Interview: Gali Ngoté Gata: «Je continuerai à me battre pour la démocratie au Tchad» – RFI

Il avait été condamné à un an de prison pour le braconnage de  phacochères dans le sud du Tchad. Le député d’opposition Gali Ngoté Gata  a été libéré, mardi 25 avril à Moundou, après deux mois de détention. A sa sortie  de prison, l’opposant tchadien réagit au micro de Christophe  Boisbouvier. Gali Ngoté Gata est député de l’UFD, l’Union des forces démocratiques.

 

RFI : Gali Ngoté Gata, quelle est votre première réaction à cette décision de la justice tchadienne ?

Gali Ngoté Gata : La joie de retrouver la liberté, le plaisir de constater que tous les juges ne sont pas pourris, et enfin un réel plaisir pour toutes les solidarités qui se sont exprimées à travers le monde et en particulier au Tchad. C’est ce qui m’a vraiment aidé à supporter cette détention pénible.

RFI : Cette détention depuis le 4 mars, comment s’est-elle passée justement ?

G.N.G. : J’ai connu deux phases. La phase de Sarh (dans le sud du Tchad, ndlr) où j’étais vraiment en insécurité. J’ai été arrêté le 4 mars et j’ai connu une nuit dramatique à la maison d’arrêt. Le procureur de la République lui-même a reconnu que j’étais en insécurité. Il a dû me confier à la gendarmerie en attendant que je passe en appel à Moundou. A Moundou, j’étais plus en sécurité, ça m’a permis de recevoir la visite de mes collègues députés, mes amis, mes parents. Et cela m’a aidé à supporter la détention.

RFI : Vous avez été mieux traité à Moundou qu’à Sarh. Vous avez vraiment senti qu’à Sarh, votre vie était en danger ?

G.N.G. : Oui. Déjà à l’entrée de Sarh, on a menacé de me tirer dessus quand j’ai traversé le bac de Libongo. Ensuite dans ma cellule, j’ai eu les visites de cinq gardes nomades qui voulaient m’arracher mon téléphone. Ça a failli se terminer dramatiquement, dans la mesure où un garde national a cru bon de dégainer son pistolet. Ensuite, j’ai connu des tentatives d’empoisonnement alimentaire. Heureusement qu’un gendarme m’a prévenu qu’il ne fallait pas consommer cette nourriture. Bref, je n’arrivais pas à connaître une situation vraiment sécuritaire.

RFI : Vous le disiez, il y a eu une forte mobilisation au Tchad et à l’étranger en votre faveur. Est-ce que cela vous a surpris ?

G.N.G. : Oui, dans la mesure où nous ne pensions pas qu’il allait y avoir cette levée de boucliers et cette solidarité transversale, surtout à travers le Parlement où mes collègues députés de tous bords ont exprimé leur solidarité. Le fait aussi que des pétitions aient vu le jour avec des milliers de signataires en peu de temps, avec la solidarité des structures religieuses, que ce soit chrétiennes, musulmanes ou traditionnelles, cela montrait que la question préoccupait beaucoup les Tchadiens. Vraiment, je les remercie pour cette solidarité là.

RFI : Le 4 mars, c’est à la suite de la découverte de carcasses de phacochères, dans le coffre de votre véhicule près de Sarh, qu’on vous a arrêté et condamné pour corruption et complicité de braconnage. Quel est le fin mot de l’histoire ?

G.N.G. : C’est drôle de le dire, mais on n’a pas trouvé de carcasses. Lorsque le véhicule est arrivé à ma position, à 75 kilomètres du lieu où le fameux agent des eaux et forêts avait constaté effectivement la présence de ces carcasses, bref lorsque le véhicule est arrivé, il était vide, sans aucune preuve. Même quand l’huissier de Sarh a essayé de faire un constat, je me souviens de ses termes : « les deux morceaux de viande trouvés sont dans un état d’assèchement avancé et ne peuvent pas constituer de la viande boucanée de fraîche date ». On a assisté à une véritable volonté de monter une affaire de braconnage pour que j’en paye le prix.

RFI : Est-ce que vous voulez dire qu’il y a une main politique derrière votre mésaventure ?

G.N.G. : Je ne peux pas dire qu’il y a une main politique en haut lieu, mais au moins sur le plan local. La personne qui a été la première concernée dans cette affaire est quand même le secrétaire général adjoint du parti au pouvoir, sur le plan du département. Chose que je ne savais pas. Ensuite, qu’il y ait des accointances avec la police politique du régime, là aussi je l’ai appris à mes dépens. Donc si sur le plan de la haute hiérarchie de l’Etat, il n’y a pas de preuves évidentes, sur le plan local cela a été une catastrophe. Il faut constater effectivement que le politique a beaucoup joué.

RFI : Gali Ngoté Gata, vous êtes dans le même groupe parlementaire que Saleh Kebzabo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau. Est-ce qu’il peut y avoir un lien entre votre affaire et  la procédure de levée de l’immunité parlementaire qui a été lancée il y a trois mois contre lui ?

G.N.G. : Moi, je n’y trouve pas de lien direct, mais je sais que quand le président Saleh était concerné par cette affaire, je défendais ce dossier dans le groupe. Donc je pressentais déjà, par toutes ces pressions de l’époque, que j’allais être certainement la deuxième personne prise dans la nasse. J’aurai compris que l’opposition est vraiment dans l’œil du cyclone. Ce n’est pas seulement à Saleh et à Gali qu’on en veut, on voudrait réduire au maximum le rôle d’une opposition dans le jeu politique tchadien.

RFI : Vous avez connu la prison sous l’ancien président Hissène Habré il y a 22 ans. Vous venez de passer à nouveau deux mois en prison. Est-ce que les choses ont changé en 22 ans ?

G.N.G. : Sous Hissène Habré, encore, j’agissais ouvertement contre la dictature, donc je faisais des tracts et je ne m’en cachais pas. Qu’on m’ait arrêté, c’était une question d’expression de mes libertés et je l’assumais. Mais ce que je n’arrive pas à concevoir dans le système actuel, c’est qu’on dit que c’est une démocratie, un processus démocratique, et on ne veut pas accepter la pluralité des voix, la pluralité des expressions. Ce n’est pas comme ça qu’on peut construire un pays. Il faut que les Tchadiens se battent pour consolider le pays dans un cadre de processus démocratique. Et je continuerai de me battre aussi.


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  1. NADJITOLBA

    L’Éternel notre Dieu, Le créateur des cieux et de la terre, l’Omniscient, l’Omnipotent et l’Omniprésent est lui – même la Justice. Il a dit dans sa parole et je cite: « À MOI la Vengeance, à MOI la Rétribution, dit L’ÉTERNEL » Romains 12:20. Yom soual ngay yardja nan a kwani assamon semé, dira aussi le feu Talino Manu…