Comment Deby s’est trouvé empêtré dans le bourbier centrafricain ?

Quand on traite les affaires de l’Etat avec volage autour d’une « gaada » animée par des bouffons et des proxénètes, il n’est pas étonnant que les effets collatéraux vous reviennent à la figure comme un boomerang ! Tout a commencé après la capitulation de Baba Ladé ; en effet, au cours d’une audition foraine de Baba Ladé après sa reddition, celui-ci apprend à Deby que c’est grâce à Bozizé qu’il a survécu ;   piqué au vif par cette information invraisemblable, Deby décroche son téléphone , appelle illico Bozizé et devant des  bouffons ahuris, Deby tient ce langage peu ordinaire de la part d’un Chef d’Etat : «  Bouzizé c’est toi qui as donné des armes à Baba Ladé pour m’emmerder pendant tous ces mois, mais vraiment tu n’es pas sérieux » et il raccroche sans attendre la suite ! Alors, Mr Bozizé commet une première erreur d’appréciation qui lui coûtera chère : au lieu de courir presto chez Deby pour attraper son pied et lui demander des excuses solennelles, non ! Minimisant la capacité de nuisance de Deby, il lui tourne casaque le dos et fait appel à d’autres pour garantir sa sécurité. Deuxième erreur de Mr Bozizé, croyant intimement que Deby est lâché par la France et donc sa survie n’est qu’une question de temps, il fait dépoussiérer un vieux dossier d’exploration du pétrole à la lisière du bassin de Doba lequel dossier enterré depuis belle lurette à la demande expresse de Deby.  Pour ce dernier, c’est une déclaration de guerre ; aussitôt il donne des instructions à son entourage et plus particulièrement Ahmat Albachir natif de Bangui et ami d’enfance de Nourradine Adam, l’un des leaders de la rébellion centrafricaine de raviver l’opposition contre Bozizé. Les contacts ont lieu à Paris et à N’djaména pour la formation d’une structure politico-militaire contre le régime centrafricain afin de donner une leçon au traitre.

Pour ce faire, 3 anciens rebelles qui trainaient leurs savates à N’djaména sont contactés : D’abord Abdoulaye Miskine, un ancien baroudeur qui est en rébellion permanente contre les différents pouvoirs à Bangui depuis des années. Il est tchado-centrafricain, déçu par Bozizé qui a refusé d’appliquer les termes de la réconciliation parrainée par l’ancien guide libyen, il errait un peu partout en Afrique à la recherche des soutiens. Ensuite deux autres tchado-centrafricains de l’ethnie rounga et tous deux des mères du Ouaddaï et qui passent être des amis d’enfance du perroquet national, à savoir Nourradine Adam et Daafane Moussa Adam. Si Aboulaye Miskine, en rebelle avisé et expérimenté et n’ayant aucune confiance en Deby qu’il a bien connu à travers les histoires racontées au coin du feu au Darfour où il a séjourné, récupère son dû et prend rapidement le large en mettant le maximum de distance entre lui et Deby en regagnant aussitôt  le terrain où il a encore gardé des éléments, par contre les deux autres restent à N’djaména et sous-traitent avec le Colonel Michel Djotodia.

