Procès de l’Arche de Zoé: les familles réclament 304.000 euros par enfant – Afp

Les familles tchadiennes ont demandé lundi, devant la Cour criminelle de N’Djamena qui juge les six Français de L’Arche de Zoé pour « tentative d’enlèvement« , 200 millions de francs CFA (304.000 euros) de dommages et intérêts pour chacun des 103 enfants « volés » selon elles par l’association.

Nadia Merimi, l’une des six membres de l’Arche de Zoé jugés à N’Djamena, a eu un malaise lundi au cours de l’audience et a été évacuée vers la base militaire française de la capitale tchadienne

Cinq des six pères représentant les 70 familles qui ont confié un ou plusieurs enfants à L’Arche de Zoé ont témoigné devant la Cour avant que l’audience ne soit suspendue vers 12H00 (11H00 GMT) pour une durée d’une heure et demie. Ils ont tous affirmé qu’ils avaient confié leurs enfants à l’association d’Eric Breteau (président de L’Arche de Zoé) car celle-ci promettait de leur donner une éducation mais qu’ils « avaient été trompés et que leurs enfants avaient été volés ».

Ils ont donc demandé 200 millions de francs CFA de dommages et intérêts par enfant « volé« , soit au total 20,6 milliards de FCFA (31,4 millions d’euros). Les enfants, qui avaient été amenés à Abéché, la ville la plus importante de l’est du Tchad d’où ils devaient partir par avion le 25 octobre pour la France, sont toujours dans un orphelinat de cette ville. Le procureur général Beassoum Ben Ngassoro a demandé à la Cour de décider à la fin du procès de la réunification des familles.

La Cour criminelle de N’Djamena juge depuis vendredi six membres français de l’association L’Arche de Zoé, accusés d’avoir voulu emmener du Tchad en France 103 enfants. Les accusés affirment qu’il s’agissait d' »orphelins du Darfour » voisin. Trois Tchadiens et un Soudanais présumés complices sont également poursuivis devant le tribunal. Un collectif de parents a délégué six d’entre eux pour les représenter au procès.

A l’issue de l’audition des parents, une confrontation est prévue entre certains intermédiaires locaux intervenus pour « fournir » des enfants à L’Arche de Zoé. Un quatrième Tchadien, Mahamat Eritero, entendu comme témoin samedi avant d’être « mis à la disposition du Parquet pour plus d’informations » et incarcéré à l’issue de son témoignage, est arrivé lundi avec les autres accusés en provenance de la maison d’arrêt.

ll a été placé dans le box avec les six Français, sans que sa situation soit précisée. Il avait nié samedi être un intermédiaire, comme l’affirme l’association, et s’était présenté comme un simple chauffeur ayant convoyé une quinzaine d’enfants entre Tiné, localité frontalière avec le Soudan, et Abéché, principale ville de l’est tchadien.

L’Arche de Zoé rejette depuis le début de son procès la responsabilité sur ses intermédiaires locaux, qu’elle accuse d’avoir présenté comme orphelins du Darfour les 103 enfants, mais elle peine à justifier les conditions de leur exfiltration avortée.

Habilement, le président de L’Arche de Zoé Eric Breteau, jugé notamment pour « tentative d’enlèvement d’enfants tendant à compromettre leur état civil » avec cinq Français de son association, s’est imposé, dès l’ouverture vendredi du procès devant la Cour criminelle de la capitale tchadienne, comme le meneur des débats. A la barre comme dans le box, il intervient pour argumenter, réfuter, dédouaner les uns et charger les autres.

Ainsi, il a mis hors de cause samedi les trois Tchadiens jugés pour « complicité« , mais s’en est vivement pris aux deux principaux intermédiaires qui ont « fourni » les enfants à l’association: le Soudanais Souleïmane Ibrahim Adam, inculpé des mêmes faits, et le Tchadien Mahamat Eritero, arrivé samedi à la barre comme simple témoin et reparti en fourgon cellulaire pour la prison.

« Les enfants nous ont été présentés par Mahamat Eritero et Souleïmane Ibrahim comme des orphelins du Darfour« , région soudanaise en guerre civile, a lancé devant la Cour Eric Breteau, rejetant sur eux tout « mensonge ou tromperie sur leur état civil ». Un autre intermédiaire cité comme témoin, Moktar Fadoul, a reconnu samedi que L’Arche de Zoé demandait des orphelins du Darfour.

Les explications du vieux marabout Souleïmane Ibrahim Adam, pressé de toutes parts, sont apparues plus confuses. Il a d’abord reconnu sa signature au bas de documents attestant que les enfants sont des orphelins du Darfour, mais a estimé, sans plus de précisions, que sa vigilance avait été « trompée ». Il a assuré que ces 63 enfants étaient en fait tchadiens, sans vraiment convaincre sur le fait qu’il les a présentés comme tels.


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