Les Brèves de N’djaména : Les tchadiens sont au Mali, à la demande de qui ?

Deby s’est rendu à Abidjan sur invitation du président Ouattara, président en exercice de la CEDEAO, en Seigneur de guerre et ultime recours pour la libération totale du Mali. Deby a voulu jouer les vedettariats à ce sommet des ouest-africains, mais ceux ci, bon à rien, incapables de faire face aux  djihadistes sans les tchadiens, ont complètement ignoré et marginalisé notre IDI national ! Au lieu de l’ovationner, debout pendant une heure, à peine s’ils ont annoncé son arrivée ou son départ ! Quelle impolitesse et ingratitude. Une fois le Mali libéré, Deby va s’occuper très certainement des autres pays de l’Afrique de l’Ouest.  Mais entre temps, les tchadiens se posent la question de savoir qui aurait demandé la présence des militaires tchadiens au Mali. Les Nations Unies, la CDEAO, l’UA, la France ? Apparemment, personne, y compris le gouvernement, notre fameuse boîte à lettre (l’Assemblée nationale) n’a la réponse à cette question. Mais alors qui ? Au moment où notre fameuse boîte à lettre a trouvé la voix pour lire le message de notre IDI nationale, les premiers éléments de la force tchadienne étaient déjà au-delà de nos frontières.  Alors cherchons les pistes.

Premièrement, Deby a déclaré : « L’Afrique ne peut rester indifférente face à ce qui se passe au Mali. Elle doit soutenir la France ».  Secundo, notre fameuse boîte à lettre par la voix de son Président Kabadi a lu un message de Deby dans lequel on peut noter au passage : le président malien, plusieurs pays de la CEDEAO, l’UA, la résolution 2085 du Conseil de sécurité autorisant le déploiement de la MISMA, etc. En réalité Deby envoie les tchadiens dans le cadre d’un accord bilatéral entre le Tchad et le Mali, accord conclu sous les bons offices du président nigérien, donc ce n’est ni à la demande des NU et moins encore de la CDEAO. Au passage, on aura remarqué que le contingent tchadien n’est pas membre de la MISMA, précision apportée par les NU et la CDEAO.  On peut supposer que les français ne seraient pas étrangers à cet accord bilatéral Mali/Tchad, puisque c’est le Président français en personne qui a donné le premier l’information depuis les Emirats où il était en déplacement. Vu l’enthousiasme général de tous les milieux français à l’annonce de l’intervention tchadienne, on peut supposer que les français auraient été au centre de cet accord solitaire

On remarquera que Deby avait déjà décidé d’envoyer les militaires sans l’accord de l’Assemblée nationale, donc la tenue de sa session consacrée à l’envoi des éléments tchadiens au Mali n’est qu’une farce de plus! Et les français dans tout ça ? Les français veulent bouter hors du Mali ces nouveaux barbus venant de différents horizons mais sans avoir à payer le prix humain, disons engranger le gain en faisant une guerre clean. Comme il n’y a pas de guerre clean face à ces djihadistes barbus, tout d’un coup, on se rappela qu’il y a notre IDI national, prêt à envoyer son armée dans tous les champs d’opération. Probable qu’on fît appel à Deby de manière discrète et celui-ci de sauter sur l’occasion rêvée sans  tergiverser sur les éventuels conséquences et effets collatéraux de cette aventure.

Pour mieux situer l’ampleur de l’engagement du Tchad, la chaine francophone TV5,  a donné quelques chiffres repris par d’autres organes de presse : la France mobilisera : 2500 hommes, la CDEAO : 3000 et le Tchad seul : 2000! Pour les moins forts en calcul mental, prenez vos calculatrices et retenez votre souffle. Plus de 26% de l’effectif total tous contingents confondus. Au passage, on vous fera  l’économie du décompte de ceux qui sont en RCA par rapport aux effectifs des autres pays membres de la CEAC.  Alors les questions légitimes que n’importe quel tchadien doit se poser sont, entre autres : qui paie la facture ? On a appris que c’est le Congo qui se charge du transport des tchadiens au Mali, mais alors qui va se charger de toute la logistique afférant une fois sur place, qui va soigner les blessés, enterrer les morts et prendre en charge les familles des disparus ? Mais c’est qui alors ? D’autant plus que, selon des sources concordantes, seuls les tchadiens, les maliens et les français  vont « manger le feu » avec les djihadistes, tandis que  les autres vont s’occuper uniquement des taches ménagères. Deby doit donner fournir aux tchadiens des réponses claires et sans ambiguïté sur les sources de financement de l’opération Mali et l’Assemblée Nationale (si encore elle a voix au chapitre) doit demander des explications à Deby, il en est de même pour les partis d’opposition et les ADH.

