L’assassinat d’Addoma Ali et du Sheikh Ibni Oumar refait surface au Soudan et devient un problème d’Etat – 3ème partie (fin)

La crise du Darfour et la fin de l’aventure de deux compères

Dans ce climat mi-figue et mi-raisin, qu’intervient la crise au sein de la mouvance islamique à Khartoum entrainant le DARFOUR dans l’abîme.

Si on résume la situation au Tchad entre les Deby et les nouveaux soudanais à la veille de la crise daforienne, on dira ceci : les hommes d’affaires soudanais n’ont pas la côte auprès du régime soudanais mais ils sont sous la protection bienveillante du pouvoir tchadien, tandis qu’Addoma est de plus en plus repoussé par le clan au pouvoir au Tchad mais il conserve encore le soutien du régime soudanais.

 

Au déclenchement de la rébellion soudanaise, les deux darforiens, Addoma et Sheikh Ibni Oumar, se sont naturellement retrouvés du même côté, c.-à-d. sympathisants de la rébellion pro tourabiste. Géographiquement et politiquement les deux se sentent beaucoup plus proches de la rébellion soudanaise que du régime soudanais dirigé par la branche islamiste anti Tourabi. Les nouveaux responsables soudanais n’ont pas tardé à réagir en demandant à Deby tout simplement de les neutraliser. Le maître d’ouvrage est Idriss Deby, Daoussa Deby et Abderrahmane Moussa sont les maîtres d’œuvre, leur neveu est l’ouvrier, c’est-à-dire l’exécuteur !

Le scenario a été minutieusement préparé par Daoussa et Mr Abderrahmane Moussa, ministre de l’intérieur à l’époque des faits avec la complicité active de Deby. On savait que Mr Addoma était affaibli, d’abord par la mort subite de son principal soutien dont il est le premier responsable de ses affaires à savoir El hadj Adam Yacoub et ensuite la résurgence de la rébellion daforienne dont son service d’origine l’accuse d’être le principal pourvoyeur. On se rappelle aussi que le même Abderrahmane Moussa a présenté au conseil des ministres une liste de 24 personnes dont font partie Addoma et le propre gendre du défunt Ibrahim Mahamat ITNO, le colonel Mahamat Chaouich à expulser à la demande des soudanais. La communauté zaghawa s’est mobilisée pour faire échouer la manouvre qui est en fait sous-traitée par Daoussa. Au fait pourquoi Idriss Deby s’acharne-t-il contre Addoma, alors qu’il n’y a pas si longtemps il ne jurait que par lui : « Sans Addoma, le MPS n’aurai jamais pris le pouvoir» dixit Daoussa Deby. C’est très simple : Daoussa est le bras armé de son frère; leur objectif est de faire main basse sur les 17 millions des dollars que les hommes d’affaires soudanais ont réunis pour financer le Projet Sidigui. Dans leurs subconscients des pauvres à la recherche effrénée d’argent facile, le pétrole de Sidigui ne vaut pas plus de 17 millions US. Cette somme a été déposée en espèces chez Deby au palais « Burkina » avant d’être transférée à la BCC. Il faut donc éliminer les propriétaires du magot et leur représentant qui en connait bien des choses. D’autant plus que le régime soudanais fermerait les yeux et la bouche si jamais les Deby franchissaient ce pas. Depuis lors, Mr Addoma faisait l’objet de beaucoup de chantage de la part de Daoussa Deby. Ce dernier lui a carrément demandé de s’associer d’une manière indirecte à l’exécution de l’homme d’affaires soudanais, sinon il sera expulsé et remis aux nouvelles autorités soudanaises. C’est un piège que Mr Addoma n’a pas su éviter. En effet, on lui a tout simplement demandé de mettre à la disposition de l’équipe d’exécuteurs son chauffeur et son garde de corps. Quand le neveu de Deby, le nommé Hussein Mahamat Tolli et son beau-frère Ahmed Maidé Hangatta ont exécuté le Sheikh en présence du chauffeur qui a reçu la somme de 10 millions de CFA des mains propres de Daoussa, laquelle somme a été récupérée plus tard par Abderrahmane Moussa sur le véhicule du défunt Sheikh Ibni Oumar. Le Commissaire Hassane Togou Djimet a été le témoin par pur hasard de l’assassinat du Sheikh. Il a été assassiné à son tour. Conséquences collatérales. Détail amusant: pour exécuter les sales besognes, les Deby ne mettent jamais leurs propres enfants au-devant de la scène, mais uniquement leurs neveux proches ou lointains, il en fut de même avec l’exécution de Bichara Digui Arou par le fils d’une de leurs sœurs. Le Sheikh est donc assassiné à Farcha, le chauffeur a ramené le corps devant l’immeuble de l’actuel ministère des affaires étrangères où les deux gars affectés par Addoma ont surgi comme dans un film western pour effectuer un simulacre d’assassinat et s’enfuir. Abderrahmane Moussa qui suivait les évènements en direct a surgi pour mettre la main sur le chauffeur et les 10 millions et on lui a fait dire que l’argent lui a été remis par Addoma. La 2ème étape a été confiée au Ministre de l’Intérieur qui a orienté directement et sciemment les enquêtes vers Addoma pour l’accabler; Daoussa Deby ramassa ses clics et claques pour aller se réfugier en Arabie Saoudite pour le petit hadj, après avoir tout manigancé, organisé et planifié, lui qui n’est pas très connu pour être un régulier de ces lieux saints; évitait-il ainsi le dernier regard d’Addoma, l’homme qui lui a été très proche dans tous les domaines et dont il lui doit énormément des choses. Avant de prendre l’avion Daoussa Deby a eu ces mots restés célèbres et qui continuent à résonner lourdement sur les oreilles des proches d’Addoma: « Que vaut la vie d’un petit « Niguili » au Tchad et qui va s’en préoccuper de sa disparition », faisant expressément allusion au fait que le clan d’Addoma est quasiment inexistant au Tchad mais bien représenté au Soudan. A voir!

