Lettre du Député Fédéraliste Yorongar au SG/NU Koffi Annan

Annan Fédération, Action pour la République
(Far/Parti Fédération)
BP : 4197 N’Djaména
Tchad

Le Coordinateur Exécutif Fédéral

A Son Excellence Monsieur Koffi Annan,
Secrétaire Général des Nations-Unies,
S/C de Son Excellence Monsieur le Représentant Résident du PNUD au Tchad à N’Djaména

Objet : La paix au Tchad ne viendra que par des élections transparentes comme de 1956 à 1959 au Tchad.

Excellence Monsieur,

Comme suite à vos propositions sous forme de rapport synthèse et à votre lettre d’invitation en date 17 juillet 2006 par lesquels vous nous conviez à la réunion avec la délégation conduite par SEM Tuluamini Kalomoh, Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies Chargé des Affaires politique, ce dont nous remercions de tout cœur.

Aussi, les thèmes à discuter avec cette délégation notamment « échanger avec les autorités tchadiennes et les parties prenantes à savoir la société civile, les partis politiques, les donateurs et l’équipe des Nations-Unies dans un but de les encourager à engager un dialogue politique constructif et inclusif et à étudier la possibilité pour les Nations-Unies de jouer un rôle à cet égard… » appellent de notre part des observations (pages 1-8) et propositions (pages 8-10) de la présente.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé les accords de paix, les conférences de paix, les tables rondes de paix, les forums de paix etc. que le conflit du Tchad perdure de 1963 à nos jours. Le Tchad a connu toutes les formes d’accords de paix sous tous les régimes allant de feu Tombalbaye à Déby sans réaliser la paix appelée de tous les vœux par les Tchadiens.

Pourquoi ?

C’est parce que nos gouvernants qui se sont succédé et la France qui s’implique à toutes les négociations de paix au Tchad n’ont pas la ferme volonté de parvenir à la paix définitive. D’où l’éternel recommencement depuis le 16 septembre 1963, date à laquelle le premier coup de feu est tiré à Fort-Lamy devenu N’Djaména.

C’est pourquoi, si nous voulons réellement la paix définitive au Tchad après quarante trois (43) ans d’interminables guerres fratricides, il y a lieu d’écouter les autres et non s’écouter soi-même ou ne prendre en compte que ses égoïstes intérêts. Il faut prendre en compte certaines observations qui ne sont pas forcément dénuées de tout fondement comme on aurait pu le croire. Il faut écouter l’homme ou la femme de la rue, voir ce qui se passe actuellement sous les yeux à l’est, à l’ouest, au centre et au sud et non fermer les yeux dessus. Des solutions tendant notoirement à maintenir M. Idriss Déby au pouvoir comme ses prédécesseurs d’ailleurs ne constituent-elles pas la non-assistance à peuple en danger ? Oui, les génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre contre les populations civiles innocentes qu’a connus le Tchad jusqu’à date procèdent de ces petites solutions. Il faut cesser d’amuser la galerie dans le bain de sang.

Pour faire l’économie du temps, nous prenons l’exemple des deux régimes tchadiens notamment le régime du général Félix Malloum et celui de M. Idriss Déby et le cas de l’accord ivoirien de Marcoussis en France pour illustrer nos propos:

1)- Le régime du général Félix Malloum Ngakoutou Bey-Ndi :

Accusé à tort de tentative de coup d’Etat, le général Malloum est arrêté et jeté en prison à la cité de l’Ocam à Moursal où réside Tombalbaye. Une fois libéré à la suite d’un coup d’Etat militaire du 13 avril 1975, sa première déclaration est de sommer la rébellion armée animée par le Frolinat de déposer les armes faute de quoi, il est prêt à faire la guerre. Passant de l’acte à la parole, il déclenche la guerre du BET qui lui est fatale. Mieux, il multiplie les maladresses en exécutant sans forme de procès des jeunes lieutenants qui naïvement tentent de l’assassiner à l’occasion du premier anniversaire de sa prise de pouvoir le 13 avril 1976. Il finit par négocier tous azimuts ; tantôt avec Goukouni Weddeye tantôt avec Hissein Habré. Comme il fallait s’y attendre, ces mauvais accords entraînent des conséquences dramatiques telle la guerre du 12 février 1979 avec son corollaire des génocides interethniques et interreligieux, des massacres collectifs interrégionaux dont l’un des principaux acteurs s’appelle M. Idriss Déby etc.