Pour le Mali, au-delà de la bonne volonté de sauver ce pays, les gesticulations de Deby peuvent être de plusieurs ordres, entre autres on peut relever :    1 – Deby a longtemps flirté avec les milieux djihadistes, il traine une image désastreuse de trafiquants d’armes et de drogue avec les djihadistes africains. C’est un secret de polichinelle de dire que Deby a été très longtemps, avec son ami, l’ex Gouverneur de l’Etat de Bornou (Nigeria), le parrain de Boko Haram. Il en est de même pour ses relations avec les éléments de l’Aqmi à qui il fournissait des armes et des téléphones thuraya.  Encore  ces jours, des convois transportant de la drogue introduite de l’Amérique du sud par les ports ouest africains, et escortés par des éléments de l’Aqmi et de Boko Haram, ont traversé tout le désert tchadien avec une halte à Yarda à 80KM de Faya, à destination de la Libye ou de l’Egypte pour être réintroduits en Europe. Ces convois sont personnellement supervisés par l’ex ami Gouverneur qui a pratiquement élu domicile à Faya. Tout cela est connu des européens et des américains.  Ainsi donc, Deby ne cherche-t-il pas à se racheter après avoir été l’élément central dans la montée en flèche du mouvement djihadiste aux confins du Tchad ? Etre pompier après avoir été longtemps pyromane ?

2 – Deby est très conscient de sa cote d’impopularité désastreuse auprès des occidentaux et des américains.  Taper sur le terrorisme à connotation islamique est un élément porteur du moment. En prenant activement part, Deby nourrit l’espoir de trouver un peu de grâce auprès des occidentaux et des américains.  Depuis plus de 23 ans de pouvoir, à l’exception des français, et à l’occasion des forums et conférences internationaux, Deby n’a jamais été reçu officiellement par un dirigeant européen moins encore américain et ce malgré l’utilisation des multiples cabinets de lobbying à coût d’euros ou de dollars.

En envoyant sa troupe avant bon nombre des pays de la CDEAO, et en s’invitant dans le club de la CDEAO pour s’afficher, Deby voudrait également engranger une partie du gain : gagner la sympathie des socialistes français qui le titillent par moment (dossier Ibni, bonne gouvernance, démocratie….) mais aussi s’accaparer en grande partie, du côté africain, les mérites de la libération du Nord Mali et se placer en bonne place sur l’échiquier africain que certains Chefs d’Etat lui dénient.

3 – Enfin, oublier l’élément pécuniaire et mercantile des activités quotidiennes de Deby, c’est le méconnaître. Outre les retombées diplomatiques, les retombées matérielles et financières sont attendues impatiemment.

Deby envoie au Mali 2 contingents distincts, ce que beaucoup d’observateurs y compris les tchadiens ignorent : a) Les éléments   de la Direction Générale des Services de Sécurité et des Institutions de l’Etat (DGSSIE), c’est-à-dire la garde prétorienne de Deby, composée essentiellement de ses parents. Au Mali, ces éléments ne risquent pas grande chose, ils sont tout simplement chargés de sécuriser les zones conquises ; il n’y aura pas les grandes batailles du désert, les frappes aériennes françaises auraient amplement facilité la tâche. Pour démontrer l’importance qu’il donne à cette opération, Deby fait commander les éléments de la DGSSIE par son propre fils, un gamin de 24 ans qui n’a aucune expérience militaire, promu au grade de Général de brigade le mois dernier. Dans le même lot de la DGSSIE, Deby  vient de faire appel aux membres d’une branche de son clan qu’il a marginalisée, maltraitée et humiliée pendant longtemps, parmi lesquels, les colonels Abdoulaye Ali Koura, Adam Dicki Hamid Djéri et Tidjani Miss   promus précipitamment au grade de Général alors qu’ils étaient des responsables militaires quand le MPS se trouvait encore dans les grottes de Darfour. Ils seront donc les responsables des unités. Par la désignation de ces éléments, Deby frappe d’une pierre deux coups : d’abord il envoie aux charbons ceux de son clan qu’il jugeait peu sûrs à un certain moment, ensuite il dément ou croit démentir les rumeurs selon lesquelles  la communauté zaghawa le boycotte et qu’elle ne soutiendrait désormais les aventures belliqueuses de Deby.