La suite est connue.

Aujourd’hui c’est du Soudan que l’affaire resurgit. Les mécontents contre El Béchir accusent ce dernier « d’avoir laissé des militants islamistes se faire assassiner par le cupide de N’djaména.». Au niveau des parents, c’est une occasion en or et la mobilisation est générale actuellement. Aidés par les organisations de droit de l’homme et soutenu par les déçus du système soudanais, ils ont engagé des grands bureaux d’avocats au Soudan et en Grande Bretagne pour le suivi du dossier. Les avocats ont commencé réellement leur travail par des enquêtes préliminaires extrêmement discrètes au Soudan et principalement au Tchad où la principale cible est la famille au pouvoir au Tchad. Car les services des renseignements soudanais seraient en possession des deux lettres écrites par Addoma avant son exécution qui contiendraient des détails sur le scenario de l’assassinat du Sheikh et le sien et comment de chantage en menaces directes, Daoussa Deby l’a entrainé dans le complot de l’assassinat du Cheikh. Pour les parents, si Idriss Deby est injoignable, Daoussa Deby ne l’est pas, l’orchestre de tout le scenario est bien à portée de main des justices nationales, internationales et même traditionnelles !

Curieusement une troisième équipe devait se rendre au Cameroun et au Nigéria où le Sheikh a laissé semble-t-il des dossiers et des confidences.

L’opposition soudanaise trouve que Deby et Al-Béchir constituent les deux faces d’une même médaille, le départ de l’un doit entrainer automatiquement celui de l’autre, c’est pourquoi une partie de l’opposition soudanaise installée en Allemagne s’active à ce moment auprès de l’opposition tchadienne en exil.

Abdel Fatah Mohammed Al Tinawi (El Fasher)


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