Tchad: La communauté humanitaire s’adapte au regain de violences dans l’est – Irin

Malgré les nouveaux combats, qui ont fait des centaines de morts dans les rangs de l’armée et de la rébellion dans l’est du Tchad, et les signes d’une prochaine escalade de la violence, les organisations humanitaires s’adaptent pour continuer à fournir une assistance aux centaines de milliers de personnes qui survivent grâce à leur aide.

Des affrontements à l’arme lourde ont éclaté le 3 décembre entre les combattants rebelles et les forces gouvernementales dans la région montagneuse d’Aram Kole, à l’ouest de Biltine, une des capitales régionales de l’est. Ces affrontements sont les derniers accrochages enregistrés après plusieurs jours d’offensives et de contre-offensives militaires dans la région.

« Tout le personnel international a été évacué de Guéréda [une localité proche de la zone des combats] », a indiqué à IRIN Félix Bamezon, le représentant au Tchad du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, le 4 décembre. « Nous suivons 24 h sur 24 l’évolution de la situation à Farchana ».

Guéréda et Farchana abritent de nombreux camps où vivent des dizaines de milliers de réfugiés soudanais et des sites pour les déplacés tchadiens.

« Généralement, le PAM opère dans l’est avec un effectif réduit », a-t-il ajouté.

Selon les règles de sécurité des Nations Unies, il est interdit au personnel des Nations Unies de se rendre dans les régions proches de la frontière avec le Soudan.

« Nous devons donc faire appel à des organisations non-gouvernementales (ONG) actives dans la région pour fournir des services aux populations et obtenir des informations », a expliqué un fonctionnaire des Nations Unies chargé des questions de sécurité.

Bon nombre de ces ONG ont la possibilité de déplacer leurs opérations dans les situations d’urgence, ont expliqué des travailleurs humanitaires.

« Nous sommes toujours sur le qui-vive ici, et sommes capables de prendre des décisions sur le terrain, et sur le champ », a confié à IRIN Nicolai Panke, adjoint au chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Tchad.

Trois civils ont été tués lors d’échanges de tirs pendant les récents combats. La plupart de ces combats se sont déroulés en dehors des zones habitées par les populations civiles et jusqu’à présent, les rebelles ne s’en sont pas pris aux travailleurs humanitaires ni n’ont pillé les entrepôts des organisations humanitaires.

M. Panke a expliqué à IRIN que malgré la violence des affrontements entre la rébellion et l’armée tchadienne, le travail des organisations humanitaires est moins menacé que par les attaques à main armée qui ont cours dans la région.

« Il peut être difficile de le croire, mais malgré les combats très intenses qui se déroulent autour de nous et qui ont fait des centaines de morts et de blessés, les actes de banditisme constituent en fait la principale menace à la conduite de nos opérations humanitaires », a-t-il fait remarquer.

Pour M. Bamezon du PAM, ces actes de banditisme seraient liés aux offensives militaires qui ont tendance à accroître les activités criminelles. Les combattants de toutes les parties au conflit sont soupçonnés de participation à ces attaques à main armée.

« Nous avons également constaté que les autorités administratives locales et les responsables de la sécurité dans l’est avaient abandonné leurs postes », a affirmé M. Bamezon. « Comme il n’y a personne pour arrêter les criminels, ils peuvent opérer dans des conditions idéales ».

Un convoi du PAM a été attaqué le 3 décembre alors qu’il se dirigeait vers le camp de réfugiés de Breidjing, a dit M. Panke. « Le chauffeur et ses assistants ont été agressés et dépossédés de 500 000 francs CFA (1 100 dollars) ».

Menace des explosifs

Le 30 novembre, le CICR a dépêché une équipe chirurgicale de quatre hommes à Abéché, le capitale régionale et plateforme logistique des opérations humanitaires dans l’est du pays.

« Nous avons soigné des dizaines de soldats blessés par balles et par éclats d’obus et il y a eu de nombreuses amputations », selon M. Panke.

Le 3 décembre, une autre équipe du CICR s’est rendue sur un site situé à 18 kilomètres à l’ouest de Farchana pour constater sur place les conséquences des combats qui s’y étaient déroulés six jours plus tôt.

« De nombreux engins non explosés jonchaient le champ de bataille », a expliqué M. Panke. « Nous allons revenir dans les deux prochains jours avec un expert en déminage pour aider le gouvernement à mettre en place un programme de déminage ».

« Ces engins constituent un réel danger pour les civils », a-t-il fait remarquer. « Bon nombre d’entre eux, en particulier des enfants, ont été tués par des engins non explosés après les combats de l’année dernière ».


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