Le Tchad après Deby.

Tous les signes prémonitoires des événements montrent s’il en était besoin que le régime d’Idriss Deby tire à sa fin. Incontestablement cette fin sera douloureuse pour Deby, sa famille in situ, pour ses parents et surtout pour les différents bouffons et thuriféraires qui peuplent sa cour. De même le Tchad ne  s’en remettra que très difficilement à cause de la désagrégation avancée de l’administration, du tissu économique et financier et de la dépravation des mœurs morales et éthiques au sommet de l’Etat. Il faudra reconstruire le pays à partir des décombres. Ça ne sera pas facile mais on pourrait y arriver si tous les efforts se conjuguent dans le même sens, et ce, dans un environnement politique et social apaisé de nos contradictions régionales, tribales et confessionnelles.

Le Tchad, de nos leçons de géographie, est une cuvette.  Cette cuvette serait remplie de pétrole et ses rebords constitués d’une bonne part des pierres précieuses du monde. L’exploitation, à bon escient de ces ressources peut faire du Tchad un grand et puissant pays. Mais comment y créer un bon ensemble ? Pour mieux vivre dans le Tchad de demain, c’est d’abord instaurer un débat national sincère sans tabous, ni préjugés sur tous les sujets qui fâchent. Les guerres endémiques, les affrontements fratricides ont créé un mal vivre ensemble. Notre pays connaît certes la juxtaposition des entités socio-culturelles distinctes, mais il en est né une identité tchadienne à travers la cohabitation pacifique des différentes communautés soudées par une administration séculaire. Aussi, le dialogue national ne pourrait-il que consolider davantage cette identité et donner un élan  fort au redressement du pays.

Qui devra organiser le débat national ? Incontestablement la tâche incombe aux nouvelles autorités de la Transition de l’organiser. Il ne doit pas être une autre Conférence Nationale ; en ce sens que l’avenir politique, à court terme des nouvelles autorités, ne devrait pas dépendre des résolutions de ce débat. Ceci afin d’éviter les combinaisons mafieuses et dilatoires qui risquent de biaiser le débat. Nous avons besoin d’un climat serein pour discuter de tous les sujets sans contraintes morales et politiques.

Quels thèmes faut-il aborder ? Certainement nous avons beaucoup à nous dire !  Nous serions aussi tentés de faire la politique de l’autruche, en escamotant les sujets sensibles et croire que tout baigne dans l’huile alors que le malaise empoisonne la vie des citoyens. Nous ne pouvons pas faire l’économie de quatre (4) points principaux qui doivent être abordés sans complaisance :

  1. la forme de l’Etat et son corollaire de l’administration territoriale ;
  2. le code de la famille ;
  3. la Justice ;
  4. la langue arabe.

1) La forme de l’Etat et son corollaire de l’administration territoriale :L’Etat, point nœudal  de nos préoccupations collectives, c’est certainement le sujet sensible.  Il taraude le subconscient de beaucoup de tchadiens. Il faut donc avoir le courage intellectuel et politique de l’aborder pour répondre au mieux à la gestion administrative du pays.  Dans le cogito de chacun, le mot fédération rime avec scission et division; le prononcer hérisse plus d’un citoyen.  Pour cette raison, quelques tribuns se sont accaparés du thème pour en faire un fonds de commerce. Mais d’autres compatriotes dépités par les comportements incorrigibles de ceux qui gouvernent depuis trois décennies l’agitent comme épouvantail à chaque occasion. Dans un cas comme dans l’autre, nous n’allons pas à l’essentiel.

Un système fédéral doit d’abord être perçu comme un mode de gestion administrative puis politique avant de signifier une distribution équitable des ressources. Un tel système permet de mesurer le dynamisme et l’interdépendance des régions. Le système fédéral permet aussi de réajuster les besoins des régions, de corriger en conséquence les déséquilibres nés de mauvaises appréciations des paramètres du développement. A l’heure actuelle, dans notre pays, il est ignoré totalement la part des régions dans la formation du PNB. Qui produit quoi ? Malgré les gesticulations des cadres du Ministère du Plan pour produire des chiffres alambiqués destinés aux différents bailleurs de fonds, les indices de développement sont mal jaugés.  La circulation des biens et des personnes n’étant plus fluides dans beaucoup des zones, des régions entières sont boudées par les fonctionnaires et ceux qui s’y rendent se retrouvent coupés du reste du monde. C’est ainsi qu’un simple fonctionnaire affecté à Bardai,  mettra facilement 3 à 4 ans pour revenir à Ndjamena pour la régularisation de ses dossiers administratifs. Son collègue de Mbaibakoum aura plus de chance pour revenir à Ndjamena plus tôt !

