Les Brèves de N’djaména: La descente aux abimes des Itno, quelles leçons en tirer ?

Au moment où des missions sont dépêchées partout à travers tout le pays pour mettre hors d’état de nuire tous les comploteurs et leurs complices ou supposés tels, il est très difficile, voire prématuré, de tirer quelles que conclusions que ce soit au risque d’être démenti par des évènements futurs. Aussi il serait intéressant de faire une gymnastique intellectuelle pour éclairer l’opinion sur l’impact des complots et contre-complots vrais ou imaginaires que vient de vivre le pays pendant presque plus de deux mois à la filée.

Il faut d’abord et avant tout remercier le Tout Puissant d’avoir épargné le Tchad d’une catastrophe sans mesure, en effet les Itno,  à l’instar d’un Sanogo au Mali, ont failli inconsciemment précipiter le pays dans le chaos total. Toutes ces tentatives contre le système despotique de Deby  sont en effet l’œuvre des différents cercles du clan, animés par des gamins, analphabètes de surcroît, arrivés au sommet de la structure militaire uniquement par le fait du prince et ce, aux mépris de toute la logique administrative régissant un Etat de droit au 21ème siècle. Mr Deby ayant banalisé et caricaturé les symboles et les signes extérieurs de l’Etat, caporalisé l’administration que tout va-nu pied venant tout droit de son bled rêve d’être Président de la République et pense le devenir pourvu que quelques parents et courtisans le soutiennent dans son aventure.

On savait que depuis plus de 5 ans, il s’est créé  une fissure profonde  entre la communauté Béri et les Itno soutenus par le système et ses prébendiers. Mais Deby se sentant plus fort après l’effritement de l’opposition politico-militaire au Darfour,  a poussé le zèle d’accaparer le pouvoir traditionnel de Dar Bilia en destituant son propre demi-frère et en éliminant le fils de ce dernier  lequel fils considéré le plus téméraire et le seul qui puisse porter un coup fatal à Deby. Cet acte a jeté les bases d’une friction interne qui s’est accentuée davantage par la présence omnipotente de Hinda  dans les affaires de l’Etat. Incapable de régler des questions banales de famille, Mr Deby a adopté la politique d’autruche  et une fuite en avant en fomentant des coups les uns contre les autres au sein même de sa propre famille en utilisant tantôt Salay contre la branche Deby et tantôt le général Hamada contre celle de Mahamat Itno.

Les extravagances d’une Hinda ambitieuse  au top de sa gloire ont inversement créé un semblant de cohésion familiale autour de Daoussa, Haiga et Abderrahim. Il s’est dégagé alors un consensus pour écarter Deby et le faire remplacer par Sougour Youssouf, ce scénario permet d’avoir l’adhésion d’un Hamada viscéralement hostile à Abderrahim et son frère Ousman qui ont sérieusement travaillé pour leur propre compte ; or plus de 90% de la communauté Béri ne veut plus entendre encore parler de la famille Itno après Deby préférant par défaut n’importe quel autre tchadien ; c’est pourquoi un autre groupe des jeunes de la même espèce s’est approché de Hamada en lui faisant savoir que le scénario Itno est intolérable  dans le milieu Béri et qu’après Deby la majorité silencieuse réagira violemment contre les Itno, il serait donc préférable que Hamada s’allie à eux  pour le départ du despote.

Résumons les contours sociologiques et géographiques de ces deux groupes. En fait tous les deux groupes, à des degrés divers, ont évolué sous le sillage d’Abderrahim et de Hamada pendant qu’ils occupaient des plus hautes responsabilités au sein de l’armée. Ce sont donc généralement  des jeunes qui ont commencé à étudier soit chez l’un ou chez l’autre et qui ont interrompu leurs études en faveurs des affaires maffieuses lucratives, ou des militaires  propulsés arbitrairement tant du point de vue grade ou promotion professionnelle  par l’un ou l’autre et qui sont restés redevables vis à vis d’eux. Ces jeunes recrues d’Abderrahim et de Hamada  appartiennent générale à des milieux « modestes » et vouent une haine viscérale vis-à-vis des anciens (cadres civils comme militaires Béris) et de grandes familles. C’est pourquoi on remarque l’absence totale dans ces manigances toute la gamme des anciens géneraux  Béris(MSkaya, H. Djerbo, F. Bakay, Kereinkeino, T. Tounissi. . . . ) de même de tous les cadres civiles qui sont considérés à tort ou à raison par eux comme les obstacles à leurs fulgurantes ascension , et inversement les autres cadres civils et militaires  Béri n’ont jamais eu de sympathie pour ces groupuscules et n’ont jamais cherché le salut de ce côté non plus.

