Dans l’est du Tchad, d’ex-rebelles et des militaires fraternisent – Afp

Dans le campement de cantonnement des ex-rebelles de la Concorde nationale tchadienne (CNT), installé aux environs d’Abougoudam (à 25 km au sud d’Abéché, principale ville de l’est du Tchad), les ennemis d’hier fraternisent aujourd’hui.

D’anciens rebelles et des officiers de l’armée tchadienne, qui s’affrontaient il y a quelques mois dans l’est du Tchad, se saluent et se congratulent chaleureusement. Tous semblent se connaître depuis longtemps.

« Je le connais, j’étais l’ami de son grand frère! C’est une surprise! », s’exclame un officier de la CNT en désignant un responsable tchadien qu’il tient par l’épaule.

« Cela fait plus de 10 ans qu’on est loin de notre terre natale, maintenant, on vient retrouver nos familles et nos frères », ajoute-t-il avec émotion.

A l’ombre des manguiers, assis sur des nattes, d’ex-rebelles bavardent, au son de petites radios diffusant de la musique.

La plupart sont jeunes, les rangs comptent des adolescents et des enfants, âgés de 12-13 ans.

La plupart portent les cheveux longs, certains coiffés à la mode « rasta ». D’autres arborent des chapeaux aux bords repliés, façon cow-boy, d’autres, plus traditionnels, des chèches.

La plus grande natte est la « salle d’audience » du Dr Hassan Saleh al-Djinédi, président du mouvement signataire d’un accord de paix avec le gouvernement tchadien le 25 octobre à Syrte, en Libye.

Des trois autres rébellions signataires, deux ont repris les combats avec l’armée tchadienne.

Cet ancien médecin a troqué la blouse pour le treillis et le chèche kakis. Cultivé, non dénué d’un certain humour, il s’exprime en arabe littéraire: « On a mené la guerre parce que les portes du dialogue étaient fermées, il n’y avait pas d’autres possibilités que de prendre les armes ».

« Maintenant que le gouvernement a jugé utile de prendre le chemin de la paix, nous avons jugé bon de saisir la main tendue », ajoute-t-il, précisant que les négociations avec le gouvernement ont commencé plus d’un an auparavant.

Les ex-rebelles, anciennement stationnés au Soudan, ont rejoint le Tchad à bord d’une quarantaine de pick-up, aux initiales du mouvement, peintes d’une main malhabile en blanc sur la carrosserie couleur sable tachetée de noir. Les véhicules sont à peine visibles de la piste menant au campement, installé avec l’accord du gouvernement dans un entrelacs de ouadis (lits de rivière asséchés) des environs d’Abougoudam.

Bien que les autorités tchadiennes aient plusieurs fois assuré que les rebelles signataires de l’accord de Syrte devaient rejoindre le Tchad sans leurs armes, chaque ex-combattant de la CNT porte un fusil d’assaut ou un lance-roquette. Des pick-up sont équipés de mitrailleuses.

« Nous sommes arrivés au Tchad avec nos armes parce que le gouvernement l’a jugé utile en se basant sur notre bonne volonté », affirme le Dr al-Djinédi qui dit avoir entraîné avec lui « l’essentiel » de ses troupes et assure que le nombre de ses éléments ayant dénoncé l’accord de paix est « minime ».

L’air exagérément menaçant, d’anciens rebelles cachent mal une profonde lassitude. « C’est bien de rentrer au pays car nous (les Tchadiens, NDLR) sommes des frères », lâche Souleymane, âgé d’à peine 18 ans. « On meurt entre nous, c’est inutile ».

Reste maintenant à envisager l’avenir. Certains veulent reprendre des études, d’autres intégrer les rangs de l’armée tchadienne, qu’ils combattaient il n’y a pas si longtemps. « J’ai plein d’idées en tête, mais je n’ai jamais appris de métier », explique Hassan, un autre combattant.


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