Le Tchad est un vaste territoire, il est donc manifestement incohérent de vouloir continuer encore à le gérer dans sa configuration politico-administrative actuelle. Il serait plus sage de revoir les positions chimériques et les théories fondamentalistes et unitaristes qui portent en elles-mêmes à terme les germes et  prémices de division inéluctable pour concevoir sans crispation une autre forme d’organisation et de gestion administrative.

Quand on sait que Deby a détruit les symboles de l’Etat,  banalisé les signes extérieurs du pouvoir et a rendu informel l’appareil administratif de l’Etat, il y a lieu de penser sérieusement à cette question.  Pour solutionner ce chaos administratif, il faut du souffle, des ressources et des repères. Des repères, parlons-en. A l’indépendance, le Tchad est subdivisé en 14 préfectures si on ajoute Biltine créé à l’aube de l’indépendance, 48 sous-préfectures (52 à la veille des évènements de 1979) et enfin une vingtaine de postes administratifs.  Au niveau des chefferies traditionnelles, le Tchad avait Un chef spirituel (le Bang de Bessada), 2 chefs spirituels et temporels (le Gong de Léré et le Derdé de Tibesti) et 8 sultans. Toutes les grandes communautés nomades, semi-nomades ou sédentaires avaient leurs chefs de canton : autocrates-administratifs au nord, et généralement spirituels au sud (chefs de terre). A quelques exceptions près, ces chefs étaient directement ou indirectement sous la suzeraineté de sultans, eux-mêmes auxiliaires de l’administration.

Il faut signaler au passage que ce qui est décrit plus haut n’est qu’à titre indicatif pour étayer et démontrer comment Deby a désintégré le tissu administratif du pays. Il appartient aux historiens d’élucider ces chapitres de notre Histoire pour la mémoire collective; surtout en ce qui concerne les chefferies traditionnelles post et ante coloniales.

Comment se présente le découpage administratif ? Posez la question, non pas à un élève de CM mais plutôt à son maître, combien y a-t-il des gouvernorats, des préfectures, des sous-préfectures au Tchad ? Nenni ! Posez la même question de manière impromptue à l’actuelle Ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, il ne vous répondra qu’après avoir posé la question à son SG, celui-ci à son tour au DG….jusqu’au directeur de l’intérieur qui vous donnera un chiffre approximatif après avoir bégayé pendant plusieurs minutes!! Comment en est-on arrivé là ? Le pays étant géré par procuration par des coursiers et autres bouffons, la création d’une entité administrative se fait à la demande ou selon la tête du client! Si le principe de « rapprocher l’administré de l’administration » est en soi louable, cela ne justifie nullement la création des entités administratives qui ne répondent à aucun critère dans chaque ouadi  ou sous chaque arbre. Par exemple, l’ancien canton de Bilia dans l’Ennedi a été érigé en département avec 4 sous-préfectures dans un rayon moins de 50 km pour moins de 5000 habitants au total. Comparé au Canton  Bodo (dans le Logone Oriental) 70 000habitants et à celui de Bebéto 60 000habitants, le ridicule ne tue pas ! Au recensement de 1994 (comme référence car celui de 2009 n’en est pas une), le B.E.T. comptait 70 000 âmes. Sans commentaire…! Le plus aberrant, c’est que l’on ne prévoit aucune structure administrative, socio-sanitaire ou scolaire mais on n’oublie pas de nommer un cousin errant à Ndjamena comme responsable des structures créées de toute pièce.