2)- Le régime d’Idriss Déby :

C’est le régime qui a battu le record en accord de paix qui se soldent systématiquement par les assassinats des signataires de ces accords et ce, de sang froid (les colonels Abbas Koty, Khaffine, Ketté Nodji Moise, le commandant Laoukein Bardé et tant d’autres).

La conférence nationale souveraine (Cns), ultime espoir des Tchadiens a mis en place des institutions provisoires (présidence de la République, parlement provisoire et primature) en attendant les élections dont les échéances sont fixées dans le cahier des charges adopté par la Cns à l’attention du premier Ministre, M. Fidel Mounngar, élu par la Cns. Doté ainsi d’une feuille de route appelée cahier des charges, le premier Ministre pourtant candidat de M. Idriss Déby ne fait pas long feu quand il voulait mettre en application ledit cahier des charges. Il est débarqué de son poste comme un malpropre au bout de trois mois avec toutes humiliations. Ses gardes du corps enlevés par les éléments de la garde présidentielle et passés à tabac sous ses yeux. Bien plus, la garde présidentielle prend plaisir de simuler son enlèvement l’obligeant à quitter N’Djaména dans des conditions plus qu’humiliantes pour rejoindre sa résidence française par le Cameroun. Il est remplacé par un autre premier Ministre, M. Kassiré Delwa Coumakoye, qui non seulement a été chassé de son poste, mais finit en prison sous des prétextes fallacieux dans le dessein de l’empêcher ainsi de se présenter à l’élection présidentielle de juin-juillet 1996. Il est remplacé par M. Koibla, le lieutenant de M. Jean Alingué, le tout premier premier Ministre de M. Idriss Déby. MM. Koibla, Glendouksia, Kabadi, Moussa et Yoadimnadji qui ont, tour à tour, succédé à MM. Mounngar et Kassiré ont retenu naturellement la leçon : pas d’ambition présidentielle comme leurs deux prédécesseurs. De simples béni-oui-oui au service exclusif de M. Idriss Déby.

3)- Les élections au Tchad sous le régime de M. Idriss Déby :

Les élections référendaire et présidentielle de 1996, législatives de 1997, présidentielle de 2001, et législatives de 2002 ont mis à l’évidence les fraudes massives pour permettre à M. Idriss Déby d’être élu et d’avoir la majorité à l’Assemblée Nationale.

En 1996, le référendum constitutionnel est rejeté par les Tchadiens comme ils ont rejeté la candidature de M. Idriss Déby aux présidentielle de 1996 et les législatives de 1997. Mais, c’est grâce aux fraudes organisées par les experts en fraudes que sont MM. Jérôme Grand Esnon, le Représentant du Pnud, M. Diawara, les membres de la Céni, ayant à leur tête MM. Pascal Yoadimnadji et Tom Erdémi, et les membres de la Cour d’Appel rondement payés pour le besoin de la cause. Les magistrats l’ont formellement reconnu lors de leurs Etats généraux en 2004.

En 2001, contre toute attente, Idriss Déby est battu par le candidat de notre parti. Il lui a fallu un coup, d’Etat militaire en ce mois de mai pour reprendre le pouvoir avec la complicité des tiers bien identifiés.

En 2002, c’est la déroute de M. Idriss Déby lors des élections législatives.

En conséquence de ce qui précède, M. Idriss Déby n’a jamais gagné une seule élection depuis qu’il organise des élections.


Comment peut-on avoir confiance en un personnage qui érige les fraudes électorales en règles d’or pour gagner lesdites élections ?

4)- M. Idriss Déby n’est pas un homme de parole. Il ne tient pas parole:

Après les élections référendaires et présidentielles de 1996 et 1997, M. Idriss Déby jure sur l’honneur qu’il va améliorer le processus électoral. Rien a été fait en dépit de moult réclamations de l’opposition.

