A la barre, Breteau assume L’Arche de Zoé – Afp

Debout face à la Cour, Eric Breteau, le meneur de L’Arche de Zoé, argumente avec assurance, et prend d’emblée en main sa défense et celle de ses cinq coaccusés français qui comparaissent depuis vendredi à N’Djamena pour tentative d’enlèvement d’enfants. « Je conteste les faits qui me sont reprochés.

Je souhaite répondre point par point« , affirme-t-il lorsqu’il est convoqué, en premier, à la barre. Il se lance alors, micro à la main, dans la lecture d’une déclaration de 14 pages. Quand les haut-parleurs grésillent, il s’arrête, veillant à ce que ses propos soient toujours audibles. Même lors de son procès, le président de l’association qui a voulu exfiltrer le 25 octobre 103 enfants du Tchad vers la France reste le « chef de bande » que décrit l’un de ses avocats, et parle au nom des bénévoles français de L’Arche de Zoé détenus avec lui.

En les désignant dans le box des accusés, il salue des personnes « qui, par leur métier ou par caractère, ont l’habitude d’aider les gens ». « Nous sommes en matière pénale« , l’interrompt le président de la Cour criminelle de N’Djamena Ngarhondo Djidé. « J’espère que vous les libérerez rapidement », insiste Eric Breteau.

Son rôle de meneur, l’humanitaire controversé l’assume jusque dans ses vêtements. Lui et le logisticien Alain Péligat sont les seuls vendredi à porter le pantalon de pompier que les six détenus avaient toujours revêtu jusqu’ici. Et Eric Breteau, l’ancien pompier volontaire, a tenu à endosser un polo blanc tout neuf estampillé « Children Rescue« , le nom de l’opération de L’Arche de Zoé, alors que les avocats de la défense ont persuadé ses coaccusés de ne pas le faire pour éviter des actes « trop provocants« .

A la barre, le « cerveau » de l’opération avortée explique, affirmatif et sûr de lui, que tous les intermédiaires locaux ont présenté les enfants confiés à l’association comme « des orphelins du Darfour« , région soudanaise en proie à une guerre civile. Il accuse deux de ces intermédiaires, le Soudanais Souleïmane Ibrahim Adam, jugé pour complicité, et le Tchadien Mahamat Eritero, qui n’a pas été poursuivi par la justice, d’avoir menti sur l’origine des enfants, dont la quasi-totalité viennent de villages tchadiens et ont au moins un adulte qu’ils considèrent comme un parent, d’après des enquêtes.

Eric Breteau se défend aussi d’avoir monté une évacuation « secrète » ou « clandestine« , tout en reconnaissant, sans relever la contradiction, n’avoir dit à personne que les enfants seraient transportés en France. Lorsqu’il est soumis pendant une heure aux questions de la Cour, du procureur général et des avocats, le meneur de L’Arche de Zoé répond avec la même assurance.

Mais il esquive certaines questions, comme quand un magistrat lui fait remarquer que « ces enfants n’étaient pas dans la nature » et qu’il aurait fallu dire aux personnes qui les confiaient à l’association qu’ils allaient être emmenés en France.

Une seule fois, Eric Breteau semble en difficulté. Un magistrat lui demande pourquoi L’Arche de Zoé a prévenu les autorités françaises de son opération, comme il vient de le clamer, sans informer les ministères de N’Djamena. « C’est une très bonne question », temporise l’accusé. Mais une altercation entre les avocats des deux camps le sauve. Le brouhaha gagne la salle d’audience, avant que le président ne déclare l’incident « clos ». « Je crois que j’ai oublié la question », sourit alors Eric Breteau, évitant ainsi d’y répondre.


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