Ces créations anarchiques, irréfléchies qui n’obéissent à aucun objectif politique sensé sont l’œuvre de quelques « trader », « Conseillers du Chef de l’Etat ». En effet, quelques conseillers à la Présidence et certains commerçants du MPS se sont spécialisés en la matière, aidés par des individus véreux sans référence patrimoniale, ethnique et tribale. Ces quidams qui ont connu leurs villages et les us et coutumes à une époque forte récente, s’arrogent le droit d’agir au nom de leur soi-disant communauté. Celle-ci par ignorance ou l’appât du gain facile s’en remet entièrement à la disposition de ces escrocs qui vivent que de ce travail consistant à faire miroiter à ladite communauté une chefferie, un département ou même un gouvernorat contre un soutien pour faire bonne place au sein des organes du parti Etat-le MPS ou du gouvernement au gré des incessants remaniements ministériels. Rappelons que le canton a été créé par la colonisation dans un souci économico-administratif. L’administration coloniale a fixé des normes strictes pour qu’une entité soit érigée en canton. Un canton doit avoir un territoire, une population bien déterminée et un revenu annuel et naturellement des villages sous tutelle. Quant aux populations nomades, le village est remplacé par la fraction. Ainsi donc le chef de village ou le chef de fraction est le premier élément de l’administration constituée et représente par conséquent l’autorité de l’Etat dans son réduit.

Laisser en l’état cette situation est une fuite en avant, une fuite de responsabilité devant l’histoire. Il faut absolument se faire violence et revoir tous ces découpages et créations artificiels de fond en comble afin d’ériger d’autres qui soient en adéquation avec la démocratie et le développement. Des réactions épidermiques et belliqueuses ne tarderont pas à se manifester au nom de l’acquis. Entre l’abîme annoncé et quelques jacqueries intentionnelles, l’Etat doit choisir le salut. Nettoyer, sarcler, enlever les mauvaises herbes est un impératif régalien. On ne devrait pas se laisser berner par des individus sans culture nationale. Il faut barrer la route à tous ceux qui veulent falsifier l’histoire ou qui veulent rentrer par  effraction (sic) dans l’histoire par des portes dérobées. Un peuple sans Histoire est un peuple sans référence.

2) Le Code de la famille : Avons-nous un code de la famille au Tchad ? Non, nous en n’avons pas au sens stricto sensu européen du terme. Nous vivons des codes qui répondent aux pesanteurs culturelles et sociologiques des différentes communautés tchadiennes : un peu de la Bible, un peu du Coran, un peu de Margay, un peu de Yondôh, le tout assaisonné de quelques pratiques ancestrales puisées dans le fin fonds des puits et de pâturages! Tout le monde, du nord au sud  trouve son compte, excepté la femme tchadienne qui est la principale victime de cet état des choses. Comment y remédier ? Certainement pas à la façon Deby! Faire fi de toutes ces valeurs  pour imposer à une population à 50% musulmane un code de famille d’inspiration judéo-chrétienne et napoléonienne ? C’est de la provocation inutile et gratuite. La démarche de Deby a failli plonger pour une fois le pays dans une guerre confessionnelle. Les associations qui ont inspiré et soutenu le projet, elles-mêmes soutenues en sous-mains par leurs consœurs étrangères, n’ont pas en réalité mesuré la portée de leurs actes. Elles ont fait du suivisme pur et simple, en ne cherchant pas à adapter le sujet au conteste socio-culturel du pays. Si réfractaire ou réactionnaire soit-il, l’Islam a son code de famille bien décrit dans les moindres détails dans le Coran. Cela ne souffre d’aucune ambiguïté : le mariage, le divorce, la garde des enfants, l’héritage….. Tout est codifié; toutes les tendances (chiites et sunnites) et les différentes écoles sont unanimes que le socle de la jurisprudence en la matière reste les textes sacrés. Cependant comme tout texte, les divergences naissent de l’interprétation. Un homme aussi éclairé et avisé comme Bourguiba, qui a été le premier Chef d’Etat musulman à avoir promulgué un code de famille aux lendemains de l’Indépendance de son pays (1956), n’a pas osé à mettre en cause un seul verset de ce qui a été écrit; par contre, avocat de formation, il a interprété à sa manière, toujours puisant dans le Coran et le positivant. Par exemple il s’était basé sur le verset 3 de la sourate 4 du Saint Coran pour abolir la polygamie. Ce Verset stipule : « . . . . Épousez les femmes selon votre convenance : deux, trois ou quatre, mais si vous craignez d’être partiaux, limitez-vous à une seule. . . »