Bien plus, en 1996, comme prix de la participation du Général Kamougué aux élections, M. Idriss Déby convient le partage du pouvoir avec ce dernier dans le seul but de crédibiliser ces élections émaillées des fraudes électorales qui le porteront au pouvoir. Le Général Kamougué se contentera du perchoir de l’Assemblée Nationale avant d’être ridiculisé vers la fin de son mandat. De peur d’aller en prison pour malversations financières décelées par la commission ad-hoc de l’Assemblée Nationale, le Général Kamougué se fond en excuses et pardon publics au cours d’une séance solennelle retransmise en direct par la radiodiffusion nationale tchadienne (Rnt) et la télévision tchadienne (Tvt).

Aussi, comme on l’a vu plus haut, M. Lol Mahamat Choua tombera dans le piège de M. Idriss Déby, qui lui promet de le soutenir en 2001 pour son deuxième et dernier mandat aux termes de la limitation de mandat fixée par l’article 61 de la constitution en échange de son soutien pour l’élection de M. Lol Mahamat Choua lors de la présidentielle de 2006. Une fois élu, M. Idriss Déby le paie en monnaie de singe. M. Idriss Déby rompt le pacte en procédant à la suppression de l’article 61 de ladite constitution pour lui permettre de se représenter en 2006. Voila cet homme sans foi ni loi qui, en 2001, prend à témoin à son investiture, notamment ses pairs présents, la Cour suprême devant laquelle il prête serment, l’opinion nationale et internationale qu’il ne révisera pas la constitution pour se représenter en 2006. «Avec mon dernier mandat, je prépare la transition…». Aujourd’hui c’est tout le contraire de ce qu’il a dit en clamant «je jure…». Un homme qui renie son serment est un roublard sans foi ni loi.


5)-La démocratie consensuelle et participative (Dcp), fossoyeuse de la démocratie:

Après le referendum constitutionnel du 31 mars 1996, l’élection présidentielle de juin-juillet 1996 et les législatives de janvier-février 1997, M. Idriss Déby sort de l’une de ses poches la démocratie consensuelle et participative (Dcp). A l’exception de Far/Parti Fédération qui décline l’offre, y entrent, corps et âmes, tous les leaders des partis politiques de l’opposition pour prendre leur part de gâteau: outre le Général Kamougué qui reçoit la présidence de l’Assemblée nationale avec ses 29 Députés, M. Lol est nommé Président de la commission des Affaires Etrangères à l’Assemblée Nationale, M. Alingué se contentera aussi du poste de Président de la commission de l’Economie et des Finances, M. Lamana comme Ministre, M. Ibni Oumar Mahamat Saleh comme Ministre, M. Kebzabo comme Ministre d’Etat, M. Salibou comme etc.

Le code électoral actuel, la modification de la constitution, le découpage électoral, le recensement électoral, les compositions de la Céni, du conseil constitutionnel et de la Cnre, les fraudes électorales etc. sont l’œuvre de cette Dcp dont les acteurs d’hier dénoncent les méfaits avec force aujourd’hui. Comme vous le voyez, ils sont tout simplement victimes de leur propre science. Et comme quoi, nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes, c’est le cas aujourd’hui. Un à un sinon tous sont broyés politiquement par le régime qu’ils ont d’ailleurs servi avec beaucoup de zèle.

Tirant leçon du passé, la position ferme des anciens collaborateurs de M. Idriss Déby face à la roublardise de ce dernier est à saluer et encourager !


