L’Arche de Zoé : des témoins contredisent la défense – Le Figaro

Le procès de N’Djamena a mis en lumière les limites de la méthode d’Éric Breteau. Lundi, l’infirmière Nadia Merimi a eu un malaise lors de l’audience.

Nadia Merimi, l’une des six membres de l’association française l’Arche de Noé jugés par la Cour Criminelle de N’Djamena, a eu un malaise lundi au cours de l’audience et a été évacuée vers la base militaire française de la capitale tchadienne.

Une certitude, une seule, se dégage alors que le parquet gé­néral de N’Djamena s’apprête à requérir contre L’Arche de Zoé : Éric Breteau, orateur de talent et organisateur avisé, ne sait guère s’entourer. Ces derniers jours, la cour a pu s’en convaincre en écoutant les différents intermédiaires employés par l’association multiplier contradictions et mensonges. De surcroît, l’audience a révélé que certains membres français de l’ONG peinaient eux-mêmes à cerner l’objet exact de leur mission.

Samedi, l’intervention du Soudanais Souleymane Ibrahim a illustré de façon édifiante les limites de la méthode Breteau. Voûté dans sa djellaba blanche, barbiche poivre et sel, ce cultivateur d’arachides presque sexagénaire commence par expliquer en arabe comment il en est venu à fournir 63 enfants à L’Arche de Zoé. «Les blancs sont venus à Adré, ils ont dit qu’ils avaient le sens de l’humanité et qu’ils allaient rester dix-huit ans pour apprendre le français et le Coran aux enfants, assure-t-il. Je leur ai alors amené mon petit-fils ainsi que trois neveux puis les enfants d’autres familles et lorsqu’ils m’ont demandé leur nationalité, j’ai dit qu’ils étaient tchadiens. Ensuite, ils ont voulu savoir si je connaissais les parents. Je leur ai dit oui

À première vue, le témoignage paraît accablant pour Breteau dont le système de défense consiste, depuis l’origine, à affirmer qu’il ne prenait en charge que des orphelins du Darfour. Bien vite, pourtant, l’interrogatoire tourne à la farce et démontre que Souleymane Ibrahim se contredit à tout bout de champ.

«Des enfants en détresse»

Près de lui, le doyen des interprètes, qui arbore une splendide barbe rousse, se bat comme un beau diable et souvent en vain, croit-on deviner, pour tenter de lui faire comprendre les questions de la cour. N’a-t-il pas, depuis son interpellation, successivement présenté les enfants comme tchadiens puis soudanais ? Contre l’évidence, Ibrahim lâche : «C’est faux.» Et lorsqu’on lui demande pourquoi sa signature figure au bas de documents qui font référence à des orphelins du Darfour, le cultivateur se contente de répondre : «On a trompé ma vigilance.»

Faut-il comme les avocats de la défense, considérer que Souleymane Ibrahim a délibérément berné l’Arche de Zoé en présentant comme soudanais des enfants qui sont en fait tchadiens ? Doit-on au contraire penser le paysan, dépassé par la situation, comme un benêt que Breteau a utilisé pour recruter un maximum d’enfants ? Quoi qu’il en soit, l’audience révèle que cet homme n’avait manifestement pas le profil idéal pour accomplir la délicate mission confiée par les humanitaires français.

Voici maintenant, à la barre, le docteur Philippe Van Winkelberg. Hâlé malgré la détention, le médecin de Castellane paraît, à côté des autres Français, plutôt reposé. Invité à décrire son rôle au sein de L’Arche de Zoé, il explique qu’il était chargé d’évaluer l’état des enfants et de se prononcer sur le bien-fondé des évacuations sanitaires envisagées. Puis, lorsque le président l’interroge sur le fruit de ce travail, il indique : «À leur arrivée, ces enfants étaient en détresse, mais, en un mois, on les a vus revivre sous nos yeux et leur état de santé s’est amélioré. Je suis encore très ému quand je repense à l’éveil de ces petits.»

L’avocat général : «S’ils étaient soulagés, pourquoi était-il si urgent de les évacuer vers la France ?

Deux ou trois avaient besoin d’être hospitalisés. Environ un quart d’entre eux nécessitaient des examens qui ne pouvaient être réalisés au Tchad…

Et les autres ?»

Embarrassé, le médecin marque un temps d’arrêt. Fort heureusement pour lui, le ministère public choisit de ne pas poursuivre dans cette direction.

Un peu plus tôt, Émilie Lelouch, la compagne d’Éric Breteau, avait ainsi défini l’objectif médical de L’Arche de Zoé : «Si des enfants sont orphelins dans une zone de guerre et qu’ils ont moins de 5 ans, ils peuvent être évacués.» Un peu agacé, le pré­sident lui avait rétorqué : «Ma­dame, certains des enfants que vous avez recueillis vivaient à Adré, au Tchad. Considérez-vous donc que tous les enfants vivant au Tchad doivent être évacués vers la France

Cyrille Louis


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