La douane, le grand bazar

Dans le Debyland, il y en a un qui faisait la Une par ses frasques. Après avoir porté son dévolu sur la ville d’Ati où les habitants ne savaient où mettre la tête, il a élu domicile depuis un certain temps à N’djaména. Le trublion du Debyland faisait la migration d’un service à un autre au gré des humeurs de son grand frère. Vous l’auriez imaginé, il s’agit bien évidemment de Saleh Deby. Son avant-dernier poste était la direction de la fiscalité pétrolière où il faisait la pluie et le beau temps. C’était aussi sa pompe à essence, pardon sa pompe à argent. Mais les chintoques, source de malheur de certains, ne pouvaient rester tranquilles, ils mirent en marche dans des délais record la raffinerie de Djarmaya. La fameuse direction de la fiscalité pétrolière s’assécha comme la mare d’une mauvaise saison des pluies. Aucune citerne ne pointait aux frontières du Tchad, à l’exception de quelques une  dans la ville de d’Adré, mais ce qui lui tombait entre les mains après le siphonage intermédiaire était trop faible pour lui permettre de faire face à son train de vie. Alors il commença à lorgner vers la direction générale des douanes. Des rumeurs savamment distillés commencèrent en son temps à courir dans la ville et bon nombre des personnes considéraient cela comme un bluff. Mais c’était tout simplement méconnaitre le Debyland.

A la surprise générale, un décret nommant Saleh Deby comme directeur général tomba un beau soir à la télévision tchadienne coupant le souffle à bien des avertis ! Notre fameux Saleh accompagné de sa cour, passa prendre service en tenue d’un chef traditionnel.  Il annonça sa couleur d’entrée de jeu, en disant à qui veut l’entendre qu’il n’a qu’un seul chef, c’est son frère qui l’a mis là pour mettre de l’ordre. Le ministre des finances chuchotant à l’oreille de certains que ce choix n’est pas le sien, est en train d’avaler des couleuvres à en vomir. Au passage, ce pauvre ministre était entouré par un trio composé du secrétaire d’Etat au budget, du trésorier payeur général (communément appelé TPG) et du directeur général des douanes.  Avec le premier, la collaboration a fini presque par une bagarre dans son bureau. On vous en passe de l’envolée des mots du secrétaire d’Etat, frisant l’indécence.  Pour celui-là, Deby s’est trouvé obligé de mettre fin à ses fonctions. Les deux autres n’ont qu’un seul chef, c’est Deby. Le second, le TPG, appelé en catimini, le fou, par ses agents, n’agit qu’aux ordres de Deby, avec qui il fait le point de la trésorerie et des paiements à effectuer chaque matin. Le ministre est là pour s’exécuter. Le pauvre ministre a tellement bien appris la leçon qu’il prend ses instructions auprès du TPG pour tout paiement.

Et le troisième alors ? Le prince autoproclamé (depuis que son grand frère s’est décrété sultan), après sa prise de fonction, passa son temps à arranger le bureau à son goût.  Un prince ne peut pas utiliser des meubles utilisés par tant des tartempions ! Ceux qui sont pressés de dédouaner leurs marchandises peuvent attendre. Mieux, il a ajouté une salle d’attente où on ne trouve que les fameuses dames de son bureau de soutien le « Baobab » qui sont chargées de lui préparer du thé, lui apporter le repas. Le prince doit être dans l’ambiance de son bureau de soutien, à chacun ses bouffons. Pour   accéder à ses bureaux, il faut se réveiller tôt. Mais là n’est pas le problème, pour y entrer, il faut se déchausser!!

Vu l’ambiance qui règne, bon nombre des douaniers imbus de leur personnalité ne sont pas venus lui présenter les civilités. Notre prince passa son temps à faire le décompte. Un beau matin, un décret mettant définitivement fin aux fonctions de certains ou reversant d’autres à la fonction publique tomba NET. Depuis quelques temps, c’est le branle-bas chez les douaniers sanctionnés où chacun va de ses commentaires.  Certes notre fonction publique est ce qu’elle est, mais alors que ferait ce beau monde dont la majorité ne sait ni lire, ni écrire, sauf à compter les sous.

Côté cour, chez notre prince, le dédouanement, c’est à la tête du client. Il y a ce qu’il faut verser dans les caisses de l’Etat et ce qu’il faut remettre aux intermédiaires attitrés, qui à la fin de la journée font le point de leurs recettes loin des yeux curieux. Les laoukoura et autres qui sont chargés d’appliquer les textes s’arrachent les cheveux, car notre bonhomme les ignore. Et gare à celui oserait le lui rappeler. Chacun regarde le ciel en espérant une délivrance sans dégât.

Il faut comprendre que mettre de l’ordre chez le Debyland, c’est humilier et se servir!!

Correspondance particulière


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