Situation trouble généralisée dans le Dar Tama

Deby a crée intentionnellement une situation confuse, trouble, et d’insécurité généralisée dans le Dar Tama.

Quelques rappels. Le Dar Tama est une région frontalière au soudan habitée majoritairement par le groupe ethnique agriculteur Tama et assimilé. Depuis les sécheresses des années 70 et 80, les populations semi nomades du BET et du Biltine se sont massivement installées dans cette région.

Outre les conflits habituels entre les agriculteurs et éleveurs, les populations immigrées ont eu des comportements d’envahisseurs et d’occupants vis-à-vis de la population autochtone avec la connivence de l’administration dont les chefs appartiennent généralement aux différents groupes ethniques des populations allogènes. La révolte des populations autochtone suivie de la création de l’ANR, RDL et FUC, fut la conséquence logique de cette situation.

En se réconciliant avec Mahamat Nour, Deby cherchait à pallier à deux problèmes : 1) s’en servir des troupes de Mahamat Nour pour combattre la rébellion tchadienne et 2) chasser les populations allogènes qui sont aux yeux de Deby les supports de la rébellion. Et Deby conclu avec Nour deux accords, l’un confidentiel, non écrit, qui confie à Mahamat Nour l’administration complète de la région de Dar Tama et la mise aux pas des populations allogènes, si besoin les faire repartir vers leurs régions d’origine. Le second accord est officiel et est juste pour la consommation intérieure et extérieure et reprend les termes habituels de ces genres d’accord sans suite que Deby signe avec tous les ralliés. Cela explique pourquoi les forces de Nour n’ont pas été désarmées, ni redéployées, moins encore brassées dans l’ANT. Cela explique aussi les nombreux affrontements entre les populations allogènes et les éléments de Nour, suivis des nombreux morts de deux camps.

Aujourd’hui, la situation est explosive, l’insécurité est généralisée. Les éléments de Nour viennent de franchir un pas supplémentaire dans leur volonté de nettoyer « leur région ». Ils viennent de déclarer ne reconnaître aucune autre autorité dans le Dar Tama que celle de Mahamat Nour ; que les autorités administratives et militaires doivent quitter la région. Tous les éléments de Nour qui ont été déployés à Adré et à Mongo, en renfort de l’ANT, sont rentrés précipitamment à Guéréda sans l’avis des autorités de l’ANT ; la ville de Guéréda est passée sous l’autorité des éléments de Nour, le préfet ayant été séquestré. Les autorités militaires et civiles ont quitté la ville et se sont refugiés dans les grottes environnantes. Pendant ce temps, les populations allogènes se regroupent en milices d’autodéfense ; déjà, plus de trois camps de plus de 100 personnes se sont constitués. Les affrontements de la semaine ont fait plus de 60 morts et des dizaines des blessés de deux cotés.

Ce matin du samedi 3 mars 2007, s’est tenue une réunion entre les éléments de Nour et les officiers supérieurs de l’ANT, mais la réunion s’est terminée en queue de poisson. Les éléments de Nour refusent de dialoguer, leur exigence est unique : le remplacement de toutes les autorités civiles et militaires par les éléments de Mahamat Nour, conformément à l’accord confidentiel conclu entre Nour Deby.

Deby qui a été convoque par Kadhafi pour rencontrer l’opposition armée, est rentré à N’djamena le vendredi tard dans la soirée, très irrité, après avoir entendu le mot « table ronde » de la part de son mentor. Il vient d’atterrir à Abéché. Il a plusieurs choses à faire : 1) demander aux populations allogènes regroupées en milices d’autodéfense, de se disperser, brassant quelques pétrodollars, 2) calmer sa propre armée qui commence à se demander si Mahamat Nour doit être traité comme un rebelle ou un allié, surtout que les parents de certains chefs de guerre de Deby, font partie des victimes des affrontements de la semaine , 3) mettre au pas les éléments de Mahamat Nour et enfin 4) en finir définitivement avec la rébellion de l’est.

Vaste programme.

Correspondance particulière depuis Abéché.


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