Deuxième constatation,  ces jeunes pensent que le centre du monde se trouve entre Abderrahim et Hamada, en ce sens qu’ils ne tiennent compte d’aucune autre opinion d’où qu’elle vienne et ne pensent pas qu’il peut y avoir une contestation nationale ou communautaire à leur manœuvre surtout qu’ils sont bien équipés en matériel militaire et disposant des moyens financiers-fruits des pillages tout azimut des biens de l’Etat.

Le ralliement de Hamada au deuxième groupe qui tournerait autour de l’ancien ministre de transport a créé des fissures dans le dispositif de l’opération. Contrairement au 1er groupe qui comprend presque tous les milieux Béris, le deuxième groupe se concentre autour de quelques clans bien connus de Bilia.

En résumé l’opération a fait flop et Deby a sorti son arsenal répressif pour sévir à tout vent ; mais jusqu’à quand ?  Et quelle conclusion il faut en tirer ?

-D’abord l’échec de cette aventure est un salut pour le pays ; ensuite la communauté qui est certes en rupture de ban avec Deby mais  n’a aucune sympathie envers ces groupes qu’elle considère comme  des aventuriers inconscients.

-plus que jamais Deby est fragilisé, affaibli, vulnérable et à découvert. Autant sa famille a été nocive pour le pays autant elle a été d’une protection sans faille.  Débarrassé de sa famille paternelle, Deby essaie de s’approcher de sa famille maternelle qui l’a royalement méprisée et ignorée pendant des décennies ; il tente aussi à coup de C.F.A. de récupérer  d’autres désœuvrés dans d’autres milieux, cependant personne n’oublie le caractère volage de Deby : plus il vous étreinte plus il vous étouffe, et vous jette par la suite comme du citron pressé. Dans ces conditions personne ne prendra le risque de s’allier à lui au prix de sa vie, d’autant plus que, malgré l’avortement du complot les actions individuelles de vengeances ne sont pas à exclure. Malgré le dispositif sécuritaire élaboré par ses enfants  pour lui et autour de lui, Deby n’est nullement à l’abri d’une mauvaise surprise.

Il est entendu que ce climat de ni guerre ni paix avec sa propre famille ne peut perdurer pour longtemps. Pour ce faire, Deby a deux alternatives : la première, la plus plausible, consisterait à la fin du ramadan de réunir à Amdjaress toutes les branches de sa famille à laquelle prendront part tous les clans de la communauté Béri pour une réconciliation familiale. On aura fait que reporter le problème.

La deuxième alternative qui serait la plus saine et la plus salutaire pour le pays mais presque improbable, c’est celle qui  consiste à organiser un forum de réconciliation nationale avec toutes les forces de l’opposition de l’intérieur comme de l’extérieur en vue de former un gouvernement d’union nationale autour d’un programme minimum aux fins de préparer dans des conditions requises les échéances de 2015. Ce programme a le mérite d’extirper Deby des griffes perpétuelles de sa communauté pour lui permettre de sortir par la grande porte. C’est un rêve ! Et il est permis de rêver, n’a-t-il pas dit le grand homme  de paix du siècle dernier : I have a dream !!

Mahamat Ahmat
N’djaména – Tchad

 

 

 


Commentaires sur facebook

12 Commentaires

  1. Richelieu

    Mon Dieu que c’est compliqué de comprendre et analyser les conneries et machakil des Zakhawa. C’est pourquoi je rend hommage et felicite l’auteur de cet article. Je suis choqué de ce droit divin que s’arroge les zak en se disant subconcienment: Aprés Idriss, c’est Abderahim Bahar, Non c’est Timan erdimi, Non c’est mht ali abddallah…Etc. Et les autres tchadien alors, ils comptent pour des prunes?? Mais pour qui se prennent-ils c’est gens là? nous vous survivront! Mobutu est partis et les Gbandis avec lui, Gbagbo est partis et les Bétés avec lui…Etc. Idriss partiras, et qu’on ne me parles plus de Zac.

