Arche de Zoé: A Abéché, l’enquête se poursuit pour identifier les enfants – Afp

Parallèlement à l’enquête judiciaire en cours à N’Djamena dans l’affaire de L’Arche de Zoé, l’enquête sociale se poursuit à Abéché (est) pour déterminer l’identité de chacun des 103 enfants que l’association française a tenté d’emmener du Tchad en France.

« Une trentaine de parents se sont présentés pour récupérer leurs enfants », a indiqué à l’AFP le procureur d’Abéché (700 km à l’est de N’Djamena) Hamad Daoud Chari, qui a diligenté cette enquête sociale.

L’identification des enfants est longue et les moyens limités. « Il y a beaucoup d’enfants de moins de cinq ans », explique Honoré About, responsable du Centre social d’Abéché et chargé par le procureur de cette fastidieuse enquête.

De plus dans cette région, certains enfants sont connus et appelés par des surnoms et ne connaissent pas leurs noms officiels, ajoute-t-il.

Quant aux parents, « ce sont des villageois, ils n’ont ni pièce d’identité, ni acte de naissance », explique Hamad Daoud Chari. Pratiquer des tests ADN? « Le Tchad n’en a pas les moyens », lance le procureur avec le sourire.

Tout est donc affaire d’observation. Dès le premier jour, Honoré About a remarqué une « grappe » de 13 enfants inséparables et a supposé un lien entre eux. L’identification a permis de montrer qu’ils venaient tous de Tiné, localité de la frontière tchado-soudanaise.

Il a ensuite observé les « groupes d’affinités » qui se créaient entre les enfants.

Côté parents, « quand une personne se dit père ou mère d’un enfant (…) on l’amène à l’orphelinat, on le met dans un coin et on fait entrer les enfants. Si un enfant se jette vers cette personne, ça veut dire beaucoup de choses », explique le procureur.

D’ores et déjà « 65 enfants ont été identifiés et leur identité vérifiée », explique Honoré About. C’est-à-dire que sont désormais connues avec certitude l’identité de ces enfants et celles de leurs parents. Plusieurs enfants sont issues d’une même fratrie.

L’identité de 18 autres est connue, mais pas encore celle de leurs parents, ajoute-t-il, tandis que cinq enfants ont été reconnus par des villageois qui disent les connaître mais n’ont pas été capables de les identifier précisément.

Selon lui, ces 88 enfants sont Tchadiens et une majorité d’entre eux est originaire de la région d’Adré, frontalière du Darfour (ouest du Soudan).

L’Arche de Zoé, dont six membres sont inculpés d’enlèvement de mineurs et incarcérés à N’Djamena, présentait les enfants comme des orphelins du Darfour nécessitant une évacuation sanitaire.

Seuls quinze enfants restent à ce jour non réclamés par un parent. « Peut-être sont-ils Soudanais », se demande le procureur d’Abéché. Ont-ils été récupérés par l’association au Soudan, ou dans l’un des camps où s’entassent 200.000 réfugiés soudanais du Darfour dans l’est du Tchad, mais aussi des déplacés tchadiens de la zone frontalière?

Plusieurs plaintes ont été déposées côté soudanais, selon le procureur. Une délégation soudanaise se trouvait ces derniers jours à Abéché où elle a visité l’orphelinat pour essayer d’identifier des enfants soudanais.

« La restitution des enfants à leurs parents demandera encore du temps », estime le procureur. « Il faut d’abord en finir avec l’enquête sociale. Les enquêteurs doivent descendre dans les villages », pour d’ultimes vérifications.

« C’est le juge d’instruction de N’Djamena qui décidera » du moment d’une éventuelle restitution des enfants à leurs parents et le comité de crise mis en place à N’Djamena sous l’autorité du Premier ministre aura son mot à dire, selon le procureur.

En attendant, les enfants continuent de jouer dans l’enceinte de l’orphelinat d’Abéché, loin de chez eux.


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