Arche de Zoé: aux pleurs ont succédé les rires, à l’orphelinat d’Abéché – Afp

Après les pleurs des premiers jours, les rires et les cris des jeux d’enfants emplissent désormais l’orphelinat Bakan Assalam d’Abéché, principale ville de l’est du Tchad, où sont hébergés les 103 enfants que l’association L’Arche de Zoé a tenté d’emmener en France.

«Au début, c’était difficile. Ils pleuraient beaucoup car ils manquaient d’affection, mais maintenant ça va», assure Habsita Bourma, responsable adjointe du Centre social d’Abéché. Dans ses bras, s’est blotti le benjamin du groupe, âgé d’à peine 14 mois, qui refuse d’en descendre.

Le plus âgé a seulement neuf ans. Les 81 garçons sont séparés des 22 filles. Tous sont assis sur des nattes posées sur le sol sablonneux, à l’ombre des auvents de paille qui protègent du soleil brûlant de la région. Plusieurs portent au cou des amulettes de cuir, courantes dans la région.

«Ce sont les filles qui ont demandé à être séparées des garçons, pour être tranquilles», tente de faire croire un volontaire de la Croix-Rouge tchadienne.

Ces volontaires vêtus d’une chasuble blanche frappée du symbole de l’organisation surveillent les enfants et tentent de les distraire en veillant à limiter le chahut.

Des petits groupes se sont formés. Certains jouent sagement, d’autres se chamaillent, vite rappelés à l’ordre. Quelques-uns sont isolés.

Les seuls jouets visibles sont quelques cubes de bois colorés, que se partagent quelques privilégiés. D’autres ont fabriqué leurs propres jouets, comme ce garçonnet arborant fièrement des lunettes fabriquées avec soin à l’aide de fines tiges de bois souples.

L’arrivée de journalistes crée une excitation joyeuse. L’air sérieux, une gamine prend la pose pour un photographe.

Deux fois par jour, les enfants se retrouvent sur le terrain de football de l’orphelinat. Dans un nuage de poussière, les garçons se partagent, non sans accrocs parfois, quelques ballons souvent monopolisés par les plus âgés. Les plus jeunes observent de loin, tandis que les filles jouent sagement assises avec des volontaires de la Croix-Rouge.

Le soir, c’est la séance de télévision, explique Habsita Bourma.

L’orphelinat, géré par la Mission protestante franco-suisse, accueille traditionnellement une quinzaine d’enfants maximum, souvent victimes de problèmes de santé. Il dispose de couveuses pour les prématurés, d’une pouponnière et d’une école maternelle.

Il a dû faire de la place et ralentir ses activités traditionnelles pour accueillir les 103 enfants, à la demande du Centre social d’Abéché dont il est le principal partenaire.

Soixante-cinq enfants ont déjà pu voir leurs parents, venus les reconnaître et les réclamer. D’autres ont été identifiés par des notables de leur village d’origine. Seuls quinze d’entre eux n’ont pour l’heure pas été réclamés et restent anonymes.

Dans l’attente d’ultimes vérifications et d’une décision de la justice et du gouvernement, tous restent à l’orphelinat.

Ceux qui ont vu leurs parents «ne sont pas très contents» de devoir rester ici et ont du mal à admettre la situation, reconnaît Habsita Bourma.

Comme Abakar Mahamat Adam, qui dit ne pas connaître son âge et est en permanence escorté de son petit frère. Il peine à comprendre l’enchaînement d’événements qui l’ont conduit ici et les raisons qui l’y maintiennent.

«Des Blancs nous ont emmenés ici. Ils disaient qu’ils allaient nous emmener à l’école», raconte-t-il, un peu perplexe, en langue locale à un journaliste de l’AFP.

Son père est venu, se réjouit-il, mais il se languit de rentrer dans son village du Tchad, proche de la frontière soudanaise.

«Ici, c’est bien», résume-t-il, mais «là-bas c’est mieux».


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