Le second contingent, le plus nombreux, commandé par le Gal Adoum Becoumo, un ancien de la DDS, est composé « des autres » ethnies du Tchad, principalement les anciens de FUCD positionnés déjà à l’extrême nord du pays et de l’UFR qui galéraient depuis des mois à N’djamena, des éléments jugés perturbateurs, etc.   Ces éléments seront très certainement en première ligne du front, face à face avec les djihadistes. Ainsi va le Tchad de Deby.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


Commentaires sur facebook

7 Commentaires

  1. youssouf albechir hamid

    c’est étonnant les autres ethnies ne prennent jamais conscience?

    • konate

      et les francais sont labas a la demande de qui? le tchad aussi peut prendre ses decisions. faut pas attendre qu’on decide pour vs , soyez un peu responsable, et patriotique. on sait que vs etes des opposants mais opposer vs a des causes juste. damnnnnnnnn

      • sao

        Mon cher Konate,
        Cet article est écrit avec beaucoup de finesse, une analyse assez rigoureuse de la situation qui engage les tchadiens dans une guerre française pour des intérêts français dans la sous-région et je vous exhorte de lire une fois de plus pour mieux comprendre. Les tchadiens d’une manière générale aiment aider, donc personne ne s’oppose à aider le Mali.
        L’intervention française au Mali est une affaire financière, le budget prévisionnel des opérations militaires extérieures françaises, (Opex) s’élève à 630 millions d’euros. Le cout du transport du matériel à Bamako s’élève ce matin (23 Jan 2013) à 30 millions d’euros selon le ministre de la défense invite de France 24.
        Selon « le blog Finance, en 2011, le surcoût des Opex – occasionné par l’intervention en Libye – avait atteint 1,2 milliard d’euros sur un budget total militaire de 37 milliards.
        En reprenant les éléments financiers concernant l’intervention de l’armée française sur territoire libyen et présentés dans un rapport parlementaire en octobre 2012, le poste « utilisation de munitions » se chiffrerait à 400 000 euros par jour. A titre d’exemple, un missile AASM tiré d’un Rafale sur un objectif au sol revient ainsi à 4 000 euros, dans le « catalogue des prestations » d’un nouveau genre.
        Le surcoût d’entretien des matériels et avions est estimé quant à lui à 570 000 euros. Tandis que la consommation de carburant s’élève à 200 000 euros, et les indemnités journalières des militaires engagés dans l’opération 270 000 euros.
        Au final, l’opération Harmattan menée en Libye, laquelle avait conduit à l’envoi du groupe aéronaval de Toulon au large des côtes libyennes durant 7 mois est revenue à 1,7 million par jour. Reste que ces chiffres devraient être revus à la baisse en ce qui concerne l’intervention au Mali, les moyens déployés jusqu’à présent étant nettement moins importants.
        En ce qui concerne le coût des appareils engagés au Mali, précisons que l’heure de vol d’un Rafale était estimée à 27 000 euros en 2010 selon le rapport budgétaire du député PS Jean Launay d’octobre 2012.
        Le coût horaire d’un Mirage 2000 s’élève quant à lui à 11 700 euros.
        Quant aux hélicoptères Gazelle utilisés par l’armée de terre, leur coût d’utilisation est de l’ordre de 2 600 euros.
        Au final, l’intervention militaire française au Mali devrait coûter environ 400 000 euros par jour, si l’on en croit un expert budgétaire consulté par BFM Business.com. Reste à connaître le nombre de jours … En tout état de cause, des jours interminables pour toutes les familles des militaires engagés.
        Sources : BFM.TV, La Croix, Assemblée Nationale
        Elisabeth Studer – http://www.leblogfinance.com – 15 janvier 2013
        Dans un monde où tout ou presque est calculé en terme de retour sur investissement, que vient donc faire Paris dans la « galère » du Mali?
        Mon cher Konate, nous tchadiens sommes prêt à mourir et fier de mourir en territoire malien contre les fous du sahel, mais notre guide éclairé, Idriss Deby Itno aurait dû intervenir dans le cadre des nations unis étant donne que les américains veulent en finir avec les barbus au Mali avec le concours de l’armée tchadienne.
        Le Tchad ne fait même pas parti de la MISMA, il faut lire ce passage dans cet article :
        « Le président malien, plusieurs pays de la CEDEAO, l’UA, la résolution 2085 du Conseil de sécurité autorisant le déploiement de la MISMA, etc. En réalité Deby envoie les tchadiens dans le cadre d’un accord bilatéral entre le Tchad et le Mali, accord conclu sous les bons offices du président nigérien, donc ce n’est ni à la demande des NU et moins encore de la CDEAO. Au passage, on aura remarqué que le contingent tchadien n’est pas membre de la MISMA, précision apportée par les NU et la CDEAO ».
        Les forces Françaises ne peuvent pas faire face aux islamistes très mobiles à bord de Toyota dans ce grand territoire qui est le Mali, la preuve est la reprise de la ville de Diabali 4 jours après le départ des djihadistes. En effet ils se sont ravitailles en arme, munitions, et médicaments et quittes la ville a quelle destination je ne sais où ! La plupart des blindes détruits par l’aviation militaire française détruite dans cette ville appartenaient a l’armée malienne qui avaient abandonnée lors de leur débâcle.
        Pour faire le combat dans le désert vous n’avez pas besoin des jumelles puisqu’il faut voir l’ennemi à bout portant, c’est pourquoi on fait appel à l’armée tchadienne.
        Nous souhaitons bonne chance à nos soldats dans leur noble mission.