6)- L’échec de l’accord ivoirien de Marcoussis (France) mal négocié doit vous inspirer et servir d’exemple:

Après la guerre civile en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens se sont, sous pression internationale et surtout française, retrouvés à Marcoussis (France) pour négocier un accord concocté dans d’obscures officines et soumises à leur signature. Les Ivoiriens se tiennent par la main pour chanter et danser au rythme de leur hymne national sans prendre la précaution de se poser les questions de savoir si cet accord peut s’appliquer sans la moindre modification de la constitution pour l’adapter au contexte de l’accord. Le premier Ministre nommé séance tenante sur injonction des hautes autorités françaises avec une feuille de route sur mesure. Mais, une fois au retour à Abidjan, ledit premier Ministre est bloqué par les arguments constitutionnels de M. Laurent Gbagbo et les siens. Ainsi, est enterré l’accord de Marcoussis sans le moindre début d’exécution. Il sera remplacé par les accords d’Accra (Ghana), de Pretoria (Afrique du sud) etc., accords qui n’ont pas résolu la crise ivoirienne pour autant.
Si vous ne tenez pas compte de toutes ces malheureuses expériences, si vous ne tirez pas leçon de ces exemples, si vous ne vous rappelez pas du Rwanda, vous passerez à côté de la paix que tous les Tchadiens appellent de leurs vœux.

Le Tchad, n’est pas le Togo et encore moins le Gabon où l’organisation des législatives sont possibles après un accord cadre entre les acteurs politiques. Et même au Togo, le fameux accord négocié entre le gouvernement issu d’une chaotique et honteuse élection présidentielle de 2005 et les partis politiques de l’opposition piétine. Combien de fois le Tchad où il y a des rébellions qui poussent comme des champignons ? En voulant exclure ces rébellions de toute négociation, vous participez directement au génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre qui ont commencé tant par l’armée gouvernementale que par les rebelles à l’exemple du Rwanda. Ainsi donc, vous ferez du Tchad, le Rwanda permanent, le Rwanda de tous les jours et de tous les instants. Pourquoi ? Pour quelle raison alors voulez-vous somaliser le Tchad en fermant les yeux sur l’évidence?

Excellence Monsieur,

De ce qui précède, nous ne serons pas partie prenante d’un dialogue exclusif, d’un accord qui n’a pas été parrainé par la communauté internationale et en présence des personnalités connues pour leur expérience en matière de paix, accord qui n’aura pas de chance de réussir la paix, un faire-valoir juste pour se laver la conscience etc.

Qu’adviendra-t-il si M. Idriss Déby n’obtient pas la majorité mécanique qu’il a l’habitude de s’octroyer grâce aux experts en fraudes comme les mercenaires Jérôme Grand Esnon de France et Driss des Nations-Unies et leurs hommes de main venus d’Europe et d’Amérique, M. Pascal Yoadimnadji et ses collègues de la Céni et ceux du conseil constitutionnel, M. Yokabdjim Mandigui et ses amis de la Céni puis du conseil constitutionnel ? Quelle garantie avez-vous obtenue de M. Idriss Déby pour éviter au premier Ministre issu de la nouvelle et vraie majorité à l’Assemblée nationale pour ne pas connaître le triste sort de MM. Fidel Mounngar, Kassiré Coumakoye tel que décrit plus haut? Allez-vous lui fabriquer un premier Ministre béni-oui-oui pour éviter les accrocs entre lui et ledit premier Ministre? Comment allez-vous concilier la constitution et les nouvelles donnes pour éviter l’accord à la Marcoussis ?

Les réponses à toutes ces questions nous obligeraient. Si vous ne tenez pas compte de la réalité des faits quotidiens qui se passent chaque jour sous vos yeux, vous serez tenus pour responsables de ce qui adviendra par votre faute parce que vous fermez délibérément les yeux dessus et bouchez ostensiblement vos oreilles pour ne pas entendre raison.

Rappelez-vous de ce que nous vous avions dit au siège du Pnud ce jour 16 mars 2006 et au Ministère des Affaires Etrangères en présence de M. Lamine Cissé, représentant spécial de M. Koffi Annan, secrétaire général des Nations-Unies: «…n’attendez pas, Messieurs, que les rebelles soient à 100 km autour de N’Djaména avant de réagir à posteriori… ». C’est exactement ce qui s’est passé, le 13 avril 2006, non pas à 100 km de N’Djaména comme nous l’avions dit, mais en plein centre de la ville de N’Djaména.

7)- «Classe politique zéro, société civile zéro…», tels sont les propos ténus par nombre d’entre vous.