Mr Michel Djotodia est un ancien haut fonctionnaire de l’administration centrafricaine, son dernier poste était le consulat général de Centrafrique au Darfour sud comme consul général. Rentré en rébellion contre le régime de Bozizé depuis le début des années 2OOO, il avait toujours persévéré dans sa lutte. Aux dires de ses compatriotes, c’est un homme sérieux, bien connu dans les hautes sphères de l’administration et surtout il  a une audience assez vaste au niveau national  y compris dans les milieux de l’opposition intérieure. Pour lui, c’est un don de dieu de recevoir des aides de Deby contre Bozizé, alors en cadre intellectuel avisé et connaissant parfaitement les faiblesses militaires et sécuritaires du régime, il crée rapidement la coalition Séléka et fonce sur Bangui. Devant la rapidité des évènements Deby tergiverse et joue le tango, deux pas en avant, un pas en arrière et un glissement à gauche ! Il était dans ses errements quand deux évènements de tailles viennent le secouer durement : l’apparition des jeunes faucons dont les pères ont été éliminés par le duo Deby-Bozizé sur la scène. Ceux-là récusent de la même manière Bozizé et son mentor. Ils s’appellent Eric Massi et Florian NDjaddere ; ils sont désignés respectivement  porte-parole internationale  et porte-parole en Europe de la coalition ; ils tiennent un nouveau langage sans concession et monopolisent les médias surtout audiovisuels pour faire entendre la voie de la rébellion dans l’hexagone où ils ont semble-t-il, des entrées faciles dans les sphères du parti socialiste. Deuxième évènement, les soudanais informent Deby que tous les résidus de l’opposition tchadienne au Darfour se sont spontanément déversés en RCA en quête des nouvelles aventures qui risquent de porter à terme des préjudices graves au régime tchadien si jamais cette coalition gagne la guerre contre Bozizé avec l’aide de ces aventuriers !  L’avertissement est sans ambigüité, en d’autres termes si Bozizé tombe la rébellion tchadienne installera ses bases arrière en RCA ! Par cette information déformée, les soudanais voudraient sauver Bozizé qui a su quand même gardé de bonnes relations avec les soudanais même au moment où son mentor était en froid avec ceux-ci. En retour les soudanais ont toujours étouffé toute velléité contestataire des centrafricains contre le régime de Bozizé à partir de leur territoire ;  d’ailleurs à l’époque, Abdoulaye Miskine, Ahmed Hissein, Michel Djotodia. . . . . avaient fait les frais de cette bonne collaboration entre les deux régimes et étaient obligés de se réfugier dans les rangs de F.U.C.D de Mahamat Nour Abdelkerim .

Avec la tournure des évènements Deby panique, gesticule et somme finalement ses potiches c.à.d. les deux Chefs rebelles centrafricains présents à N’Djamena, d’arrêter de marcher sur Bangui, or ceux-là ne tiennent plus le bout de la ficelle, alors  il se fâche et les enferme, envoie des troupes et convoque un sommet sous régional pour régler le problème, c’était l’échec ; les Chef d’Etat d’Afrique Centrale qui voyaient d’un mauvais œil la mainmise de Deby sur la RCA profite pour le dessaisir du dossier et le transférer à Libreville. A partir de ce moment Deby mise absolument pour une solution politique  avec ou sans Bozizé. Au cas où ce dernier serait obligé de quitter le pouvoir, Deby a déjà prévu son remplaçant qui ne peut être que sous sa botte. Pour ce faire il libère Nourredine et Daafane et leur demande de mettre du bémol dans leurs revendications politiques et d’instruire les chefs militaires sur le terrain de marquer le pas. Effectivement si quantitativement les hommes de Michel sont nombreux, les armes semi-lourdes et les véhicules sont entre les mains des hommes de Nourredine et de Daafane, ce qui signifie que aucun mouvement, aucun combat ne peuvent être effectués sans leur participation. Naturellement les deux compères jouent le jeu et bloquent la marche victorieuse de la rébellion. Parallèlement Deby fait venir en catastrophe de Paris un ancien ministre de Patassé, une vieille connaissance et qui a eu maille avec l’ancien Président pour jouer le rôle d’outsider à Libreville au cas où. . . .  et le fait présenter aux potiches afin  qu’ils roulent pour lui à Libreville au détriment de Michel et ce, malgré le pacte qui les lie.

Les soudanais qui ont fait paniquer  Deby   en utilisant la fibre psychologique poussent encore plus loin leur stratégie à contrôler davantage Deby avec qui ils n’ont jamais eu de confiance totale. En effet ils proposent et envoient sans attendre la réponse, une équipe bien étoffée conduite par le Général Ibrahim Ahmed GRESHABY, celui-là  même qui a géré et finalement liquidé l’opposition tchadienne au Darfour. Cette présence soudanaise permettra à Deby à pouvoir continuer àx pourchasser les opposants tchadiens encore au Darfour et aux soudanais de pouvoir contrôler leur opposition tant au Tchad qu’au fameux triangle. Mais les mauvaises langues disent que les soudanais profitent du déchantement de Deby pour faire un travail souterrain avec les anciens de Darfour qui leur sont restés encore fidèles et il y en a beaucoup, politiciens comme militaires ; en même temps ils ne perdent aucune occasion pour pousser Deby à  soutenir davantage le Président Bozizé qui, à leurs yeux  reste l’allié le plus sûr et il l’a montré pendant toute la période où les relations tchado-soudanaises étaient exécrables.

