CNPC a terminé en 2003 le développement du grand champ pétrolier de Muglad qui produira plus de

500 000 barils/jour à partir de 2005, ainsi qu’une raffinerie capable de traiter 2,5 millions de tonnes par an et un oléoduc de
1 500 km pour l’exportation de brut à partir d’un terminal sur la Mer rouge. Selon des experts chinois, Pékin a investi 3 milliards de dollars dans ce projet qui constitue un des plus important investissement chinois à l’étranger. Certaines informations font aussi état de 4 000 soldats chinois stationnées au Soudan pour y protéger lesinfrastructures pétrolières.

Concernant le Soudan, la Chine s’est abstenue, en 1996, de répondre à la résolution 1054 des Nations unies lui demandant d’expulser de son sol les agents diplomatiques soudanais. En septembre 2004, la Chine a menacé d’utiliser son droit de veto en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pour s’opposer à l’adoption de sanctions pétrolières contre le Soudan à propos du conflit militaro-humanitaire dans le Darfour et, plus récemment, s’est abstenue de voter la résolution 1593 dans laquelle le Conseil de sécurité de l’ONU décide de déférer au Procureur de la Cour pénale internationale la situation au Darfour depuis le 1er juillet 2002.

En 2000, Pékin mettait en place le «Forum de Coopération entre la Chine et l’Afrique «pour promouvoir le commerce et l’investissement avec 44 pays africains. En 2003 le Premier ministre chinois visitait plusieurs pays africains producteurs de pétrole, accompagné de dirigeants des compagnies pétrolières chinoises, et le Président chinois lui-même effectuait une visite en Algérie, en Egypte et au Gabon. En Afrique, la Chine établit des relations de plus en plus étroites, à vocation pétrolière, avec les gouvernements des Etats du golfe de Guinée, de l’Angola au Nigeria, et avec ceux d’autres Etats, tels le Maroc, la République Centrafricaine, le Tchad, le Congo, le Niger etc…

En Amérique Latine, zone d’influence des Etats-Unis, la Chine est tout aussi active. Durant sa visite dans plusieurs pays sud-américains en Novembre 2004, le Président Hu Jintao a annoncé que la Chine investirait 100 milliards de dollars en Amérique Latine au cours des 10 années à venir (Le Président Jiang Zemin avait déjà effectué un tour d’Amérique Latine en 2001). Parmi les projets, un deal énergétique de 10 milliards de dollars au Brésil et plusieurs projets énergétiques au Venezuela, à Cuba, en Equateur, en Bolivie, au Pérou, en Colombie et en Argentine.

Au Venezuela (qui a fourni 12% des importations de pétrole brut des Etats-Unis en 2003) plusieurs accords ont été signés à la suite de la visite du Président Vénézuélien Hugo Chavez à Pékin en Décembre 2004 et à celle du Vice-Président Chinois au Venezuela en Janvier 2005. Parmi ces accords 400 millions de dollars seront investis par CNPC dans le développement des réserves de pétrole et de gaz vénézuélien. Petroleos de Venezuela (PdVSA), qui avait exporté

12 300 barils/jour en Chine en 2004, devrait en exporter 68 000 en 2005 et envisage d’exporter 300 000 barils/jour vers l’Asie en 2012. Très récemment, le Président Hugo Chavez, héraut d’un nouvel antiaméricanisme de l’hémisphère Sud, déclarait à un parterre de diplomates et d’hommes d’affaire chinois visitant le Venezuela qu’il souhaitait partager les réserves stratégiques du pays avec la Chine au travers d’accords pétroliers bilatéraux.