Au lieu de vous contenter d’affirmer gratuitement, sans aucune preuve, qu’il n’y a pas d’hommes politiques capables de remplacer M. Idriss Déby et pas de société civile digne de ce nom, il aurait fallu procéder, avec votre aide, à l’organisation des élections réellement libres, démocratiques et transparentes comme au Burundi, Haïti, Libéria, Comores etc., élections dont sortira un élu afin de mettre définitivement fin à cette guerre qui n’a que trop duré.

Nous vous rappelons que nos propositions pour des élections libres, démocratiques et transparentes comme entre 1956 et 1959 restent et demeurent toujours la seule voie valable pour la résolution de la crise tchadienne. Toute autre solution n’est que cabale, dérobade, subterfuge et saupoudrage pour prolonger sciemment la souffrance des tchadiens (voir annexe ci-joint).

Voici, comment les mauvais conseillers techniques expatriés font basculer le Tchad de la démocratie plurielle dans la dictature sanglante des partis uniques avec les conséquences dramatiques et macabres que l’on sait:

8)- De la démocratie plurielle de 1945 à 1960 à la dictature du parti unique de 1963 à nos jours:

La vie politique au Tchad peut-être partagée en deux périodes. Il y a la période de 1944, année de la conférence de Brazzaville à l’avènement du parti unique. Cette période est marquée par la création des partis politiques et des élections transparentes et démocratiques. Qualifiée de dictature sanguinaire, la seconde période va de l’instauration du parti unique à nos jours. Cette période est marquée par des crimes contre l’humanité, crimes de guerre, génocides, injustices, détournements massifs des deniers de l’Etat, corruption à grande échelle, fraudes massives aux élections etc.

A)- La démocratie plurielle : L’année 1944 marque une nouvelle période, celle de l’allégement, de l’élargissement du poids de la servitude des populations des colonies françaises. La création des institutions démocratiques par la loi-cadre dite loi-Defferre est de nature à faire naître un vent de soulagement parmi la population asservie qui aspire à la liberté et à la démocratie participative.

Pour couper court aux revendications des populations de ses colonies qui l’ont sauvée du Nazisme d’Hitler, la France abolit certaines pratiques jugées rétrogrades : le travail forcé, l’indigénat etc. avant de créer les assemblées locales.

Dans le cadre de ce nouveau contexte caractérisé par la liberté politique, certains partis politiques sont créés tels le parti progressiste tchadien (PPT) par Gabriel Lisette en 1945 devenu la section du Rassemblement démocratique africain (RDA) par Houphouët Boigny à Bamako en 1946 ; l’union démocratique tchadienne (UDT), section tchadienne du Rassemblement du peuple français (RPF) dirigée par Jean Baptiste qui le quitte pour créer le parti socialiste indépendant du Tchad (PSIT) puis le groupement des indépendants et ruraux du Tchad (GIRT) en 1958; le Mouvement socialiste africain (MSA) d’Ahmed Koulamallah en 1947 etc.

Durant cette période, au moins cinq (5) partis politiques se sont affrontés démocratiquement aux différentes compétitions électorales : municipales, territoriales et législatives, dans la transparence totale sans anicroche.

Si l’on observe attentivement les événements durant cette période, on constate qu’il n’y a pas de dérapage politique contrairement aux périodes postérieures. Pourtant les paramètres déterminant les activités politiques sont légion : les partis politiques et leurs organisations, le pluralisme politique, les idéologies, l’influence des religions, le facteur culturel et la société traditionnelle ont été des constantes dans les régimes politiques tant sous la colonisation et depuis l’indépendance politique du pays.

– Une chose est sûre, c’est que les partis uniques n’existent pas encore sous la colonisation, mais les partis politiques en activité durant cette période n’ont pas non plus la même idéologie. Ainsi, le PPT/RDA se réclame du libéralisme et le MSA du socialisme ;
– Pour les partis récemment créés, il est clair qu’il y a la faiblesse organisationnelle, qui pourrait être un handicap pour les leaders et sources de problèmes dans l’activité politique d’alors. Rien n’y fait ;
– Ni l’islam ni le christianisme n’ont été les sources des problèmes politiques sous la colonisation. Ces deux religions ont d’ailleurs précédé la politique dans les colonies ;
– Les poids des structures sociales traditionnelles plus vivaces sous la colonisation qu’à l’indépendance n’a rien fait, c’est-à-dire, n’a pas eu une influence déterminante pendant la colonisation sur les enjeux politiques d’alors. Il en est de même de l’influence de la culture traditionnelle tchadienne sur les leaders politiques pourtant formés à la culture occidentale donc susceptibles d’être en contradiction avec leur milieu.