Dans tous les cas, Deby sort très affaibli de cette situation. La gestion du dossier l’échappe complètement ; malgré les dissensions artificiellement créées par lui, la rébellion centrafricaine reste assez forte pour influer les cours des choses et il n’est pas dit que Deby trouve son compte, et comble de l’humiliation les services secrets soudanais se sont fait infiltrer au cœur du système, c’est une première !

Par ses jeux de danse du ventre, Deby a corsé la crise centrafricaine et a perdu la main ; personne d’ailleurs  ne trouvera son compte à bon escient : la rébellion est infiltrée et inéluctablement elle volera en éclats dans un proche avenir ; le Président Bozizé est déstabilisé, son pouvoir fragilisé, son armée effritée ; désormais il sera balloté constamment entre son aile dure et Deby soutenu par ses fantoches sans oublier le poids des Chefs d’Etats d’Afrique Centrale-surtout congolais et gabonais- qui ne veulent plus laisser la main à Deby seul le règlement de la crise centrafricaine et au-delà tous les problèmes de l’Afrique centrale. Il faut dire que dans toutes les aventures politico-militaires, il y a avant tout à tenir compte de la donne militaire qui  prime d’abord à court terme, sur les autres considérations mais cette donne  sera poreuse tant qu’elle ne serait pas soutenue solidement par une fibre politiquement nationale et patriotique. Il revient donc aux médiateurs de tenir compte des revendications réelles de la franche nationale et patriotique de la rébellion qui est, semble-t-il, bien soutenue par l’opposition de l’intérieure  pour trouver à termes une solution aux vrais problèmes de la RCA. Indéniablement, qu’on le veuille ou non le Président Bozizé devrait faire les frais de cette solution, et il en est de même pour  tous ceux qui font la guerre par procuration.

Le médiateur de l’Afrique Centrale, le Président congolais a la lourde tâche devant l’histoire de sortir la Rca et les centrafricains du bourbier dans lequel ils s’engouffrent chaque jour davantage. Certes la seule volonté du Président congolais n’est pas suffisant en soi, il faudrait qu’elle soit soutenue par un sursaut national et patriotique des centrafricains qui doivent chacun en ce qui les concerne  faire des concessions nécessaires pour le salut de la nation. Tous ceux qui ont accouru pour l’appât de gain, ou ceux qui sont assujettis  aux injonctions de l’extérieur doivent quitter la scène par des moyens coercitifs légaux.

Abdelmoutaib Adam Al-Abassy

Journaliste indépendant.


Commentaires sur facebook

6 Commentaires

  1. sao

    Les conditions d’acceptation des bonnes actions

    Connaître quelles sont les conditions d’acceptation des bonnes actions fait certes partie des choses les plus importantes pour les musulmans afin qu’il ne rentrent pas dans ceux que Allah a décrit dans les versets 103 et 104 de la sourate Al Kahf n°18:
    « Dis: Voulez-vous que nous vous apprenions qui sont les plus grands perdants en oeuvre? Ceux dont les efforts se sont perdus dans la vie d’ici-bas alors qu’ils pensaient faire le bien ».
    L’imam Mohamed Al Amine Chanqiti (mort en 1393) a dit dans Adwa Al Bayan vol 3 p 422:
    « Sache tout d’abord que le Coran montre que les bonnes actions sont celles qui complètent trois choses:
    – La première: que l’acte soit fait sur les bases d’une croyance qui est correcte
    – La seconde: qu’il soit fait sincèrement pour Allah
    – La troisième: la conformité de ce avec quoi est venu le Messager d’Allah (que la prière d’Allah et son salut soient sur lui) ».

    http://www.hadithdujour.com/coran/islam-condition-d-acceptation-des-actes.pdf

  2. Richelieu

    Waaw!!! Dossier bien fourni, lecture trés agréable. mérci Abdel

  3. Ahmat Al-Bechir

    Je trouve un commentaire interessant pour la premiere fois.Merci Sao

  4. fati

    Merci pour la bonne analyse