Certes, en général les sociétés nomades ne sont pas trop regardantes sur les principes de l’Islam en matière de droit de la femme. Ils sont plus assujettis aux croyances et pratiques ante islamiques, mais de là prétendre à légaliser le concubinage, l’enfant adultérin…..est un pas qu’aucun musulman n’ose franchir. L’adultère est banni dans toutes les religions monothéistes, par conséquent tous ses produits et dérivés sont illicites ipso facto ! Promulguer ces genres d’inepties c’est comme chercher à imposer la charia au sud ! Les textes sacrés sont susceptibles d’être interprétés et non mis en cause, au risque de se faire  déclarer apostat. En la matière, il n’y a pas des concessions à faire au risque de se mettre fondamentalement en cause sur le plan religieux. Les connaissances de Deby en ces matières sont certainement superficielles, c’est pourquoi sans prendre des gangs, il remue par ignorance les fondements religieux, juste pour plaire à des milieux bien donnés. C’est exactement le comportement d’un enfant qui bouscule une cruche en s’amusant sans pour autant prévoir les conséquences. Alors que faire ? Laisser les choses en l’état ? Évidemment non, une partie de la solution est dans la résolution de la forme de l’Etat.

 3) la Justice :La justice doit être le pilier de la régulation des conflits. Un pays sans justice est une jungle où la raison du plus fort est la loi. Avec le système Deby, nous avons atteint une situation tel un malade qui a mal aux dents, mais nous ne cernons pas exactement quel organe est atteint. Aussi, en utilisant le microscope nous nous apercevons que c’est le système judiciaire. En effet, la justice tchadienne est la face cachée la plus abjecte du régime Deby; un appareil qui légalise la stratification des citoyens devant la loi. Dès lors que les magistrats ne sont plus protégés par l’Etat, ceux-ci traitent les dossiers à la tête du client, d’où la concussion, la corruption sont érigées en mode de travail. L’humiliation, l’arnaque et l’injustice sont le corollaire de cette situation. D’ailleurs, à l’absence de l’autorité de l’Etat, depuis belle lurette, beaucoup de citoyens des régions septentrionales échappent complètement à la justice du pays et appliquent la sentence qui sied à leur convenance suivant la situation du moment : s’ils sont victimes, ils se font justices suivant leur propre règle là où ils se trouvent sans tenir compte des us et coutumes de la région, inversement s’ils sont fautifs, alors ils cherchent à s’abriter derrière la justice du pays en utilisant des  méthodes coercitives envers les magistrats pour sortir du guêpier aux moindres frais. Dans quel pays au monde où on tue un citoyen comme un cabri, et le lendemain on se pavane dans les rues en payant juste son prix (Dia) sans que le Ministère public émette  la moindre contestation ? Les us et coutumes qui contreviennent au bon fonctionnement de l’administration doivent s’effacer devant l’autorité de l’Etat.

En remontant le temps, on s’aperçoit que l’administration coloniale et postcoloniale n’avait jamais voulu l’application du droit napoléonien à 100% au Tchad. En tenant compte des pesanteurs sociologiques et culturelles, la recherche d’un modus vivendi, pour ménager les sensibilités des différentes communautés tchadiennes, a amené l’administration à officialiser la justice coutumière dans les instances judiciaires du pays.  La présence des assesseurs et juges coutumiers auprès des tribunaux  confirme à juste titre la juxtaposition de deux droits : le droit positif et les us et coutumes, tellement différents d’une région à une autre, d’un groupe ethnique à un autre  qu’il est presque impossible d’avoir la même attitude face aux mêmes problèmes. Face aux cas de meurtres et ceux de mariages, les lois de la République et celles des coutumes se sont toujours  juxtaposées dans les régions du nord et les réactions diffèrent d’une communauté à une autre. A titre d’exemple chez les arabes du Batha, la « Dia » doit être payée avant l’enterrement de la victime ; or chez les Béri, demander le paiement de la « Dia » avant une année, est assimilée à une provocation, et cela compromettra peut-être définitivement le règlement dudit problème ! Dans ces conditions comment uniformiser les us et coutumes avec les lois de la République et étendre leur application dans tous les pays et à tous les niveaux ? Une partie de la réponse est dans la forme de l’Etat.