Malgré la présence de ces facteurs déterminants de l’orientation politique que sont les religions, la société traditionnelle, la culture traditionnelle, la faiblesse organisationnelle des partis politiques, la présence des idéologies politiques, la démocratie plurielle a triomphé sous la colonisation. Alors, pourquoi cette démocratie plurielle n’a pas survécu à la fin de la colonisation ?

B)- La dictature du parti unique de 1963 à nos jours : Les dictatures sanguinaires de Tombalbaye à Idriss Deby en passant par Hissein Habré ont eu un règne sanglant ; leur caractéristique principale c’est d’être des régimes sanguinaires à divers degrés. Qu’est-ce qui explique ce revirement génocidaire, criminel alors que le contexte socioculturel et économique identiques à quelque degrés près est le même que celui qui a prévalu sur le régime colonial ?

1. Régime de Tombalbaye (11 Août 1960 au 13 Avril 1975)

Ce régime comporte deux phases :

a) De l’Indépendance au parti unique (11 Août 1960 au 4 Mars 1962)

Cette phase est caractérisée par un durcissement dès ses débuts par des comportements antidémocratiques néfastes au pluralisme hérités de l’administration coloniale à l’indépendance. Il y a des arrestations massives en 1962 des cadres politiques du Parti Socialiste Indépendant du Tchad (PSIT) de Jean Baptiste qui est lui-même exécuté durant cette arrestation ; annulation de la liste électorale des candidats du partis PSIT ; le leader du PPT/RDA, Gabriel Lisette a été banni tout comme le Député Jacques Nadingar a été empoisonné pour avoir déposé une motion de censure contre le gouvernement de Tombalbaye.

Les mêmes agissements ont perduré durant la seconde phase du règne de Tombalbaye.

b) Du parti unique au coup d’état de 13 Avril 1973

Exacerbation des vexations dues à des exclusions des autres partis des élections législatives par l’institution de la liste unique du PPT/RDA, parti de Tombalbaye ; l’exil de Ibrahim Abacha futur leader du FROLINAT ; enfin une avalanche d’arrestations de nombreux cadres politiques et religieux tous originaires du nord en juillet 1962.

Cette période est marquée par la révolution culturelle, le parti unique et les dérapages politiques sans précédents. Comme si les régimes qui se suivent se ressemblent, le régime Hissein Habré a brillé aussi par ses méthodes sanguinaires.

2. Le régime Hissein Habré (1982 à 1990) :

Caractérisé par une brutalité sans commune mesure contre ses opposants, leurs familles et leurs entourages, il en résulte des massacres, de disparitions à grand échelle avec au moins quarante mille (40 000) morts suite à la répression sans discernement de toute velléité de contestation du régime par l’intermédiaire des membres du parti unique instauré en 1984 ; des éléments de la sécurité présidentielle et les agents de la police politique la DDS.

Devant tous ces crimes, toutes ces arrestations, toutes ces violations de la démocratie commis par les dirigeants tchadiens qui ont pris la relève de l’administration coloniale, on peut se demander pourquoi et comment cela a pu se passer alors que le contexte politique n’a pas fondamentalement changé entre la période coloniale et l’indépendance. S’il y a changement, il est à rechercher du côté humain, des acteurs politiques :

– La culture traditionnelle n’a pas fondamentalement changé la mentalité des dirigeants tchadiens car les moyens de communication : radio, télévision et journaux n’ont pas totalement pénétré les territoires tchadiens.
– Les sociétés tchadiennes bien que connaissant une certaine mutation due à l’économie monétaire, demeurent assez largement communautaire où les valeurs traditionnelles collectives de respect de la valeur humaine, respect de l’autre demeurent vivaces en milieux ruraux majoritaires et sans être prépondérante en milieux urbain minoritaire au Tchad.
– Cependant, certains paramètres ont apparu depuis l’indépendance, il s’agit de la prolifération des partis politiques et surtout des partis uniques ; l’ingérence des religions dans l’arène politique quand bien même que le Tchad est un Etat laïc et la présence des idéologies qui se discutent l’influence au sein des partis politiques. Toutefois, il n’y a pas au Tchad des partis religieux déclarés comme tels et qui pourraient exacerber la lutte politique.

