Tchad: la justice refuse la libération des membres de l’Arche de Zoé – Afp

L’espoir d’une libération prochaine s’est envolé mercredi pour les six Français de L’Arche de Zoé incarcérés à N’Djamena, avec le rejet du juge de leur accorder une mise en liberté provisoire, alors qu’une violente manifestation anti-française a secoué la capitale tchadienne.

« Eu égard à la gravité des faits, la mise en liberté provisoire des inculpés risque de nuire à la manifestation de la vérité et à l’ordre public », a estimé le juge d’instruction chargé de ce dossier controversé, cité par une source judiciaire.

Le juge souligne que « les dépositions des parties civiles ne sont pas encore reçues » pour asseoir sa décision, selon cette source.

Les avocats des six Français vont faire appel de ce rejet, a annoncé un de leurs défenseurs, Me Gilbert Collard, qui a souligné qu’à cette occasion « la décision souveraine d’un juge a pu s’exprimer ».

Une polémique avait surgi au Tchad sur l’indépendance de la justice à l’égard du pouvoir lors des libérations de onze des 21 inculpés dans cette affaire.

Les onze libérés sont trois journalistes français, sept membres espagnols de l’équipage d’un avion affrété par l’association pour transporter 103 enfants d’Abéché (est du Tchad) en France et un pilote belge ayant convoyé les enfants de la frontière tchado-soudanaise à Abéché. Ils ont regagné leurs pays mais restent inculpés au Tchad.

Les six membres de l’organisation Arche de Zoé sont inculpés d’enlèvement de mineurs et escroquerie. Trois responsables tchadiens, inculpés de complicité, ont vu également leur requête rejetée. Un quatrième n’avait pas déposé de demande de mise en liberté. Tous restent incarcérés à N’Djamena.

Cette décision du juge, initialement attendue mardi, a été rendue alors que la capitale tchadienne a été secouée par une manifestation anti-française d’une ampleur et d’une violence inégalées jusqu’à présent.

Plus d’un millier de manifestants se sont rassemblés sur la place de l’Indépendance au coeur de la ville. Jusqu’à présent les manifestations contre « les agissements de L’Arche de Zoé » ne rassemblaient que quelques dizaines de personnes devant le palais de justice, lors des auditions des 21 inculpés.

Pendant plus de deux heures, certains manifestants, des jeunes très mobiles sur des motos, ont parcouru le centre-ville en lançant notamment des pierres sur des véhicules dans lesquels se trouvaient des Occidentaux.

Lors du rassemblement, les manifestants ont brandi des pancartes souvent hostiles au président Français Nicolas Sarkozy, sur lesquelles étaient inscrits: « Sarko voleur, hors du Tchad », « Sarkozy, un célibataire ne peut diriger un pays », en allusion à son récent divorce, ou encore « non à l’esclavagisme, police et justice complices ».

Ils ont également scandé des slogans comme: « A bas Sarkozy », « la traite négrière c’est fini », « le Tchad est indépendant depuis 1960 ».

Le gouvernement tchadien, qui avait déployé des forces anti-émeutes intervenues avec des gaz lacrymogènes pour disperser le rassemblement, a condamné « fermement » « l’attitude irresponsable » des manifestants qui se sont attaqués à des Occidentaux.

Dans une déclaration, il a demandé « à ces agitateurs d’y mettre fin immédiatement ».

Il a rappelé qu’il avait aussi réclamé « aux forces de sécurité (…) de veiller à la protection et à la sécurité de tous les expatriés qui vivent et circulent légalement dans le pays ».

Paris, qui dispose d’un dispositif militaire au Tchad et notamment à N’Djamena, s’était inquiété de la violence de la manifestation recommandant à ses ressortissants d’observer une « prudence renouvelée » dans la capitale tchadienne.


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