4) la langue arabe : Avec un pied dans la religion et un autre dans la politique, la langue arabe prend les contours d’un sujet tabou. Personne n’ose l’évoquer de peur de l’effet de boomerang ! Pourtant il faudrait bien crever l’abcès et affronter la vérité de face. Pour ce faire, il est indispensable de se remémorer quelques repères saillants concernant l’introduction de la langue arabe au Tchad. Contrairement à certaines affirmations, la langue arabe n’a pas été introduite par Abdelkerim Jaamé (Soudanais Djaali du nord Soudan), le fondateur du Royaume de l’Ouaddaï au 17ème siècle. Elle a été instituée par les arabes Tunjurs (arabes en provenance de Darfour) qui ont régné un siècle avant Abdelkrim, sous le vocable de royaume de Birgu. Jusqu’en 1912, la langue arabe était la langue officielle de l’administration dans les limites territoriales du Royaume dont la juridiction s’étendait du Tibesti et aux confins du Salamat, voire du royaume de Baguirmi qui était sous sa suzeraineté. Elle était utilisée sur toute l’étendue du Royaume en tant que langue de l’administration, pour les échanges commerciaux avec le Fezzan, le Darfour et enfin avec les autorités centrales de l’empire ottoman en Egypte. La colonisation française a tergiversé sur le statut de la langue arabe. La supprimer, la marginaliser ou continuer à la vulgariser ? Toutes les formules ont été tentées. Finalement vu la forte migration des cadres du Ouaddaï vers le Soudan et le Caire, il a été décidé la création et ensuite la construction d’un institut d’enseignement arabe confié en majeure partie aux pieds noirs arabisants. Ceux-ci recrutaient à leur tour des oulémas des quartiers. Malgré son voisinage avec l’Islam, la colonisation a autant que faire se peut voulu donner à l’enseignement de la langue arabe un caractère laïc. Ainsi le premier responsable de l’Institut, Mr Dumas Rass (1955) est un pied noir algérien. A l’indépendance, l’inspection de l’enseignement arabe a été confiée à Mr Eddy Akary, albanais de congrégation jésuite. L’arabe était donc obligatoire au lycée franco-arabe d’Abéché pour tous les élèves. Les élèves venant du sud de la première génération ont appris la langue arabe sans accrocs (Maipor Amos, Elie Romba, feu Raymond Naîmbaye . . . . .). De ce fait, l’enseignement de l’arabe survivait à tous les couacs mis contre son épanouissement. Et ce, malgré son caractère facultatif (voire décret 177/63). Depuis que  le Frolinat a décidé d’en faire une exigence politique à son congrès constitutif de 22 juin I966 à Nyala, la langue arabe a quitté le domaine académique pour être un enjeu politique. Une partie de l’opinion réclame son officialisation, l’autre partie voit dans son introduction des prémices d’une islamisation non déclarée. Une anecdote vécue par l’auteur de ces lignes : l’auteur avait demandé à un de ses amis du Mayo-Kebbi,  qui aimait porter des accoutrements musulmans, pourquoi il ne s’islamiserait-il pas ? Celui-ci répond tout de go : «  moi j’aimerais bien mais je ne veux pas devenir foulbé »! Devant la stupéfaction de son interlocuteur, le mayo-kebbien a expliqué sans sourciller qu’ici, au Mayo-kebbi, si tu t’islamises, tu deviens ipso facto foulbé ! De même aujourd’hui, la langue arabe rimant avec l’islam, son enseignement imposé est perçu comme une islamisation forcée d’une opinion dont le christianisme constitue son socle socio-culturel. Devant cette situation, est-il indispensable de vouloir imposer l’enseignement de la langue arabe à une population réfractaire en puisant sur les moyens dérisoires qui auraient dû être utilisés pour répondre au désir de l’autre partie ?  Le problème des langues a été résolu dans tous les pays  hautement décentralisés. Pourquoi le Tchad ne s’en inspirait-il pas ?

Le consensus national sur ces questions hautement sensibles sera certainement à consigner dans notre constitution comme éléments de refondation de notre Etat et nation. Si par notre engagement citoyen nous pouvons empêcher  le tripatouillage de nos options consensuelles dans la constitution, c’est un gage de stabilité que nous apporterons à notre cher pays.

A la veille d’un nouvel an, où l’espoir est permis, il est plus que souhaitable de voir s’instaurer un débat d’idées sans passion via le net sur ces questions fort sensibles qui peuvent aider à trouver un consensus de mieux vivre ensemble. A l’issue de vos contributions, une version corrigée sera publiée, pour en arriver progressivement à la diffusion d’une version définitive.

Meilleurs vœux de l’an 2013.

