Arche de Zoé: "L’Afrique de papa", c’est fini ? – Rue88

L’action de l’ONG L’Arche de Zoé au Tchad et ses retombés diplomatiques ont suscité de nombreuses réactions d’internautes, dont celle d’Ashanti, participante régulière des débats de Rue89, qui nous adressé ce point de vue.

L’humanitaire serait-il le nouveau visage de la mission « civilisatrice » dont se croit investi le monde dit occidental? Les ONG sont-elles les nouvelles vitrines officielles des « bonnes âmes » des pays riches qui y voient l’opportunité de s’acheter un coin de paradis quitte à bafouer volontairement les principes régissant les pays?

L’opération « Arche de Zoé » (dont le nom quasi-biblique laisse pantois) se révèle être à la fois le symbole de ce droit d’ingérence quasi-total que s’octroie une ONG, et des interventions récurrentes de la France dans ses anciennes colonies.

Les humanitaires se rendent dans nos pays munis de laptops dont le prix à l’unité permettrait de nourrir une famille entière pendant toute une année. Ajouté à cela le prix du véhicule tout-terrain dernier cri, -rodé en terrain plus adapté- et le tableau sera complet.

Face à cette débauche de produits de luxe en milieu pauvre, le plus consternant reste cette arrogance toute occidentale d’avoir des réponses à tout et d’apprendre tout aux autres; de fait l’avis des populations locales importe peu, voire pas du tout.

Or le meilleur moyen de régler les problèmes n’est-il pas d’abord d’y associer les populations des pays concernés?

Avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement des structures étatiques, les ONG ont vu leurs ressources doublées et leurs subventions publiques exploser.

Ces budgets faramineux amènent nombre de jeunes diplômés à se porter candidats à des postes de chauffeurs d’humanitaires (dont la rémunération est des plus attractives) alors qu’ils pourraient servir leur pays. Il en résulte une perte énorme pour des états à l’économie exsangue, alors que l’initiative privée devrait y être encouragée.

Plus grave, l’omniprésence d’ONG dans des domaines relevant des pouvoirs publics tel l’éducation ou la santé, dédouane nos dirigeants de leurs obligations envers leurs peuples.

Aujourd’hui éclate un scandale concernant le rapt d’enfants, auquel serait mêlée une ONG française. A l’occasion de la médiatisation de cette opération, on assiste à un retour aux interventions à la « françafricaine » où un Etat –la France– se permet de dire comment un autre Etat –le Tchad– doit mener une procédure judiciaire.

Les pays d’Afrique francophone ont leur droit très largement inspiré de celui de l’ex-puissance coloniale et par conséquent appliquent le principe de souveraineté territoriale.

Mais les autorités françaises, par la voix du premier de leurs représentants, « souhaitent » que les membres de l’Arche de Zoé soient traduits en justice devant une juridiction française.

Pourquoi? Je suis pour le respect du droit et contre toute forme de crime commis contre qui que ce soit. Mais je suis révoltée par ce droit à deux vitesses.

L’Afrique ne serait-elle qu’une zone où la France peut tout se permettre jusqu’à imposer sa loi dans nos pays alors qu’elle refuse aux autres toute enquête impliquant des citoyens français?

Souvenez-vous du bombardement du camp militaire de Bouaké. A ce jour l’enquête est toujours au point mort pour la simple raison que les autorités françaises ont refusé au procureur ivoirien de mener de quelconques investigations sur les lieux du drame. Est-ce parce qu’un juge africain ne saurait mener d’enquête concernant des ressortissants français ? Ou la France chercherait-elle à cacher des choses plus inavouables?

Idem pour les militaires en charge de la surveillance de la Banque Centrale, dont ils n’ont pas hésités à piller les fonds. Cela s’est passé sur le sol ivoirien, ils auraient dû être jugés en Côte d’Ivoire mais du fait de leur rapatriement , il n’en a rien été.

Sommes-nous indépendants depuis près de 50 ans ou toujours des colonies où seule l’autorité française aurait droit de cité?

Si les membres de l’Arche de Zoé étaient rapatriés en France, l’affaire risquerait d’être classée sans suite et vite oubliée. Par respect pour les victimes que sont les enfants, la justice tchadienne ne doit pas se dessaisir de cette affaire au profit d’une juridiction française.

Si la France a le droit de mener des procédures judiciaires sur des ressortissants étrangers commettant des actes délictueux ou criminels sur son territoire, la réciproque semble évidente.

Il ne saurait y avoir de peuple plus humain qu’un autre et auquel il conviendrait d’appliquer une autre justice.

Ashanti


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