La diplomatie chinoise du pétrole a même permis l’accès de Pékin aux ressources canadiennes, directement dans le jardin des Etats-Unis (les ressources canadiennes sont actuellement considérées comme les deuxièmes réserves mondiales derrière celles de l’Arabie Saoudite). En 2004, à la suite de la visite en Chine du Premier Ministre Canadien Paul Martin, les deux pays ont conclu une série d’accords énergétiques (Canada-China Statement on Energy Cooperation in the 21st Century) pour une implication de la Chine dans le développement des secteurs pétrolier, gazier et nucléaire canadiens. Au mois d’Avril dernier Petrochina (filiale de CNPC) et le canadien Enbridge signaient un memorandum of understanding pour investir 2 milliards de dollars dans la construction d’un pipeline qui devrait transporter le pétrole canadien vers sa côte ouest afin d’y être acheminé par tankers vers l’Asie. De nouveaux deals sont par ailleurs en cours de signature entre compagnies chinoises et canadiennes.
Ailleurs dans le monde la Chine poursuit une politique identique pour développer ses participations. En Australie, Cnooc a signé en mai 2005 des accords pour le financement, la construction et la vente de gaz importé. En Papouasie Nouvelle Guinée, CNPC s’intéresse à des investissements dans un pipeline gazier. En Indonésie, Petrochina et Cnooc ont acquis en janvier 2004 d’importantes participations, notamment dans le champ de Tangguh. A Burma, Cnooc et Sinopec se lancent dans le développement de champs pétroliers à grande échelle, suivant CNPC qui y produit du gaz naturel depuis une dizaine d’années. Chinois et Burmeses négocient par ailleurs la construction de pipelines pétroliers et gaziers qui relieraient le Nord de Burma au Sud-Ouest de la Chine.

Plus près de la terre mère, enfin, la diplomatie chinoise est engagée dans nombre de disputes territoriales avec ses proches voisins, Malaisie, Philippines, Taiwan, Vietnam, Brunei (Iles Spratley et Paracel), Indonésie (archipel des Iles Natuna), Japon (Iles Senkaku – ou Diaoyu pour les chinois) etc… Derrière chacune de ces disputes s’accumulent les réserves potentielles de pétrole ou de gaz.

Eviter l’US Navy!

A plus long terme la Chine cherche à augmenter ses approvisionnements en provenance d’Asie Centrale et de Sibérie grâce à plusieurs projets de pipelines. Ces approvisionnements terrestres auront le grand avantage, aux yeux de Pékin, de réduire les vulnérabilités de rupture sur les voies maritimes en provenance du Golfe Persique et d’Afrique.

En Asie Centrale, la Chine est un acteur actif depuis Juin 1997 quand CNPC pris une participation de 60% dans la compagnie Casaque, Aktyubinsk Oil. Au Kazakhstan la CNPC détient aujourd’hui 85% de la joint-venture Aktobemunaigaz, qui développe le gisement d’Aktobe et celui de Zhanazhol. Elle est majoritaire dans la joint-venture créée pour le gisement pétrolier de North Buzachi. Sinopec a quant à elle signé un memorandum of understanding pour l’acquisition de deux blocs controlés par KazMunaiGaz avec des réserves estimées à 700 millions de tonnes d’hydrocarbures. Le 22 août dernier CNPC a annoncé le rachat de la société canadienne PétroKazakhstan pour 4,18 milliards de dollars, mettant ainsi la main, au prix fort, sur d’importantes réserves au Kazakhstan. En octobre 2004 a commencé la construction d’un pipeline de 988 km reliant Atasu, au Nord-Ouest du Kazakhstan, et Alataw Shankou, dans la province chinoise du Xinjiang. Ce pipeline, qui sera achevé en 2005, pourra charrier 10 millions de tonnes de pétrole chaque année dans un premier temps, 20 millions de tonnes par la suite. Le pipeline gazier de 4 200 km qui relie le bassin de Tarim à Shanghai pourrait potentiellement être étendu jusqu’au Kazakhstan et au Turkménistan, voire même jusqu’à l’Iran et à la mer Caspienne. Pékin aide aussi au développement de champs pétroliers en Ouzbékistan et soutien des projets hydroélectriques au Kirghizstan et au Tadjikistan. Les compagnies publiques chinoises ont également acquis des participations dans la région Caspienne, en Azerbaïdjan (CNPC a notamment investi 800 millions de dollars dans le développement du champ Kursengi-Garabagly) et au Turkménistan.
(Suivra)

Jean-Philippe Miginiac


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