Procès de l’Arche de Zoé: Un jeu de dupes – RC

La nationalité et la filiation des enfants qui devaient être exfiltrés du Tchad vers la France ont été samedi au coeur du procès de l’Arche de Zoé à N’Djamena, avec les auditions d’une responsable de l’association et de trois de ses collaborateurs.

Au deuxième jour du procès, Émilie Lelouch s’est à son tour efforcée de justifier le caractère humanitaire de l’opération de l’ONG.

Mme Lelouch accuse les intermédiaires locaux, et notamment Souleïmane Ibrahim Adam, d’avoir menti sur l’origine des 103 enfants en les présentant comme des orphelins du Darfour.

« L’opération visait à évacuer des enfants orphelins de père et de mère de la guerre au Darfour, absolument pas du Tchad » a-t-elle dit.

Je n’ai jamais eu aucun doute sur leur origine soudanaise. — Émilie Lelouch

Elle a également affirmé n’avoir jamais rencontré de parents, mais juste des chefs de village qui ont toujours présenté les enfants comme des Soudanais.

Sa vigilance, trompée

La Cour a également entendu le réfugié soudanais Souleïmane Ibrahim Adam, accusé de complicité dans l’enlèvement de 63 enfants. « Les Blancs m’ont dit qu’ils étaient venus aider les enfants des pauvres à Adré » dans l’est du pays, se défend l’homme considéré comme un des intermédiaires majeurs dans l’affaire.

Il a affirmé que les humanitaires français lui avaient demandé de recruter des enfants défavorisés dans les villages de l’est du Tchad, limitrophe du Darfour soudanais

Face aux copies d’attestations présentées au procès, il a avoué être l’auteur de la signature portée au bas des documents, en français et en arabe, attestant que les 63 enfants qu’il avait lui-même amenés à L’Arche de Zoé étaient des orphelins du Darfour.

Contredisant des déclarations précédentes, il affirme qu’on a « trompé sa vigilance » lors de sa signature et qu’il savait que la quasi-totalité d’entre eux avait des parents tchadiens vivants.

Éric Breteau a rejeté en bloc le témoignage d’Ibrahim, affirmant que « tous ces propos sont faux. »

Une répétition des propos d’Éric Breteau

Après Émilie Lelouch, l’infirmière de l’association Nadia Merimi, le médecin Philippe Van Winkelberg et le logisticien Dominique Aubry se sont succédé à la barre et ont rejeté les chefs d’accusation.

Ils ont repris les arguments de défense exposés la veille par Éric Breteau, fondateur de l’ONG française, qui a déclaré que les intermédiaires locaux auxquels son groupe avait fait appel lui avaient assuré qu’il venait en aide à des orphelins abandonnés et malades de la province soudanaise du Darfour.

« La qualité des enfants, qu’ils soient orphelins ou pas, qu’ils soient Soudanais, Tchadiens, Burkinabés ou autres, ne nous intéresse pas », a protesté devant la presse un avocat des parties civiles, Me Magloire Badjé.

Cela ne retire rien au fait qu’on a voulu les enlever pour les emmener en France. — Me Magloire Badjé

Les six Français de L’Arche de Zoé encourent jusqu’à 20 ans de travaux forcés pour « tentative d’enlèvement de mineurs et escroquerie » tandis que leurs co-accusés, trois Tchadiens et un Soudanais, sont mis en cause pour leur présumée complicité dans l’affaire.

Le procès doit reprendre lundi. S’ils sont condamnés, les six Français pourront être transférés vers l’Hexagone pour purger leur peine en application de la convention d’entraide judiciaire existant entre les deux pays.

Rappel des faits

L’équipe a été arrêtée le 25 octobre dernier. Des enquêtes ont révélé depuis que la plupart des enfants, âgés de 1 à 10 ans, étaient de nationalité tchadienne et vivaient avec leurs parents ou des adultes qu’ils considéraient comme tels.

Selon des parents, ils ont confié leurs enfants à l’organisation non gouvernementale pour qu’ils soient scolarisés au Tchad, et non qu’ils quittent le territoire.


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