 

Issagh Bouyébri Djérou

 

 

 

 


Commentaires sur facebook

26 Commentaires

  1. Ben yousuf

    Alot thank you;
    Very nice …we wont to continuse

  2. kariam

    tous les problèmes du Tchad ne sont pas forcement liés à au président Idriss Deby

  3. Democrate

    Ils ont pillés le pays, pervertis la population, détruis la culture des valeurs et enfoncé le pays dans un tourbillon de décadence sans précédent dans l’histoire du Tchad. A tous les jeunes qui me lisent. Que vos couilles enfoncés resortent. Qu’est ce qui vous arrive? Ressaisissez vous et devenez des hommes. Vous savez très bien de qui & quoi je parle. Joyeux 2013!

  4. Yin-yang

    Si l’arabe est introduite au Tchad depuis des siecle comme le laisse roire l’auteur, pourquoi cette langue n’est-elle parlée que par une poignée d’elites? Il ne faut ps tordre le cou de l’histoire, la langue Arabe est sortie comme un lapin dans un chapeau par le FROLINAT!

  5. Tchadien

    C’est une excellente analyse qui pose véritablement le débat sur le vivre ensemble en tant que nation tchadienne. Vous avez décortiquer de façon très pointue il faut le reconnaitre, l’essentiel des éléments conduisant à une République du Tchad stable en tenant compte des réalités nationales. Merci pour cette belle contribution sur l’après Deby. Soyez rassuré cher compatriote que nous allons répondre par nos contributions à votre appel pour la cohésion nationale dans un État respectueux des valeurs de la République et au service de ses populations . C’est un devoir pour chaque citoyen de s’y mettre. Merci infiniment pour cette très belle contribution utile pour notre pays. ça augure un lendemain meilleur en cette nouvelle année 2013. Recevez nos meilleurs vœux et que cette nouvelle année qui commence apporte avec elle le vent du changement au Tchad.

  6. Toumai

    Le contexte dans lequel évolue notre pays et ses structures change. Ce qui implique de susciter de nouvelles formes d’organisation et de fonctionnement pour s’adapter à ce changement. Cela nécessite au préalable des nouvelles manières de penser et d’agir, en clarifiant les enjeux, les objectifs poursuivis et les principes d’action…
    A mon avis, la perception de l’obligation de changer pour le meilleur de notre cher pays – le Tchad est inéluctable. Cela doit se faire dans la construction de ce nouveau cadre de pensée et d’action qui vous avez si bien esquissé. La pertinence de votre analyse et la justesse des voies de solutions que vous avez explorées m’interpellent en tant que citoyen tchadien. comme vous l’avez dit: Ça ne sera pas facile mais on pourrait y arriver si tous les efforts se conjuguent dans le même sens, et ce, dans un environnement politique et social apaisé de nos contradictions régionales, tribales et confessionnelles. Je pense qu’un dialogue national inclusif sincère est utile pour mieux préparer l’après Deby. Il est absolument fondamental que les tchadiens doivent s’approprier de l’outil internet pour mieux faire partager leurs idées et créer déjà un bon cadre préparatoire au dialogue inclusif national.

  7. dexter

    Salut,  vos coms parle bien plus de vous même que d’une quelconque préoccupation de votre prochain.Vous êtes complètement à côté de la plaque.celui qui prend systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celle dont il est issu.c’est la famille de notre petit Président, certes j l’aime pas…mais n’empêche que, si aujrd’hui il s’en va, qui va le remplacer? personne!!!on est tous des doungourou, gawwaline, méchant tt court…nous méritons les gens qui ns gouverne…

  8. Djimadoum Koumtog

    Notre sol est inondé du sang de nos compatriotes. S’il y a un changement de régime, il ne faut pas que le pays bascule dans la violence. J’apprécie cet article, mais ma préoccupation est l’unité nationale. Irons nous vers la chasse aux sorcières? Ceux qui perdront le pouvoir politique accepteront ils cette déchéance quand on sait qu’économiquement et militairement ils pourront nuire? Si l’amour de la patrie nous anime tous, ce débat national pourra être organisé avec ces thèmes. Ce qu’il faut cultiver maintenant, c’est l’amour de la patrie et œuvrer pour un changement de mentalité car si LE TRÈS HAUT décide de renverser le président de la république, le nouveau chef de l’état aura à gérer cette même population. Pour résumer: 1: éduquer la population (si chacun de nous cultive dans son entourage l’amour de la patrie et l’amour pour autrui), 2: respecter les textes qui nous régissent ( ce qui signifie les appliquer aussi), nous éviterons des violences qui nous endeuilleront. Après quoi nous irons à ce débat national.

