La situation au Tchad: "Tchad et Soudan : deux conflits liés" – Le Nouvel Observateur

Comment se fait-il que les affrontements aient repris entre les rebelles et le gouvernement tchadien malgré l’accord de paix signé entre les différents camps le mois dernier en Libye ?

– On savait que cet accord de paix était extrêmement fragile et qu’il ne serait très probablement pas respecté. Il avait été arraché aux forceps par le président libyen Mouammar Kadhafi qui, tout en soutenant le président tchadien Idriss Deby, se pose en faiseur de paix, en grand médiateur dans la région et plus globalement en Afrique. Kadhafi a d’ailleurs aussi organisé récemment des pourparlers sur le Darfour entre les rebelles et Khartoum, mais ces discussions n’ont rien donné du fait de l’absence de nombreuses factions rebelles à la table des négociations. Pour ce qui est des affrontements au Tchad, les rebelles et le gouvernement tchadiens s’accusent l’un l’autre d’avoir ouvert les hostilités. Mais on sait que les uns comme les autres se préparaient à la reprise des affrontements et avaient amassé leurs forces. D’où l’ampleur des affrontements.

Que veulent ces rebelles ?

– Comme dans la majorité des conflits africains, les rebelles de l’est du Tchad veulent le pouvoir et l’argent. Les spécialistes de l’Afrique ont bien montré que les Etats africains étaient des Etats patrimoniaux : c’est-à-dire que dans ces Etats mettre la main sur le pouvoir c’est mettre la main sur les richesses du pays. Au Tchad, elles sont d’autant plus convoitées que le pays recèle du pétrole. Mais le problème est aussi ethnique : les rebelles appartiennent à des ethnies différentes de l’armée tchadienne où l’ethnie du président Deby domine.

Ces affrontements qui ont lieu à l’Est du Tchad ont-ils un lien avec le Darfour ?

– Oui. Il s’agit d’une région frontalière du Darfour et les frontières entre le Soudan, le Tchad et la Centrafrique sont poreuses : c’est une zone où les groupes armés circulent d’un pays à l’autre, ce qui explique que le conflit du Darfour déborde sur le Tchad et la Centrafrique. D’autre part, les rebelles tchadiens sont soutenus par le gouvernement soudanais qui cherche à renverser Deby, et les rebelles soudanais sont soutenus par le gouvernement tchadien. En résumé, Khartoum et N’Djamena se battent par ethnies interposées. Les gouvernements tchadien comme soudanais voient d’un mauvais œil le déploiement prévu début 2008 de la force de l’Union européenne, l’Eufor, dans l’est du Tchad, et de la force mixte des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour. Car ces forces internationales pourraient, une fois sur place, exercer un contrôle sur ce qui se passe réellement dans la région. Khartoum et N’Djamena avaient donc intérêt à faire en sorte de retarder encore plus ces déploiements. Et c’est ce qui risque effectivement de se passer. Ces affrontements armés pourraient décourager les volontaires internationaux, qui se font déjà rares. Personne n’a envie d’envoyer ses soldats dans un tel bourbier pour maintenir une paix qui n’existe pas…


Interview de Jean-Baptiste Naudet par Sarah Halifa-Legrand


Commentaires sur facebook