Les avocats de L’Arche de Zoé veulent dépolitiser l’affaire – Le Figaro

Les six Français détenus à N’Djamena continuent de prétendre que la majorité des enfants recueillis par l’association viennent du Darfour.

Une petite troupe de manifestants cerne la voiture de Me Gilbert Collard, l’avocat français de trois des six membres de L’Arche de Zoé, à la sortie de la prison centrale. «Jugement au Tchad, pas en France !» clament les jeunes Tchadiens. L’avocat descend et va vers les manifestants. «Je vous présente mes excuses pour la façon dont l’affaire a été traitée sur le plan politique. Il faut que la parole reste à la justice.» Au bout de quelques minutes, on se serre la main. «Je dois me montrer solidaire de l’humiliation ressentie par les Tchadiens, commente Gilbert Collard. Les déclarations de Nicolas Sarkozy ne nous ont pas facilité la tâche.»

Dépolitiser l’affaire, c’est la volonté du gouvernement tchadien comme des défenseurs. Le président Idriss Déby, obligé de monter au créneau mardi, devrait maintenant se tenir en retrait. Ses propos ne ferment d’ailleurs pas complètement la porte. Estimant que les accusés seront «jugés au Tchad», le président a précisé qu’il n’est plus question d’une extradition, avant d’ajouter : «Pour le moment». De son côté, le ministre tchadien de la Justice, Albert Pahimi Padacké, a affirmé hier : «Il faut que les juridictions française et tchadienne puissent se rapprocher pour donner leur interprétation commune de l’accord. Je ne peux pas exclure d’avance qu’à l’issue de cette interprétation commune elles puissent donner un feu vert à une éventuelle extradition.»

En France, François Fillon a également joué l’apaisement en déclarant hier, sur Europe 1 : «Notre préférence à nous, c’est qu’il y ait un accord entre la justice française et la justice tchadienne pour que les ressortissants français puissent être jugés en France.»

Corsaire de l’altruisme

Des deux côtés, on essaie de rendre le dossier aux juges sans couper les ponts. Me Jean-Bernard Padaré, l’avocat tchadien, se plaint lui aussi de l’intervention française. «Il y avait une possibilité de s’en sortir en requalifiant les faits. Il ne s’agit pas d’un crime mais d’un délit passible de la correctionnelle. Et comme mes clients sont des primo-délinquants, on aurait pu obtenir une condamnation avec sursis suivie d’une libération.» Cette issue est-elle encore possible ? Les avocats ont déposé, hier, une demande de renvoi en correctionnelle. «Il n’y a pas rapt, puisque les enfants n’ont pas été enlevés de force», argumentent défenseurs tchadien et français. La réponse de la justice tchadienne devrait arriver dans quatre ou cinq jours.

Mais les événements de cette folle semaine laisseront des traces. Vieux routier de la défense des droits de l’homme, Me Padaré se sent déchiré entre son respect de la loi et les débordements extrajudiciaires de l’affaire. Contrairement à la majorité de l’opinion tchadienne, il «comprend» le voyage éclair de Nicolas Sarkozy pour récupérer journalistes et hôtesses, «puisqu’ils étaient accusés à tort d’un crime». Mais il «n’approuve pas la méthode». Pour la suite, il envisage toutes les possibilités : «Peut-être que l’on se donne de la peine pour rien. Peut-être qu’ils vont être condamnés à vingt ans, puis extradés et libérés à leur descente d’avion selon ce que j’appelle la “jurisprudence infirmières bulgares


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