  9. Tchouloumi

    Les solutions au probleme du Tchad:
    1- fin a l’esclavagisme du BET
    2- creer 3 Etats: BET, le centre ou regions de civilisation, le sud bantou
    3- requisitionner tous les biens voles par les ressortissants du BET pendant 30 ans du pouvoir

  10. Emmanuel

    Tchouloumi,tu es completement hors sujet,tu as parlé comme une personne hypnotisée. Il faut revenir à la raison pour dire la verité rien que la vérité. Sans le Bet, le tchad serait effacé de la carte du monde, l,air que tu respire actuellement c,est gráce à la population innocente habitant le sahara du tchad. Régions de civilisation je laisse le soin aux autres tchadiens de donner leurs avis. Le peuple du grand sahara souhaite la création d.un etat pour eux, Le vol et le cafouillage sont l,oeuvre des centraux qui ne veulent pas voir la realité en face, donc, tes parents ont volé plus qu

  11. Emmanuel

    suite Tes parents ont volé plus que ces gens là que tu les accuses à tort. Regardons sans passion l,état des villes du bet et celles de Biltine ,ouaddai, guerra, batha….

  12. Tchadienne

    Excellente analyse ! J’adhère totalement à l’article .
    J’espère de tout coeur que le Tchad évolue dans le bon sens. Ce que je doute pas il fera d’ici quelques années.

  13. Amsik Nakta

    Une bonne analyse mais tant que nous n’avons pas combattu notre divergence socioculturel et ethnique c’est à nous futur cadres à s unifier ignorer notre provenance régional ,il faut qu’on change notre mentalité pour reconstruire ce que nos aînés ont détruit . Pour cela il nous faut une jeunesse consciente pas celle issue de tribalisme ou religieuse quelconque. Chaque chose à son temps et la fin d’un ère est le début d’un nouvel 

  14. Tchougoubou Tchaounami

    Djerou à fait une analyse minutieusement politique, scientifique , administrative et religieuse. Voilà des belles idées constructives que tout tchadien peut débattre librement sans arrière pensée. Tous les paramètres qui minent aujourd’hui le développement et le bien du tchadien ont été entièrement pris en compte dans cet article. Je suis totalement de même avis que monsieur sur trois  points essentiel: Code de la famille, la justice et l’administration territoriale.  Ces trois éléments sont très importants pour un pays qui se cherche comme le Tchad. En ce qui le Code de la famille. Le tchad est un pays contraste par des diverses mœurs, us et coutumes engloutis dans les deux grandes religion(Islam et Christianisme), toucher à ce point sensible risquera de nous plonger dans ne l’aberrante. Pour l’administration, il faut revenir à nos anciennes quartore préfectures pour essayer de limiter les dépenses intitules. Cependant , à mon avis il faut éliminer les auxiliaires de l’administration( les chefs traditionnels, cantons fractions). Ils entravent la bonne marche de l’administration et aussi des arrangeurs des régimes et des hommes politiques. Ils n’ont aucun impact dans le bien être du citoyen, sinon anarque, vol injustice et emprisonnement. Il faut qu’il y ait une seule instance justicière qui tranche les litiges communautaires et étatiques. Il fallait bannir la justice  primitive prônée par les chefs traditionnels. Ceux-là sont à la solde de la bonne poche remplie d’argent et aussi des clivages éthiques. Comment peut-on concevoir qu’un citoyen commet un crime comme viol de mineur, on le laisse en liberté parceque les deux parties(parent violeur et violée ) vont trancher le problème à l’amiable?

  15. Tchouloumi

    Mr Emmanuel, je sais que ce n’est pas ton vrai nom, mais peu importe. Mettez bien dans la tete que le BET nous a apporte  le voyoutisme d’Etat qu’il est entrain d’expprter dans toute l’afrique, a commencer par la RCA. Comprenez bien que durant votre fuite, on ne vous laissera pas emporter une aiguille chez vous, on vs attrappera comme des poussins pour vous mettre a la disposition de la justice. Partout, vous serez pourchasser comme des rats, et le moment n’est pas loin. 

