Sarkozy par-dessus la justice tchadienne ? – L’Humanité

Arche de Zoé . Le président a déclaré qu’il irait « chercher tous ceux qui restent » au Tchad. Il a été contredit par le ministre tchadien de la Justice.

Nicolas Sarkozy, s’agissant de l’Afrique, avait déjà montré en juillet à Dakar (Sénégal) sa propension à prendre les gens de haut. Bis repetita ? Hier, le chef de l’État français a lancé, à propos des six membres de l’Arche de Zoé détenus au Tchad, qu’il irait « chercher tous ceux qui restent, quoi qu’ils aient fait ». Réponse du ministre tchadien de la Justice, déjà très clair dans la presse hexagonale du jour : « Ce n’est pas le président Sarkozy qui décidera. »

Pour se permettre une telle déclaration, alors que des juges tchadiens mènent ces jours-ci les auditions des prévenus, le président français a-t-il déjà conclu un accord avec son homologue, Idriss Déby ? Ou s’imagine-t-il, pour peaufiner son image en France, réitérer un voyage express au Tchad pour ramener dans son avion les six Français, les trois Espagnols et le pilote belge ? Il a reçu, en tout cas, le satisfecit de l’avocat des détenus français, Me Gilbert Collard, en partance pour le Tchad : « C’est la moindre des choses qu’on peut attendre, qu’il aille chercher ceux qu’il a oubliés. » Pour l’heure, l’extradition des bénévoles de l’Arche de Zoé n’est pas à l’ordre du jour. Me Philippe Housseini, avocat de l’État tchadien, a, dans une « mise au point » postérieure aux propos du président français, nié cette possibilité.

« Depuis la visite de Sarkozy au Tchad, l’affaire est passée sur le terrain politique », affirme Massalbaye Tenebaye, président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme, joint par téléphone. Très prudent sur la poursuite de l’action en justice, il note toutefois que cette affaire soulève des « problèmes de fond » : « La France a soutenu Idriss Déby de bout en bout, face à toutes les rébellions, en matière d’argent et d’armement. Aujourd’hui, nos États doivent prendre leur souveraineté. Mais ces États n’ont aucun respect de l’opinion de leurs peuples. Ils n’écoutent que les puissances qui les soutiennent. » Pour autant, poursuit Massalbaye Tenebaye, « est-ce que les autorités tchadiennes tiennent à ce que le procès ait lieu au Tchad ? Il y a eu des complicités tchadiennes à un niveau sans doute élevé ».

À Paris, Antoine Glaser, spécialiste des relations franco-africaines, ajoute : « On ne peut pas d’un côté dire que la justice et les conditions – pénitentiaires sont normales au Tchad et, de l’autre, mener avec la communauté européenne un énorme chantier de réforme de cette justice et de ces conditions pénitentiaires. »

Par ailleurs, les autorités tchadiennes devront faire face à une population remontée. En partie parce qu’Idriss Déby a accusé l’Arche de Zoé, au lendemain de l’arrestation de ses membres, de « trafic d’organes » et de liens avec des « associations pédophiles ». « Ses dénonciations très vives étaient à usage interne, selon l’opposant Mahamat Saleh Ibni Oumar. Mais depuis il a changé de ton, il semble avoir libéré une partie des détenus sous la dictée de la France, ce qui l’affaiblit auprès de la population. »

Malgré les dénégations du gouvernement français, Nicolas Sarkozy a sans doute obtenu des garanties quant au déploiement prochain de la force Eufor, à laquelle l’armée française doit largement prendre part. Pour Antoine Glaser, « ce déploiement, censé sécuriser les camps de réfugiés, devrait rendre plus difficiles les positions des rebelles dans le nord du pays ». Donc rendre service à Idriss Déby. Tout s’arrange.

Vincent Defait

Ils ont osé le dire

NICOLAS SARKOZY, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE :

« J’irai chercher ceux qui restent, quoi qu’ils aient fait (…). Le rôle du président est de prendre en charge tous les Français. » l Le chef de l’État sait-il qu’outre les six membres français de l’Arche de Zoé restés au Tchad, près de 1 800 compatriotes sont détenus à l’étranger ?

ALBERT PAHIMI PADACKÉ, MINISTRE TCHADIEN DE LA JUSTICE :

« C’est les juges qui décident ici, ce n’est pas le président Nicolas Sarkozy qui décidera ce que fera la justice tchadienne. » l L’avenir dira qui de la justice tchadienne ou du président français est le plus souverain.

GEORGES-MARC BENAMOU, CONSEILLER CULTURE ET AUDIOVISUEL DE NICOLAS SARKOZY :

« C’est une formidable nouvelle. » Les salariés des Échos en grève apprécieront ce cri de joie d’un ancien journaliste de cour, saluant la vente de ce journal au groupe LVMH.

FRANÇOIS FILLON, PREMIER MINISTRE DE LA FRANCE (SI, SI…) :

« Il va falloir attacher vos ceintures. » lAvant les grèves du mois de novembre, François Fillon prévient les députés UMP. Les autres n’auront qu’à la serrer… la ceinture.

NICOLAS PERRUCHOT, PORTE-PAROLE DES DÉPUTÉS DU NOUVEAU CENTRE :

« Il est temps que François Fillon revienne sur le devant de la scène. » Pourquoi ? Il a sorti un album ?

BART SOMERS, PRÉSIDENT DES LIBÉRAUX FLAMANDS :

« Je ne mettrai pas ma main au feu qu’on va s’en sortir. On est au bord de la crise institutionnelle. » l Cette histoire belge n’est vraiment plus drôle. Ils ont osé le dire


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