  2. Abakar

    Les français ne vont pas « manger le feu », et non nullement l’intention de le faire. Mis à part le brouhaha médiatique, la force djihadiste n’est pas à sous-estimer. Par conséquent; le Tchad de notre IDI nationale, envoie 2000 combattants aguerris, pour « manger le feu » comme vous le dites. 

  3. olufemi madjifumi

    on a vu Sadam Hissein, Kadhafi, Hissein Habre, Ben Ali, Moubarak… ce n’est pas lui qui va echapper cette regle.il est entrain de faire son temps et il entrain de l’accomplir, ceci nous rappelle la clemence de Dieu en sa faveur, mais il important qu’il sache que Dieu ne vendre pas son peuple audetriment d’un clan. A bon entendeur salut

  4. Djambol

    Quelle lecon devrons nous tirer des evenement au Mali ? 1) Un peuple doit être assez fort pour se defendre. 2) Les africains doivent prendre conscience que le monde a changé et les alliances entre les pays du contient est essentiel pour leurs existances. 3) L’union africaine doit à l’avanir être en mesure de contrer une telle attaque sans faire appelle aux anciens colons !

  5. sao

    Quelle la différence entre la légitimité et la légalité ?
    Les grandes puissances ont toujours passe par l’ONU pour financer les guerres occultes dites «de maintien de la paix ». C’est une façon d’user les fonds des nations pour des raisons personnelles.
    Est-ce l’amateurisme ou de l’humanisme de la part de François Hollande d’engager l’armée française au Mali au lieu de convoquer une réunion d’urgence du conseil de sécurité pour une nouvelle résolution ?
    Selon le Monde.fr :
    « Aucune résolution de l’ONU, y compris la 2085 votée le 20 décembre 2012, n’autorise explicitement l’opération menée par les troupes françaises. La 2085 prévoyait le déploiement d’une force internationale africaine. Elle n’ouvrait en rien la voie à une action unilatérale de l’armée française, fût-ce en appui aux troupes maliennes ».
    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/01/25/la-base-legale-de-l-action-francaise-une-lettre-de-m-traore_1822493_3212.html
    Nous sommes content pour le Mali, c’est une décision sans précèdent de la part de la France d’aller en guerre suite à une lettre d’un Président africain pour sauver un peuple !
    En ce qui concerne nos soldats tchadiens, nous devons tous être unis pour les soutenir, bien que la décision vienne de la part d’un dictateur en quête de culte de personnalité auprès des socialistes au pouvoir en France après son échec de soutien à Gadafi et l’épineux problème du Pr Ibn Oumar Mahamat Saleh.
    En visite au Niger, pour IDI, le combat auquel vont participer les forces armées et de sécurité au Mali n’est rien d’autre qu’un combat pour la liberté et la démocratie. Ce combat doit commencer au Tchad prive de liberté et de démocratie depuis l’indépendance. Comment comprendre le paradoxe des propos de Deby au pouvoir bientôt depuis ¼ de siècle !
    Dans la nuit du jeudi au vendredi, les djihadistes ont dynamité un pont stratégique près de la frontière nigérienne pour empêcher le déploiement de la force tchado-nigérienne apprend-on ce matin.