  16. Idah

    L’analyse de Djérou m’impressionne. Il faut oser dire franchement les choses pour éviter le pire dans un proche avenir. Rien et personne n’est éternel sur terre et le Tchad appartient à tous. Nous avons vu ce qui se passe ailleurs autour de nous dans la gestion non contrôlée et déséquilibrée des Hommes et des deniers publics. J’adhère parfaitement à l’analyse et j’ajoute qu’il faut aller vite au moins pour la question liée à la gestion administrative du territoire où des analphabètes sont placés ça et là rendant la vie difficile aux citoyens déjà misérables et pire des soi-disant douaniers et policiers recrutés par qui on ne sait, qui n’ont que pour mission d’appauvrir davantage les pauvres pour s’enrichir au détriment d’un pays à la recherche de ressource, dit-on, pour payer les fonctionnaires. Aujourd’hui dans le fin fond de nos villes, la justice est absente sur toute la ligne. L’administration même braque le citoyen et lui arrache ce qu’elle veut et le dernier n’a aucun recours pour sa défense. C’est bien horrible et il faut bien que tout tchadien apporte sa pierre à cette analyse afin que la publication finale soit riche et donne aux dirigeants de revoir les choses; car il vaut mieux tard que jamais. Notre pays le Tchad est riche. A-t-on de justification au chômage des jeunes diplômés alors que les semi-lettrés pour ne pas dire des illettrés sont intégrés dans la fonction publique gagnant régulièrement leurs salaires avec des boutiques dans les marchés au vu et au su de tous. Comme vous le savez, il convient d’aller droit au but, sans passion, sans accusation. Les faits sont là avec des conséquences fâcheuses; il faut en apporter des solutions idoines et le plus tôt serait le mieux.

  17. MHT

    Je remercie l’auteur pour article très bien écrit. Il faudrait que les lecteurs contribuent à son enrichissement par un débat constructif. Le débat constructif et l’analyse font cruellement défaut aux tchadiens.
    Je reviendrai prochainement sur cet article avec ma propre lecture et ma vision du Tchad de demain.
    Mahamat

  18. horalouba

    En tant que qui?un rêveur ou penseur?
    Nous tous savons ce que le Tchad traverse mais si nous voulons etre égoïste envers notre pays par ce que nous vivons bien ou nos parents sont mieux pas la peine de dire que les tchadiens ne réfléchissent pas profondément
    car c’est notre cas et que nous l’ignorons.Merci

  19. HAGGARISTE

    Mr dj votre analyse +ou – va impression certain me pa tou le monde;en effet notre cher pays le tchad a traverse de moma difficils donk DIEU MERCI metna on souffl ls bougies de la renaissance et du dvpt ne souhaitons jamai la haine a tous ls tchadiens me +to le pardon et lamour d cher patrie le tchad e en chantier aporton de soutien morale a tou ls tchadien pour 1tchad nouvo e bo soutenons notr president par tous ls moyens e longue vie pou lui pur 1tchad meilleur.

  20. Emmanuel

    Mr tchouloumi, tu es un aliéné mental.les habitants des régions du bet n,iront nulle part et tu emportera ta haine dans ta tombe. Un peu d,histoire petit aliéné, Gadafi avait tenté d,anéantir le bet en pratiquant la politique de la terre brulée, mais il a mordu la poussiére, le président Ngarta avait tenté a l,aide des mercenaires français et israeliens d,effacer la préfecture du bet de la carte , tes parents connaissent la suite des evenements. Egalement malloum a tenté la meme avec l,appui des arabes â Aramkolé, c,est le fiasco total. Un conseil mon frére, la haine envers ces gens te conduira loin. en bref, tu boucle ta boite.

  21. Chidi Moussa

    Salut a ts! a mon avi Deby n’est pa la coz de ts no problem…..

    • Tchadienne

      Bien évidemment il n’est pas la cause de tous nos problèmes il ne faut pas tout mettre sur ton dos non plus mais il est la principale cause de certains d’entre eux 

      • HORALOUBA BOLONGAR

        Si nous voulons changés le Tchad,nous devons commencés les mentalités et la manière la plus bonne et conseillée de changer la mentalité c’est de commencer par changer la mentalité même des dirigeants qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels c’est à dire à leurs poches et transmettent ça à leurs fils et c’est ça qui est même le plus dangereux.C’est pourquoi vous allez constatés certains d’entre nous de-raisonnés
        car ils ont hérités cet égoïsme permanent depuis leurs arrières parents.Merci et bonne compréhension sinon qui se sent mouvé se mouche!

  22. UNTEL

    chere compat’ commencer par changer vous meme et le reste viendra inchallah, DEBY est deja dans le sac de l’histoire d’ici tot! Merci à Djerou et a tous ceux qui reflechissent d’un angle positif pour le bien etre commun!