Ndjamena accuse le Soudan d’armer les rebelles – Rfi

Véhicule détruit inspecté, ce mardi 27 novembre, par les soldats tchadiens après la bataille contre les rebelles de l'Ufdd à 90 km d'Abéché. L’Armée nationale tchadienne (ANT) a emmené, mardi, des journalistes à Abou Goulem, à 90 kilomètres à l’est d’Abéché, ou des combats d’une rare violence se sont produits lundi entre les soldats gouvernementaux et les rebelles de l’UFDD, l’Union des forces pour la démocratie et le développement.

L’armée tchadienne affirme que des centaines de rebelles ont été tués, tandis que les rebelles affirment, eux, que c’est l’armée gouvernementale qui a perdu 200 hommes. Des chiffres qui sont bien difficiles à vérifier, dans la mesure où les combats se sont déroulés sur plusieurs kilomètres. Toutefois, le chef rebelle Mahamat Nouri admet avoir perdu une centaine d’hommes. Côté gouvernemental, 160 blessés ont été évacués vers Abéché. Aucun nouvel affrontement n’était signalé mardi.

Les combats de lundi ont fait voler en éclats le cessez-le-feu prévu par l’accord de paix signé le 25 octobre à Syrte, en Libye, par le gouvernement tchadien et quatre mouvements rebelles, dont l’UFDD, un accord parrainé par les gouvernements libyen et soudanais. Les autorités de Ndjamena ont accusé mardi le Soudan d’avoir armé les rebelles. Selon Ismaël Chaïbo, directeur général de l’Agence nationale de sécurité (les services secrets tchadiens), « le Soudan a violé l’accord de paix. Il a armé (les rebelles)».

Ismaël Chaïbo, Directeur général de l’Agence nationale de sécurité: «Ce sont des armes de fabrication soudanaise. Le Soudan a violé l’accord de paix de Syrte.»

Selon les journalistes qui ont pu se rendre à Abou Goulem, le champ de bataille témoigne de la violence des combats. Des projectiles de toute taille sont éparpillés sur le sol et au détour des bancs de sable gisent des véhicules détruits ou endommagés. Sur certains sont encore visibles les signes de la rébellion : « UFDD », à la peinture noire. D’autres sont complètement calcinés. Si la majorité des pickups détruits visibles sont rebelles, le gouvernement a aussi subi des pertes en pickups, mais aussi au moins six véhicules légers auto-mitrailleurs RAM ou AML 90. « Il est impossible de faire une offensive sans avoir de la casse », confirme un haut responsable tchadien.

Des dizaines de cadavres de combattants ont été enterrés par des villageois des environs, sur ordre des autorités locales. Des militaires tchadiens récupèrent des pièces détachées ou réparent des véhicules qui peuvent encore l’être. Il est difficile de connaître l’ampleur réelle des dégâts, puisque le champ de bataille s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres. L’armée tchadienne semble, en tout cas, bien implantée. De nouveaux renforts et du ravitaillement ont été acheminés dans la nuit de lundi et, mardi matin, des hélicoptères tchadiens et des Mirage français survolaient encore le théâtre des opérations. Par ailleurs, le gouvernement a récupéré une vingtaine de véhicules rebelles et a fait une quarantaine de prisonniers.

C’est à l’aide de trois colonnes que l’armée gouvernementale a attaqué, lundi, les troupes de l’UFDD de Mahamat Nouri. L’offensive a été lancée vers 9 heures du matin sur la route entre Abou Goulem et Am-Zoer, à environ 80 kilomètres d’Abéché, principale ville de l’Est. De violents échanges de tirs, à l’arme légère et à l’arme lourde, se sont poursuivis toute la matinée de lundi et à la mi-journée le calme était revenu.

Le gouvernement tchadien dit avoir décimé les colonnes rebelles et détruit ou récupéré près d’une centaine de véhicules. Mahamat Nouri, chef de l’UFDD, reconnaît que les combats ont été d’une extrême violence et qu’il y a eu beaucoup de pertes de part et d’autre, mais il estime néanmoins qu’il s’agit d’une bonne opération pour la rébellion. Des renforts de l’armée tchadienne ont rejoint le front, dans la nuit de lundi à mardi, et personne n’exclut de nouveaux combats. A Abéché, la tension reste palpable. Les affrontements sont dans tous les esprits.

Tchad : La population a peur: «Il y a des gens qui ont peur parce que l’armée est très présente ici.»


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