  2. Mht Houno Tidi

    Excellent document! Vous maitrisez trop bien le sujet, de tel point que ça parrait louche. Je me demande bien si le owner de Tchadactuel n’est pas de méche avec les Abderahim et autres soudars. En tout les cas, je trouve que vous detaillez bien ces evenements qui contribut à monter cette marmite qui boue et boue, et qui explosera un jour à la gueule d’à qui de droit!!!

  3. ange de verité

    Je pense que les frères du président doivent voir trés loin . Mes chers frères et frères du président,vous vous trompez largement en voullant tuer votre frére qui vous a pourtant tout donné.Si j’etais à votre place je n’oserais meme pas le toucher et je le protégerais .Sachez une chose,le départ de ce Monsieur vous affectera et vous marquera toutes vos vies ;le tchad ne vous appartien pas seulement il est pour nous tous .Cette petite parole vous aidera à comprendre la suite de mon message; à bon entendeur sallu

  4. Tchadien et fièr

    Bonjour, et BRAVO Tchadactuel pour vos informations aux Tchadiens sur la situation au sein de la mouvance présidentielle.

    Vous faite du bon boulot d’information et d’analyse sur nos gouvernants. Par contre, j’ai l’impression que vous faite plus
    la promotion des différents clans et groupes éthnics Zakawa.

    Il faut toucher aux paradoxes tchadiens. Il faut faires des analyses sur l’Unité nationale, il faut proposer des alternatives de
    paix durable. Il faut présenter un model d’idéal national de type Tchadien. Il faut parler de nos programmes sociaux, de la crise
    alimentaire, de l’emploi, ce que le gouvernement dévrait faire etc.

    Vous en connaissez beaucoup sur la gestion de notre pays, sur nos gouvernants actuels etc. Ce un acquis pour orienter
    vos analyses dans un contexte national.

    Les querrelles dans une famille, ne doivent pas prendre trop de place dans un éditorial. Il faut des analyses de
    prise de conscience nationale. Il faut proposer des alternatives aux tchadiens pour qu’ils s’acceptent, comme des frères
    vivant par destin sur une même terre etc.

    Finalement! Pour rester impartial, il faut proposer plus tot, des alternatives nationales et non éthnics.

    C’est un point de vue. Bonne continuation.

    Merci.

    • Mht Houno Tidi

      Bien dit!!! tu as bien analysé leur analyse. Il faut dire aussi que c’est une bonne chose qu’ils ont un peu arreté de parler des jupons de Hinda trabelsi, c’est deja ca. De temps en temps Tchadactuel propose des solutions, mais que valent vraiment les dires d’un zac contre un pouvoir zac

  5. abdel

    je ne pense pas qu’avec le depart de Deby dans ces conditions, le peuple Tchadien aspirera au bonheur, c’est plutot le systeme erige qu’il faut demollir, y compris les Mht Itnos. Mht aht a bien fait l’analyse. la seule alternative qui permettra au pays de sortir sa tete de l’eau c’est d’organiser un forum national inclusif au quel doivent prendre part la societe civile, les jeunes, les militaire, l’opposition armee et politique.
    merci

  6. De Balzack

    la vérité est rarement bonne à dire. dire que le lion royal doit dégager, cela coûte autant des âmes des tchadiens au purgatoire. il n’est pas interdit de rêver mais pour le Tchad il faut attendre le 22e siècle pour y croire. peut-on rire aux éclats au Tchad? le Tchad ne serait-il pas un carrefour de mépris de haines, de jalousies, d’assassinats? comment peut-on organiser un espace de dialogue dans une telle condition? qui a raison et qui a tort?  (…)

  7. liliane

    Un coup d etat serait une fin trop douce pour Deby et sa famille. Ils devraient plutot etre boutes hors du Tchad et gouter aux afres d une vie en dehors du luxe, bref subir une vraie descente aux enfers comme ils ont fait souffrir les familles tchadiennes en s accaparent de tous leurs biens dus.

  8. bandjim

    Foutaise opinion: calcul politique, désinformation, manipulation de l’opinion;;;;l’histoire ou la querelle des ZAG n’intéresse personne, moins encore les tchadiens qui ne réclament que la justice sociale et l’égalité de tous devant la loi. N’ayez crainte, ils sauront élire un jour un démocrate pour les gouverner

  9. Mahil

    Il ne faut pas que la famille Deby et son clan se trompent.S’ils tuent Deby,ils signent en même temps leurs actes de décès et précipitent leur descente aux enfers.Ils ne pourront pas tuer Deby et le remplacer par un autre Itno