S’agissant des partis uniques qui doivent encadrer les populations, ils ont fleuri durant cette période d’après l’indépendance. Ils sont à l’origine des exactions politiques. Mais ils ne sont pas les seuls. Bien qu’ils favorisent ces exactions, ils sont un cadre idéal, propice aux turpitudes des hommes qui sont à l’origine des exactions tant décriées, des actions injustes et liberticides.

Au demeurant, outre les partis uniques néfastes, il y a un facteur, une donnée permanente, récurrente à tous les régimes politiques dont l’importance semble échapper à la vigilance des analyses politiques : je veux parler des visages «cagoulés» de ceux qu’on appelle «pompeusement» de conseillers politiques qui sont à l’origine des malheurs des pays sous développés. Ils dictent des comportements, conseillent nos dirigeants souvent parachutés au pouvoir. Ils sont des véritables virus des régimes politiques. Ignorant tout de l’organisation sociale du pays, ils plaquent sans discernement les études faites dans un pays A sur un autre pays B avec des méthodes adaptées plutôt aux comportements de l’homo-économecus des sociétés capitalistes évolués qu’à nos sociétés artisanales où la rationalité économique est ignorée.

En conclusion de notre analyse, ce ne sont ni nos cultures, ni nos sociétés traditionnelles quelque peu différentes soient-elles, ni les idéologies politiques et encore moins les religions qui expliquent des tendances génocidaires des régimes politiques actuels. Les explications de la nature de ces déviations criminelles nous semblent procéder de la propension des dirigeants tchadiens à vouloir se maintenir vaille que vaille au pouvoir encouragés, conseillés en cela par des conseillers en col blanc mandatés pour le besoin de la cause. Le cadre idéal pour ces derniers est le parti unique qui permet de manœuvrer sans tempête éventuelle provenant des partis politiques de l’opposition démocratique.

De tout ce qui précède, afin de contribuer au règlement définitif de l’interminable conflit politique qui déchire le Tchad, nous présentons notre plateforme pour les élections transparente au Tchad.

9)- Nos propositions pour des élections transparentes comme entre 1956 et 1960:

Nous rappelons que contrairement aux affirmations gratuites selon lesquelles la démocratie est un luxe pour le Tchad, il y a lieu de rappeler que le Tchad a connu des élections libres, démocratiques et transparentes entre 1956 et 1959. C’est pourquoi, nous insistons sur la transparence des élections pour mettre un terme à cette guerre qui n’a que trop duré.

Pour parvenir, de nouveau, à des élections libres, démocratiques et transparentes, il faut:


1)- Obtenir un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire avec tous les rebelles;

2)- Organiser un dialogue inclusif en y incluant les rebelles;

3)- Parvenir à un accord électoral en vue de l’organisation des élections présidentielle et législatives couplées dans un délai de six (6) à huit (8) mois;

4)- Proroger exceptionnellement de six à 8 mois le mandat d’Idriss Déby;

5)- Accorder une amnistie et une immunité à vie à Idriss Déby pour ses crimes économiques et de sang, génocides, crimes de guerre, crimes contre l’humanité afin de le rassurer;

6)- Idriss Déby peut se présenter à l’élection présidentielle issue de cet accord s’il le veut;

7)- Prendre en compte le recensement général des populations de 1993, le réviser en y incluant ceux qui l’ont pas été recensés à cette époque et pour gagner du temps en dégager la population élective;

8)- Reprendre le découpage électoral;

9)- Supprimer les fiches des résultats au profit du procès-verbal des résultats des bureaux de vote comme seul document à faire valoir devant le conseil constitutionnel;

10)- Constituer les bureaux de vote par les seuls représentants des candidats;

11)- Mettre en place une CENI paritaire (opposition-mouvance présidentielle-société civile) ;

12)- Admettre un représentant par candidat à l’élection présidentielle qui siègera d’office à la CENI. De même, un représentant par parti ou un par groupement des partis politiques ayant présenté des candidats aux législatives et locales.

13)- Accepter trois (3) représentants de la communauté internationale qui siègeront également d’office à la CENI comme témoins ;

14- Supprimer le vote des Tchadiens de l’étranger;

15- Supprimer les quatre jours de vote des nomades en faisant voter ceux-ci le même jour que leurs concitoyens sédentaires;

16- Interdire formellement aux autorités administratives, militaires et traditionnelles de participer aux opérations électorales;

17- Ramener le Conseil constitutionnel à jouer son rôle de juridiction à être saisie par les parties en présence et non une juridiction qui s’autosaisit illégalement comme c’est présentement le cas;

18- Accepter un représentant par candidat à l’élection présidentielle et un par parti ou groupement des partis politiques ayant présenté des candidats aux législatives ou locales à assister aux travaux du Conseil constitutionnel,;

19- Accepter comme témoins trois (3) représentants de la communauté internationale à siéger au Conseil constitutionnel;

20- Faire une stricte application des dispositions pénales du code électoral et des lois subséquentes;

21- La libre publication des résultats du vote au fur à mesure par les médias publics et privés;

22- la supervision des élections présidentielles, législatives et locales par la communauté internationale;


23) Autoriser les promoteurs des téléphones satellitaires à couvrir l’ensemble du territoire par les téléphones satellitaires en se connectant sur satellite ;

24)- Pour la période des élections, recomposer le Haut conseil de la communication comme suit :

– un représentant par parti politique représenté à l’Assemblée Nationale :
– un représentant par candidat à l’élection présidentielle et législatives ou groupe de partis politiques ayant présenté un ou des candidats ;
– un représentant des partis politiques non représentés à l’Assemblée Nationale :
– un représentant de la société civile ;
– un représentant par syndicat des professionnels de la communication.

25)- Le délai de recours sera suffisamment long pour permettre l’acheminement des résultats de tous les bureaux au niveau de N’Djaména.

26)- Une fois les procès verbaux établis et signés par les représentants des candidats au niveau des bureaux de vote, la comptabilisation des résultats se fait uniquement au niveau des Sous-préfectures, étant entendu que les bulletins de vote accompagnés des procès verbaux sont acheminés directement à la Céni à N’Djaména sous bonne garde des représentants des candidats pour la compilation.

27)- Les bulletins de vote, les procès-verbaux établis par les bureaux de vote ainsi que ceux établis par la Céni sous-préfectorale sont acheminés à N’Djaména sous bonne garde des représentants des candidats. Les deux niveaux de la comptabilisation des résultats (bureaux de vote et Céni sous-préfectorale) font gagner du temps et éviter plusieurs niveaux (départements, régions et N’Djaména), source de manipulation des chiffres et des résultats.

28)- Les résultats définitifs sont déclarés au niveau des bureaux de vote. Les Ceni à N’Djaména nationale ne fait que comptabiliser les résultats des bureaux de vote à partir des procès-verbaux sous-préfectoraux etc.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Secrétaire Général, l’assurance de notre considération distinguée.

Le Député Fédéraliste Ngarlejy YORONGAR

Ampliations :

– Son Excellence Monsieur Kinsley Amaning, Représentant du Système des Nations-Unies à N’Djaména;
– Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de l’Union Africaine à N’Djaména;
– Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de l’Union Européenne à N’Djaména;
– Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur des Etats-Unis à N’Djaména;
– Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France à N’Djaména;
– Son Excellence Monsieur le Chargé d’Affaire de la RFA à N’Djaména;
– Au Comité des Sages à N’Djaména;
– Monsieur Pascal Yoadimnadji, premier Ministre, chef du gouvernement du Tchad à N’Djaména


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